VRS N°444, Janvier-février-mars 2026 – ÊTRE ÉTUDIANT-E AUJOURD’HUI : QUEL POUVOIR D’AGIR ?

Publié le 18 avril 2026
EDITO DU DOSSIER : Coordonné par Hervé CHRISTOFOL et Chantal PACTEAU

Les étudiant-es n’ont jamais été aussi nombreux-euses qu’en cette année universitaire­ 2025-2026. Mais avec la massification de l’accès aux études supérieures, qu’est devenue la confiance dans l’avenir du temps des études ? Depuis les grandes mobilisations étudiantes des années 1960 et celles, plus récentes, des années 2006 et 2011 contre les projets de loi du CPE1 et de modification du code du travail, qu’est devenu le pouvoir d’agir des étudiant-es ? Les mobilisations lycéennes et étudiantes ont toujours été redoutées par le pouvoir. Quand elles commencent, il est difficile pour lui d’en reconnaitre les modalités et la légitimité. Aussi, au cours du XXIe siècle, avec l’accueil des enfants du baby-boom de l’an 2000, les gouvernements se sont employés à restreindre l’autonomie des étudiant-es : avec la loi LRU2 de 2007, la loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche3 de 2013 puis l’ordonnance de 2018 qui a permis aux établissements de l’enseignement supérieur de se regrouper sous la forme d’« établissements publics expérimentaux4 » , leur représentativité au sein des conseils d’administration des établissements a systématiquement été réduite. La réforme des bourses est repoussée au calendes grecques et leur revalorisation très insuffisante – quand elle n’est pas nulle – ne leur permet plus de sortir de la pauvreté, notamment révélée au grand jour lors de l’épisode du ­ Covid-19.

Mais c’est surtout avec la plateforme d’orientation et d’affectation ­ Parcoursup, mise en place en 2018, et la généralisation de la non compensation des modules d’enseignement entre eux, que la mise au pas des lycéen-nes et des étudiant-es a été organisée. Toutes les notes des années de première et de terminale au lycée sont maintenant prises en compte pour décider de la filière et de l’établissement de poursuite des études dans l’enseignement supérieur ; et, une fois l’inscription faite, tous les enseignements doivent être validés pour progresser, et ce sans réelle compensation entre eux…

Les lycéen-nes et les étudiant-es sont en permanence sous pression. C’est ce dont discute ce dossier. Après une présentation des trois épisodes de massification advenus depuis 1945, les problématiques de la pauvreté, de la santé et du système des bourses sur critères sociaux sont abordées. Une des caractéristiques de la dernière massification est le développement de l’enseignement privé, de la hausse des frais d’inscription et des conséquences sociales de la plateforme ­ Parcoursup. Au cours d’une table ronde, les analyses des organisations représentatives et des syndicats étudiants sur la situation actuelle et sur les perspectives d’un salaire étudiant ont été recueillies. Car aujourd’hui, pour pouvoir vivre, un-e étudiant-e sur deux doit travailler au cours de ses études. Quelles sont les conséquences de cette double carrière scolaire et professionnelle ? Enfin, la France est le premier pays européen d’accueil et de formation des étudiants étrangers, notamment extracommunautaires. Une dynamique qui pourrait se poursuivre si leurs frais d’inscription n’explosent pas car cette population est particulièrement vulnérable.

Les enjeux de la formation de la jeunesse à travers les études supérieures sont considérables. Il est temps de redonner aux étudiant-es du pouvoir d’agir afin d’assurer leur formation dans la filière de leur choix et leur émancipation.

1 Contrat première embauche. Voir, par exemple : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/cpe-49-3-dominique-de-villepin-2006-jacques-chirac
2 Loi du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités. https://miniurl.be/r-6r3u
3 Loi du 22 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche. https://miniurl.be/r-6r3u
4 Ordonnance du 12 décembre 2018 relative à l’expérimentation de nouvelles formes de rapprochement, de regroupement ou de fusion des établissements d’enseignement supérieur et de recherche.
5 Voir le dossier de la Vie de la recherche scientifique de septembre 2024 Établissements expérimentaux : des universités sans personnalité. https://sncs.fr/portfolio/etablissements-experimentaux-des-universites-sans-personnalite/
 

Sommaire

Édito – Poursuivons la démocratisation des études supérieures, Emmanuel de Lescure 03

Actualités  05

Dossier – ÊTRE ÉTUDIANT-E AUJOURD’HUI : QUEL POUVOIR D’AGIR ?, Hervé Christofol et Chantal Pacteau 09
 

La massification de l’accès à l’enseignement supérieur en France, Hervé Christofol 10

L’Université en héritage – Pauvreté étudiante et reproduction sociale, Michel Maric 15

Redéfinir l’enseignement supérieur par la privatisation – Du développement du privé à la diffusion de ses normes, Mathis d’Aquino 19

La situation des étudiantes et des étudiants en France. Le point de vue de leurs syndicats et organisations représentatives, Propos recueillis par Emmanuel de Lescure et Hervé Christofol 24

 Encadré : Des élections révélatrices des difficultés à faire vivre un syndicalisme étudiant, Tristan Haute 27

Parcoursup, MonMaster : trajectoires étudiantes et plateformes, Leila Frouillou 28

Gouverner par la sélection Parcoursup : anciennes inégalités, nouveaux enjeux, Annabelle Allouch et Delphine Espagno-Abadie 30

La santé des étudiants dans l’enseignement supérieur, Florence Legendre 33

Les bourses sur critères sociaux : une insuffisance manifeste et très préoccupante, Michèle Artaud 35

Hausse des droits d’inscription : de vrais arguments, Hugo Harari Kermadec 38

Un salaire étudiant. Financement et démocratisation des études, Aurélien Casta 41

Reconnaître la double carrière scolaire et professionnelle des étudiant-es, Hugo Harari Kermadec et Bora Bayrak 44

Les étudiants étrangers en France, Florence Audier 47

Zoom – Budget 2026 : au plus bas depuis quinze ans !, Hervé Christofol et Boris Gralak 49