Édito : La hausse des droits d’inscription, différenciés ou pas, c’est non !

Publié le 30 avril 2026

Le 20 avril, à l’occasion de la présentation de son nouveau programme, Choose France for Higher Education, Philippe Baptiste, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, a déclaré dans le quotidien Le Parisien que les étudiant·es étranger·ères extracommunautaires ne pourront plus bénéficier aussi largement des exonérations que leur accordent actuellement les universités. En 2019, lors de la création du programme bien mal nommé « Bienvenue en France », des droits d’inscription particuliers dits « différenciés » avaient été instaurés pour ces étudiant·es. Rejetée par la grande majorité des universités et jugée illégale par nombre d’organisations étudiantes du fait du principe constitutionnel de gratuité des études, cette mesure avait été finalement validée par le Conseil constitutionnel, qui avait jugé « modique » l’augmentation. Pourtant, les droits sont multipliés par 16, passant en licence de 178 euros à 2 895 euros et en master de 254 euros à 3 941 euros. Le ministre veut revenir sur la situation, car, selon lui, les établissements les appliquent trop peu. Après exonération, ils ne concerneraient finalement qu’un·e étudiant·e extracommunautaire sur 10. Le ministre veut donc augmenter à 90 % la proportion d’étudiant·es non exonérables.

Deux arguments lui servent de justification pour cette mesure inique. Premier argument : restaurer l’attractivité des études en France, dont la place dans les destinations a baissé à la huitième place. L’argument est une antienne : ce qui est peu cher n’a pas de valeur et ne peut attirer les meilleur·es étudiant ·es mondiaux. Argument bien étonnant quand on sait qu’il est souvent porté par les mêmes qui s’enorgueillissent du succès que l’apprentissage a connu ces dernières années y compris dans les universités, soit dans les mêmes formations que celles qu’ils jugent par ailleurs « démonétisées ». Les formations en apprentissage sont pourtant gratuites pour les étudiant·es. En revanche, elles ont coûté jusqu’à 25 milliards d’euros à la collectivité…

Second argument : selon ses estimations, la mesure rapportera 250 millions d’euros et permettra d’améliorer l’accueil des étudiant·es extracommunautaires. Là aussi, on ne peut qu’être surpris : comment une telle somme serait en mesure de résorber l’austérité que les universités subissent, alors qu’il manque au moins 8 milliards d’euros dans leur budget ?

Au moment où se profile la clôture des Assises du financement des universités par une séance portant sur la question de leurs ressources propres, dont font partie les droits d’inscription, instaurer dès maintenant une mesure discriminatoire qui procède du tri social et du mercantilisme sonne comme une annonce des intentions destructrices du gouvernement. Pour le SNESUP-FSU, aucune augmentation des droits d’inscription, qu’ils soient différenciés ou non, n’est envisageable. L’enseignement supérieur et la recherche sont des richesses communes qui ne prennent tout leur sens que lorsqu’elles sont partagées avec le plus grand nombre. Ce qui a le plus de valeur n’a pas de prix !

Emmanuel De Lescure, secrétaire général

Image
Emmanuel de Lescure, secrétaire général