UNIVERSITE NANTES - Défendons la liberté académique - Communiqué intersyndical du 6 mai 2026
Publié le 7 mai 2026
Une attaque de l’extrême-droite sur des contenus enseignés à Nantes Université
Face à cette quête de censure idéologique, défendons la liberté académique !
Nantes, le 6 mai 2026.
Les enseignements d’un·e collègue de l’Université de Nantes sont la cible, depuis la semaine dernière, d’une odieuse campagne de dénigrement sur X (ex-Twitter), orchestrée par une militante du groupe d’extrême-droite Nemesis.
La militante s’appuie sur deux photographies, prises par un·e étudiant·e de la Faculté de droit et des sciences politiques lors d’un cours de sociologie politique du vote FN/RN. Étudier, avec les outils des sciences sociales, les raisons du vote pour l’extrême-droite serait-il outrageux ? C’est du moins ce que laisse entendre la « vengeresse » numérique en invoquant un « principe de neutralité » qui aurait été bafoué à Nantes Université, censé être un « lieu d’enseignement et non de propagande ».
Enseigner dans le respect des principes d’objectivité scientifique c’est pourtant bien ce que notre collègue fait ! Expliquer aux étudiant·es comment définir l’extrême-droite, chercher à discerner les caractéristiques de l’électorat frontiste, se demander si le vote FN/RN peut être qualifié de vote de classe, étudier la façon dont le racisme influe sur les pratiques électorales relèvent de questions discutées depuis plusieurs décennies par une littérature abondante et dynamique en sociologie et en sciences politiques.
Appeler un chat un chat et nommer l’extrême-droite par son nom : voilà le problème. Mais n’en déplaise aux censeurs, trumpistes au petit-pied de ce côté-ci de l’Atlantique, la liberté d’expression des enseignant·es-chercheur·es lorsqu’ils et elles exercent leurs missions d’enseignement et de recherche, est « entière », « sous les réserves que leur imposent […] les principes de tolérance et d’objectivité » (article L. 952-2 du code de l’éducation). Liberté d’expression, donc, et non « principe de neutralité », brandi bien mal à propos par la militante de Nemesis pour légitimer une censure.
En effet, la liberté académique garantit la liberté de recherche, la liberté pédagogique, la liberté de publication et la liberté d’expression dans le cadre académique. Elle est au fondement de l’autonomie du travail scientifique. Et c’est précisément cette autonomie de l’enseignement et de la recherche qui sont insupportables à l’extrême-droite. Nul doute, d’ailleurs, que d’autres cours seraient tout aussi irritants pour Nemesis et consorts, au hasard, sur les questions de genre, le dérèglement climatique, les migrations…
Les sciences sociales sont dans le viseur de l’extrême-droite et la tentative du collectif Némésis poursuit un agenda médiatique rouvert au mois d’avril par le RN, Marine Le Pen et Sébastien Chenu en tête. Mais nous n’oublions pas qu’elles sont aussi régulièrement vilipendées par des politicien·nes au plus haut niveau de l’État, prétendant y voir une « culture de l’excuse » ou un repaire supposé d’« islamo-gauchisme ». C’est en réalité toute la recherche scientifique, et la vocation même des universités de délivrer un savoir critique sur les sociétés, qui sont alors dénigrées.
Nous nous félicitons que la Faculté de droit et des sciences politiques et la Présidence de Nantes Université aient soutenu sans réserve notre collègue et lui aient accordé une protection fonctionnelle immédiate, lui assurant un soutien juridique comme la prise en charge d’éventuels frais de justice. Nous appelons toutefois l’établissement à manifester aussi son soutien à notre collègue par un signalement devant le procureur de la République face à cette campagne de dénigrement.
Au-delà de cette protection institutionnelle nécessaire, nous affirmons que face à ces attaques, nous ne nous laisserons pas intimider et censurer ni aujourd’hui, ni demain. Nos organisations syndicales apportent un soutien plein et entier à notre collègue mis·e en cause dans l’attaque qui le·la vise.
Alors que les tensions sociales et politiques vont croissantes, préparons-nous collectivement à faire face à ces pressions, particulièrement exercées par l’extrême-droite, à l’échelle nationale et internationale : l’exemple des États-Unis de Trump nous montre que les lieux d’élaboration du savoir scientifique sont parmi les premières cibles des gouvernements illibéraux et autoritaires.
Organisons-nous et mobilisons-nous collectivement pour conjurer ces vents mauvais !
Tant qu’il le faudra !
Les syndicats CGT Ferc-Sup, FSU, Sud Education et CGT SNTRS de Nantes Université