Thème 1 : Zoom : Protection de l'enfance, éducation de la jeunesse en difficulté
Zoom :protection de l'enfance, éducation de la jeunesse en difficulté
Le service social scolaire, par ses missions de service public définies dans une circulaire de 1991, est un des acteurs essentiels de la protection de l’enfance. Pour être efficace, il suppose des interventions précoces auprès des enfants et des jeunes.
La notion de protection de l’enfance s’inscrit tout particulièrement dans le domaine de la prévention dite « primaire », c’est-à-dire à partir de l’école, en apportant un accompagnement psychosocial aux enfants qui présentent des difficultés d’apprentissage ou d’adaptation scolaire. Les assistants sociaux scolaires ont donc à faire à l’ensemble de la population scolaire puisqu’il s’agit bien de prévenir l’aggravation des difficultés et tout mettre en oeuvre pour y remédier.
Depuis de nombreuses années, des gouvernements successifs renoncent à mettre en oeuvre une véritable politique de prévention auprès des enfants. Les lois et dispositifs récents confirment cette orientation (loi sur la cohésion sociale, loi de prévention de la délinquance, loi de protection de l’enfance…) et privilégient les réponses punitives et coercitives qui visent à accroître le contrôle social des populations en difficulté et une judiciarisation systématique. Les attaques contre le secret professionnel sont récurrentes et participent de la confusion et de la négation de l’accompagnement social que nécessitent certaines situations.
Les défaillances des politiques de prévention dues au manque criant de moyens et de postes légitiment le discours visant à remettre en cause leur pertinence. La notion de protection est dévoyée. L’enfant et le jeune en difficulté sont présentés avant tout comme un danger dont il faudrait protéger la société. Les symptômes (absentéisme, échec scolaire, démotivation, repli sur soi, agressivité) ne sont traités que par la sanction.
Parallèlement et dans la même logique, depuis une quinzaine d’années, les politiques sécuritaires ont conduit à l’abandon progressif de l’ambition éducative portée par l’ordonnance de 45 et se sont traduites par la multiplication de dispositifs coercitifs et d’enfermement qui ne visent qu’à mettre à l’écart ces adolescents (dans le seul souci de maintien de l’ordre). Or ces dispositifs punitifs ne permettent pas aux jeunes de comprendre le sens de la sanction pénale. Ils compromettent ainsi leur reconstruction qui passe nécessairement par un accompagnement éducatif sur la durée, tenant compte du parcours singulier de chacun, d’un contexte et d’une histoire de vie.
Il est totalement illusoire de croire à la vertu dissuasive des seules sanctions pénales. On assiste à une généralisation des méthodes comportementalistes en vase clos, qui visent à effacer momentanément les symptômes perturbants mais qui sont inefficaces pour replacer ces adolescents dans le lien social et notamment les réconcilier avec l’école. Se met alors en place une logique de stigmatisation qui vient faire écho à la ségrégation sociale dont ces adolescents sont déjà victimes, renforçant leurs défiance vis-à-vis des institutions et rendant leur réintégration progressive dans ces institutions extrêmement difficile, voire impossible. Plutôt que de mise à l’écart, ces adolescents ont avant tout besoin d’un travail éducatif sur la durée, de passages, d’étapes que des professionnels différents mais travaillant ensemble doivent aider à franchir.
L’absentéisme scolaire est révélateur de situations complexes (familiales, personnelles, scolaires…) et ne peut pas se régler de façon unique ou simpliste. Les mesures prises par l’institution (sanction des familles, création de prétendus « médiateurs de réussite scolaire, création de « cagnottes » à Créteil) sont de fausses réponses au problème. Les politiques de renoncement à l’éducation des adolescents délinquants ont conduit à un durcissement sans précédent des politiques pénales à leur égard qui reflète un recentrage de l’État sur ses missions de maintien de l’ordre. La première conséquence en est un désengagement de l’État de sa mission de protection pour la confier entièrement aux conseils généraux dont le déséquilibre des moyens entraîne un traitement inégalitaire des populations.
Alors que l’État pénal se renforce, privant les adolescents délinquants de l’éducation dont ils ont avant tout besoin, les politiques de protection de l’enfance se transforment dans un sens de contrôle des populations à risque.
- La FSU dénonce l’instrumentalisation des interventions des
travailleurs sociaux par le fichage et la transmission de
données sur le signalement d’enfants en danger.
- Elle revendique le développement, y compris dans
l’enseignement agricole, de l’accompagnement social
auprès des élèves. Celui-ci doit pouvoir s’appuyer sur une
véritable politique sociale qui comprend des droits
permettant de traiter les difficultés scolaires et sociales
des populations les plus démunies.
- Parce qu’un jeune délinquant ne saurait être réduit à ses
actes et qu’en tant qu’adulte en devenir, il doit pouvoir
bénéficier de véritables perspectives d’intégration scolaire
et sociale, la FSU défend l’existence d’un véritable service
public d’éducation au ministère de la justice, garant de
l’accès au droit à l’éducation de la jeunesse en difficulté.