Étudier dans le supérieur : des territoires inégaux

Publié le 30 avril 2026

Alors que le nombre d’étudiants continue de croître, dépassant les 3 millions (dont 1,8 million à l’université*), le gouvernement instaure des contrats d’objectifs, de moyens et de performance entre les universités et le ministère, avec pour ambition de « territorialiser » l’offre de formation.

C’est que, contrairement aux deux premières vagues de massification – au cours des années 1960 et 1990 – qui ont été accompagnées par la construction de nouvelles universités et d’antennes universitaires, la troisième vague, toujours en cours, a au contraire été marquée par des regroupements d’établissements et un contexte austéritaire qui conduit à parfois abandonner ou diminuer l’offre de formation dans les sites délocalisés, et à laisser la place au développement de l’enseignement supérieur privé.

Dans ce dossier, nous relayons notamment les analyses des géographes et des sociologues qui démontrent que la mobilité des étudiantes et des étudiants dépend fortement de leurs moyens économiques : les inégalités ne sauraient se réduire à un manque d’information ou d’ambition des enfants des classes populaires.

Élie Guéraut et Fanny Jedlicki relèvent les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur selon l’origine géographique, entre les jeunes des territoires ruraux et ceux des métropoles. Victor Chareyron, Hugo Harari-Kermadec et Gilles Martinet montrent que ce sont dans les départements où l’offre de formation est la plus réduite que le taux de poursuite d’études supérieures est le plus faible, et que la politique dite « d’excellence » (IDEX et Isite) a au contraire reconcentré l’offre de formation.

L’enjeu du maintien et du développement des antennes universitaires est analysé par Mathieu Rossignol Brunet. Enfin, Caroline Mauriat revient sur l’histoire du développement des IUT au cours de la première massification pour montrer que celle-ci n’a pas principalement répondu à une volonté de démocratiser l’accès aux études supérieures, mais plutôt de répondre aux besoins des entreprises locales. De même, la dernière réforme de la formation des enseignants dans les Inspé ne réduira pas les distances à parcourir entre le lieu de résidence, l’Inspé et les lieux de stage.

Pour rendre effectif le droit à la poursuite d’études, il est temps de penser l’enseignement supérieur non pas comme un marché, mais comme un service public, et pour cela de réduire les inégalités géographiques d’accès à l’enseignement supérieur. n

Dossier coordonné par HERVÉ CHRISTOFOL, HUGO HARARI-KERMADEC et EMMANUEL DE LESCURE

* Cf. Hervé Christofol, « La massification de l’accès à l’enseignement supérieur en France », VRS N°444, janvier-février-mars 2026, p. 10 à 14

SOMMAIRE :

La fabrique de l’éloignement territorial aux études supérieures, ÉLIE GUÉRAUT et FANNY JEDLICKI, pp.10-11

Le lieu du domicile détermine l’accès à l’université, VICTOR CHAREYRON, GILLES MARTINET et HUGO HARARI-KERMADEC, pp.12-13

Densification du maillage universitaire : trente ans après, quel bilan ?, MATHIEU ROSSIGNOL BRUNET, pp.14-15

Les IUT comme développement des territoires ?, MICHEL PROVANSAL et CAROLINE MAURIAT, pp.15-16

Un maillage territorial inégalitaire de la formation des enseignant·es, Collectif FDE, p.17

 

 

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