Édito – Des Assises pour s’assurer du sous-financement des universités ?
Comme il l’avait annoncé en décembre devant le Sénat, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, Philippe Baptiste, a lancé, le 8 janvier, avec la ministre de l’Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin, des Assises sur le financement des universités. « Pour éclairer les décisions et l’action de l’État », il s’agit, selon lui, d’établir un « diagnostic partagé, rigoureux et incontestable sur la situation financière des universités », il faudrait dépasser ce qui relèverait d’un sentiment plutôt que d’une réalité objective. Voilà une bien curieuse intention. Est-ce à dire que les services de l’État ignorent la situation financière des établissements sous leur tutelle ? Qu’ils naviguent à vue dans le brouillard ? C’est d’autant plus étonnant qu’ils ont engagé récemment l’expérimentation des contrats d’objectifs, de moyens et de performance (COMP) 100 %, qui, dès cette année, seront étendus à l’ensemble des universités. Deux personnes, qualifiées d'« incontestables » par le ministre, se sont vu confier la mission d’organiser ces Assises : Jérôme Fournel, un inspecteur général des finances, ancien directeur de cabinet du Premier ministre Michel Barnier, après être passé par les cabinets de Luc Ferry, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin, Gérald Darmanin et plus récemment Bruno Le Maire ; et Gilles Roussel, l’actuel président de l’université Gustave-Eiffel, à Marne-la-Vallée, notamment ancien président de la Conférence des présidents d’université (devenue depuis France Universités), et président du Comité éthique et scientifique de Parcoursup.
Sans entrer dans une querelle sémantique sur le sens du terme « incontestable », on peut d’ores et déjà regretter que, pour un sujet aussi crucial, le choix des personnes missionnées relève d’un entre-soi difficilement dissimulable. On peut aussi déplorer qu’une telle démarche soit entreprise sans que la lettre de mission ait été rendue publique. On peut surtout craindre qu’elle ne constitue un pare-feu pour cacher l’état de délabrement des finances universitaires. Délabrement pourtant abondamment documenté, notamment par la presse qui, ces dernières semaines, s’est émue de leur situation. Faut-il le rappeler ? La dotation des universités est en baisse, alors que le nombre d’étudiant·es continue de croître.
Entre 2017 et 2024, nous avons accueilli 67 550 étudiant·es en plus à l’université sans dotation supplémentaire, c’est-à-dire en dégradant notre taux d’encadrement, notre capacité de recherche et nos dépenses moyennes par étudiant·e. Cette situation est intolérable !
Pour accueillir ces étudiant·es dans de bonnes conditions, nous aurions dû créer au moins deux universités. Pour le SNESUP-FSU, ce n’est pas d’Assises sur le financement des universités dont l’ESR a besoin, mais d’une volonté politique clairement affirmée qui l’inscrive au premier rang des priorités du gouvernement et qui lui attribue un budget à la hauteur de ses missions de service public.
Emmanuel de LESCURE, secrétaire général