Thème 1 : II Inégalités sociales, territoriales et éducatives

Publié le 18 novembre 2009

Thème 1 : Éducation, formation, recherche : enjeux d'avenir

II inégalités sociales, territoriales et éducatives

II-1 Lutter contre les inégalités, déjouer les fatalismes

 

II-1.1. La République proclame l’égalité des droits de tous ses enfants à l’éducation mais les inégalités sociales, culturelles, économiques, territoriales…pèsent lourdement sur les résultats et les destins scolaires, à tous les niveaux du système éducatif, ce que les effets de la crise ne peuvent qu’amplifier si la même politique se poursuit.

Certes, des stratégies individuelles peuvent être à l’origine de parcours atypiques de réussite, mais les déterminismes restent puissants quand rien n’est fait pour les déjouer.

II-1.2. Les élèves n’ont pas tous le même rapport au savoir, notamment ceux issus des milieux populaires. Les plus éloignés de la culture scolaire adoptent trop souvent des postures de conformité à ce qu’ils croient avoir compris des attentes des enseignants, de leurs consignes et se concentrent sur des micro-tâches sans entrer dans une démarche intellectuelle qui leur permettrait de s’approprier les savoirs enseignés. L’échec scolaire se nourrit de ces malentendus cognitifs qu’entretiennent les implicites scolaires qui sont loin d’être toujours levés .

Inégaux par les ressources dont ils disposent, les parents des élèves n’ont pas tous le même rapport à l’école. Si la plupart d’entre eux, même les plus démunis, aspirent à la scolarisation de leurs enfants le plus loin possible, ils n’ont pas tous une connaissance fine de l’univers scolaire, ni les mêmes attentes ou stratégies en matière d’orientation ou de choix d’établissement. Ils ne sont pas non plus à égalité pour suivre et accompagner leurs enfants dans leurs études.

II-1.3. Dans les banlieues urbaines marquées par une grande pauvreté et une forte exclusion sociale, les inégalités scolaires sont encore plus affirmées : aux inégalités sociales déjà élevées s’ajoutent une inégalité scolaire en matière d’offre de formation, liée à la concentration des élèves de milieu défavorisé les plus captifs du quartier, et un climat peu favorable aux études du fait du sentiment d’abandon et de stigmatisation qu’implique une ségrégation sociale, voire ethnique, qu’aucune politique publique ne cherche à combattre réellement. Dans les zones rurales, les élèves sont pénalisés par le manque d’équipements sociaux, culturels, sportifs ou de soins. La situation est plus aiguë encore dans les DOM-COM, où l’obligation scolaire n’est pas respectée pour tous les jeunes.

II-1.4. De même la scolarisation des élèves en situation de handicap et la continuité des parcours restent tributaires de conditions insuffisantes, alors qu’il faudrait prévoir des adaptations (diminution des effectifs par classe par exemple), le développement des dispositifs complémentaires (CLIS, UPI), des temps de concertation (mise en oeuvre et suivi des projets, travail avec les autres professionnels), des postes d’enseignants spécialisés itinérants, une formation de tous les enseignants, des accompagnements à hauteur des besoins et garantis par l’État (aides techniques, auxiliaires de vie scolaire).

II-1.5. Si, dans les premier et second degrés, l’État reste encore aujourd’hui garant de l’égal accès de tous à une éducation nationale (programmes, organisation pédagogique des enseignements, délivrance des diplômes, recrutement et formation des enseignants…), dans l’enseignement supérieur il a déjà quasiment abandonné ce rôle.

II-1.6. Les collectivités territoriales jouent un rôle de plus en plus important depuis les premières lois de décentralisation (construction et entretien des bâtiments, budget de fonctionnement) et plus récemment depuis 2005 (gestion des personnels TOS dans le second degré, pilotage de la formation professionnelle). Souvent, elles investissent le champ éducatif bien au-delà de leurs obligations légales (activités sportives et artistiques, voyages scolaires, prise en charge du temps périscolaire, dispositifs pour les décrocheurs, quotient familial pour la cantine …). Elles assurent aujourd’hui plus de 20 % des dépenses d’éducation contre moins de 15 % en 1975. Bon nombre de leurs interventions visent explicitement à réduire les inégalités scolaires, mais elles n’ont pas toutes les mêmes possibilités de financement ni les mêmes priorités politiques, ce qui fait courir le risque d’un accroissement des inégalités, géographiques cette fois, confirmé aujourd’hui avec l’opération « cartables numériques » par exemple.

II-2 Une politique qui renforce au contraire les inégalités

 

II-2.1. Erigée en objectif depuis 2005, « l’Egalité des chances » est, depuis cette date, régulièrement proclamée par les pouvoirs publics. Mais cette égalité des chances n’est pas l’égalité républicaine, et aucune des mesures mises en place dans le cadre de la loi du 31 mars 2006 comme dans celui du « Plan Espoir Banlieues » n’est de nature à déjouer les inégalités à l’oeuvre dans la société. Elles ne visent tout au plus qu’à « sauver » les plus « méritants » sur fond de renoncement pour tous les autres (« busing », internats de réussite éducative, quotas de boursiers en classes préparatoires…) et ce faisant, renforcent les ghettos sociaux et scolaires.

II-2.2. Ainsi, au lieu d’investir dans l’éducation, le gouvernement instaure progressivement un système éducatif qui sélectionne les élèves susceptibles de réussir dans l’enseignement supérieur, ceux qui sont supposés posséder des « talents » que l’école a pour mission de faire éclore. Tournant le dos à l’ambition d’élever le plus grand nombre de jeunes au niveau le plus haut possible de formation, de culture et de qualification, il organise le tri social en amont du lycée : la réussite des uns (ceux qui auront su saisir leur « chance ») est construite en cantonnant les autres (ceux qui n’auront pas prouvé qu’ils étaient « capables » ou « méritants ») à un avenir scolaire plus restreint avec comme ligne d’horizon l’acquisition minimaliste du socle commun débouchant au mieux sur une qualification de niveau V. Le gouvernement réduit la notion d’orientation à la transmission d’informations sur les formations et les secteurs prétendument porteurs, ce qui renforce les inégalités entre les élèves en conduisant à l’impasse de nombreux jeunes, en premier lieu ceux issus des milieux les plus défavorisés.

II-2.3. Les 2 heures hebdomadaires d’aide personnalisée à l’école primaire (instituées par réduction des horaires obligatoires), ainsi que les PPRE qui ne font l’objet d’aucun financement spécifique et qui reposent sur une individualisation du traitement de la difficulté scolaire, renvoient progressivement les élèves à la responsabilité individuelle de leur réussite ou de leur échec, l’État se contentant d’assurer une certaine mixité des élites par le développement de dispositifs particuliers pour les élèves les plus méritants (bourses au mérite…).

II-2.4. Le développement de la labellisation des LP en lycées des métiers n’est que le prétexte à y introduire et développer l’Apprentissage. La labellisation conduit aussi à une hiérarchisation des établissements et est trop souvent le prétexte à la suppression d’options et à une spécialisation dans un champ professionnel au mépris de toute diversification géographique de la formation des lycéens. Elle impose une mixité de publics aux attentes, intérêts et rythmes très différents.

II-2.5. Les ZEP, qui ont constitué à partir de 1982 un début de réponse aux difficultés concentrées sur certains territoires, sont remises en cause depuis la réforme de Robien de 2006… La politique d’éducation prioritaire (dont le terme est devenu tabou depuis le passage, avec la loi Fillon, d’une logique de territoires à celle des individus) se réduit désormais aux seuls écoles et collèges RAR (Réseaux Ambition Réussite) où les conditions d’exercice du métier se dégradent et où se développent des déréglementations inquiétantes ; les RRS (réseaux de réussite scolaire) ont, eux, vocation à ne plus recevoir de moyens spécifiques au titre de l’éducation prioritaire, malgré les difficultés qui y persistent.

II-2.6. Plaçant le système éducatif sous le dogme politique de la réduction de l’emploi public, le gouvernement cherche à réduire le rôle de l’État et à mettre les établissements en concurrence entre eux dans le cadre d’une polarisation sociale renforcée par la suppression en cours de la carte scolaire. Les 2 premières années d’assouplissement de la carte scolaire ont confirmé toutes les dérives que nous avions anticipées : recul de la mixité sociale et de l’hétérogénéité scolaire et fragilisation accrue des établissements les plus « difficiles », certains étant même menacés de fermeture tant leur situation est devenue critique.

II-2.7. Le développement de l’autonomie des établissements, leur mise en concurrence entre eux et la volonté de contractualiser les moyens sur la base des contrats d’objectifs sont présentés par le gouvernement comme des leviers pour améliorer la performance du système éducatif tout en optimisant les moyens. Une telle politique ne peut que renforcer les inégalités, en favorisant l’adaptation immédiate aux caractéristiques locales du « public » scolarisé et du marché de l’emploi, conduire à la mise en cause du caractère national des diplômes et permettre des suppressions de formations répondant aux besoins comme les DUT via une organisation des enseignements et des conditions de travail négociées au niveau de l’établissement en fonction des moyens octroyés et des pressions hiérarchiques locales.

II-3 Pour tous les jeunes et partout, une éducation de qualité

 

II-3.1. La FSU considère que tous les jeunes peuvent réussir, accéder à la culture et aux qualifications. Mais on sait bien qu’il ne suffit pas de décréter l’Egalité pour qu’elle se réalise : il faut donc la construire, ce qui suppose de refuser les fatalismes sociaux et scolaires, de lutter contre toutes les inégalités, qu’elles soient géographiques, sociales, scolaires ou de genre, et d’harmoniser les politiques territoriales au niveau national.

II-3.2. S’il veut réellement rester garant de l’égalité de tous dans l’accès aux savoirs et aux qualifications, l’État doit garantir un véritable brassage scolaire et social des élèves au sein des écoles et des établissements. Cela passe par un retour à une carte scolaire repensée, qui ne relève pas des collectivités locales trop sujettes aux pressions électorales, et qui garantisse le droit de tout élève à être scolarisé dans l’établissement de son secteur. Cela implique également d’abandonner l’actuelle politique de mise en concurrence des établissements et de contractualisation des moyens pilotée par la performance et les résultats. Pour être réellement viable et efficace, cette logique de sectorisation doit nécessairement s’inscrire dans le cadre de politiques publiques sociales, économiques, d’aménagement du territoire et d’urbanisme qui luttent véritablement contre toutes les formes d’exclusion et de ségrégation.

II-3.3. De la maternelle à l’enseignement supérieur, l’État doit développer une offre de formation équilibrée, diversifiée, également répartie sur l’ensemble du territoire, avec des conditions d’enseignement décentes partout et des moyens spécifiques pour lutter contre les difficultés et l’échec scolaires, octroyés au-delà des dotations ordinaires, et non au détriment des horaires d’enseignement des élèves.

II-3.4. Centrer les efforts sur les apprentissages en maintenant un haut niveau d’exigence pour tous les élèves dans le cadre de programmes qui restent nationaux suppose d’engager une relance ambitieuse de l’éducation prioritaire en apportant les moyens nécessaires en terme d’emplois, de rémunération et de formation des personnels, d’amélioration des conditions de travail et d’étude. La FSU demande une remise à plat des RAR et rappelle son exigence d’une terminologie unique pour tous les établissements relevant de l’éducation prioritaire, identifiés sur la base de critères scolaires et sociaux objectifs, nationaux et transparents.

II-3.5. Plutôt que de développer les « bourses au mérite », l’État doit assurer une véritable gratuité, revaloriser le montant des bourses nationales sur critères sociaux et augmenter le nombre de bénéficiaires.