Édito – Annulation de l’annulation : une victoire pour la liberté académique !
En ces temps troublés, la chose n’est pas si courante, il faut donc s’en féliciter. Le tribunal administratif a donné raison aux nombreuses organisations, dont le SNESUP-FSU, qui ont attaqué la décision de l’administrateur du Collège de France. Il a jugé illégale l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines ».
Ce colloque avait été organisé avec le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris et un comité scientifique, présidé par Henry Laurens, et réunissait une quarantaine de chercheur·ses et enseignant·es-chercheur·ses de l’EHESS, du CNRS et de nombreuses universités françaises et étrangères. Des intervenant·es au profil plus « politique » étaient également invité·es, comme l’ancien premier ministre Dominique de Villepin, l’ancien chef de la diplomatie européenne Josep Borrell ou la rapporteuse spéciale des Nations unies, Francesca Albanese.
Si le juge des référés-libertés n’avait pas invalidé la décision, le jugement sur le fond a conduit le tribunal administratif à considérer que la polémique n’était pas un motif suffisant pour justifier l’annulation, de même que la présence de graffitis sur le bâtiment du Collège de France ou la publication d’un article alarmiste et provocant dans un hebdomadaire. Ce que l’administrateur aurait dû faire, c’est montrer l’impossibilité effective dans laquelle se trouvait le Collège de France de mettre en place un dispositif garantissant la sécurité. Il n’en a rien été. Incité par le ministre de l’ESR, il a préféré céder à la polémique fabriquée de toutes pièces et argué que le Collège de France « ne prône, ni n’encourage, ni ne soutient aucune forme de militantisme », assurant de sa « stricte neutralité […] au regard des questions de nature politique ou idéologique ». Le Collège de France a été finalement condamné à verser 4 000 euros aux requérants, ce qui constitue un montant élevé pour ce type de condamnation. La production et la diffusion de la science, l’exercice exigeant de la recherche doivent se faire en dehors de toutes pressions. Aucune pression politique (y compris du ministère), économique, philosophique ou religieuse ne peut justifier la censure d’un débat scientifique. Il est inconcevable qu’un tel bâillon ait pu être apposé sur une manifestation scientifique. Si la sécurité du colloque n’était pas garantie, c’était bien le rôle de l’administration de fournir les moyens de l’assurer.
Pour le SNESUP-FSU, ce jugement est une victoire essentielle pour la liberté académique, mais qui ne doit pas masquer la gravité de la censure initiale. Nous souhaitons qu’il serve à garantir la liberté académique, condition nécessaire au débat scientifique, qui ne peut être confondu avec un débat d’opinion et pour lequel la neutralité n’est pas un critère pertinent. Rappelons que, selon le Code de l’éducation, le service public de l’enseignement supérieur « doit garantir à l’enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique » (art. L. 141-6) et que les seules contraintes doivent résider dans l’obligation de respecter « les principes de tolérance et d’objectivité » (art. L. 952-2).