Texte d'orientation "Pour un syndicalisme offensif !" soutenu par École Émancipée

Publié le 13 mars 2009

Pour un syndicalisme offensif !
soutenu par École Émancipée

L’ébullition sur les campus, depuis que ce texte fut écrit, conforte l’orientation qu’il propose. Ainsi que l’a souligné la coordination nationale du 2 février, les contre-réformes qui provoquent la colère des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche, des étudiants, est le résultat de la LRU et de la volonté du pouvoir d’en finir avec le service public d’ESR. C’est le moment de généraliser la grève pour faire reculer Sarkozy-Pécresse, Tous Ensemble ! Le 4 février.

Le mouvement lycéen de décembre a mis fin à une période où Sarkozy paraissait inébranlable. Par ailleurs, la crise du capitalisme percute la société de plein fouet, avec son cortège de chômage et de drame social.
Les partis institutionnels en sont profondément désorientés, qui étaient jusque là les chantres plus ou moins décomplexés d’un libéralisme débridé. Faute de politique de rechange, le gouvernement continue sa fuite en avant par cette même diminution des revenus salariaux qui a conduit à la crise.
L’État est appelé au chevet des banques et des actionnaires, pas à celui des salariés. Au lieu de la relance proclamée, c’est la récession qui va s’accentuer.

L’Éducation, l’Université et la recherche dans l’oeil du cyclone

La politique Sarkozy-Pécresse dans le supérieur et la recherche est un exemple de cet acharnement de la classe possédante. Alors que les entreprises manquent de liquidités, la LRU prétend qu’elles financeront fondations ou contrats de recherche et que les universités devront désormais compter sur elles. Au moment où les prêts étudiants sont en crise aux USA (panne du crédit, surendettement étudiant, effondrement de l’emploi), Pécresse se targue de les développer en France en offrant aux banques la garantie de l’État.
Quant au budget global et à la propriété des locaux universitaires, quels présidents se risqueront à spéculer dessus pour augmenter les revenus de leurs féodalités ? Tout juste la masse salariale transférée aux universités devrait-elle servir à les protéger des « aléas d’un éventuel versement tardif ou irrégulier de la subvention de fonctionnement » (rapport d’audit pour le passage aux « nouvelles responsabilités »). Pour se désengager massivement du secteur éducatif, le pouvoir cherche à liquider le service public. Il entend briser à la fois toute coordination des luttes et toute garantie collective : casse du cadre national des diplômes (LMD, attaques contre les IUT, réforme du lycée vidant le bac de tout contenu unifiant), concurrence exacerbée des établissements (avec refonte de la carte universitaire) et des enseignants-chercheurs (évaluation sur critères bibliométriques, modulation des services). La LRU, comme l’ensemble du processus de Bologne, est décidément une arme de destruction massive...

Indépendance et combativité

Lors du dernier congrès d’orientation du SNESUP, la LRU était en gestation. Un affrontement central avec le ministère s’annonçait. Il fallait le préparer sans tergiverser. Malheureusement, la direction du syndicat n’a pas pris cette voie, allant chercher des alliances paralysantes du côté de la CPU et de l’UNEF, notamment lors des « Assises » du 2 juillet 2007. Or la CPU était favorable à la LRU et l’UNEF s’apprêtait déjà à se satisfaire d’un plat de lentilles. La confusion s’est poursuivie pendant l’automne par l’absence de mots d’ordre clairs, en particulier d’appel à la grève (décidé une fois en secrétariat national, il ne fut pas diffusé !) alors que les étudiants étaient fortement mobilisés. Comme si notre direction s’était davantage souciée de ménager d’hypothétiques alliés dans les instances universitaires. Au congrès d’études de 2008, la direction du courant majoritaire a même refusé de soumettre au vote une motion suggérant que les élus SNESUP aux conseils puissent mettre en jeu leur démission pour lutter contre l’application de la LRU. Il ne s’agit pas de négliger le rôle et l’action des élus : les motions de conseils sont d’indiscutables points d’appui. Mais qui pouvait croire que le seul renforcement du poids du SNESUP dans les conseils (nouvelle mouture !) suffirait à la «subversion » de la LRU ? Déjà à l’oeuvre lors de la réforme LMD, cette orientation ne s’est guère infléchie depuis : contre le décret sur les statuts, les syndiqués attendent des mots d’ordre de grève visibles et crédibles – au-delà des espoirs placés dans la CPCNU qui peuvent s’avérer incertains – et des propositions de coordination de leur mobilisation...

Un tournant à saisir

Malgré le fatalisme et le renoncement de certains, l’exaspération monte, fondée sur la compréhension et le rejet des contre-réformes. Pour affermir cette mobilisation, il est de la responsabilité du SNESUP de proposer des moyens d’action rassembleurs et offensifs. Il faut mettre en accord les propos et les actes : grève effective, coordination des luttes, attention aux collègues plus qu’aux instances et implication universitaire dans les mouvements sociaux doivent redevenir les axes centraux de notre intervention, à côté de l’indispensable défense corporative des collègues titulaires ou non, de l’organisation d’AG et de la participation aux manifestations. Certes, l’Université ne pourra, à elle seule, enrayer les rouages de la machine libérale. Mais elle est un élément indispensable de la lutte globale pour les services publics et la défense du monde du travail. Le SNESUP doit pouvoir peser, afin notamment que la FSU dépasse les divisions de ses syndicats et devienne une composante essentielle d’un pôle syndical interprofessionnel combatif aux niveaux national et international. Encore faut-il que le SNESUP redevienne lui-même un élément moteur des luttes à l’université ! Cela passe par un changement important de son orientation et de son fonctionnement.

Une orientation de résistance et de lutte qui s’enrichit de sa diversité

Par delà les désaccords d’orientation entre la majorité sortante Action syndicale (AS) et la forte minorité École Émancipée (ÉÉ), force est de constater que, depuis deux mandats, la minorité s’est heurtée à des rigidités de fonctionnement et des manquements à la démocratie qui ont rendu difficiles les débats. Le nécessaire apport minoritaire a été récusé. Or, nous ne pensons pas qu’il faille poser systématiquement les divergences en termes d’affrontement de courants de pensée, AS vs ÉÉ, surtout quand ces questions traversent l’ensemble du syndicat. Pour progresser, le SNESUP a besoin d’une direction où chacun puisse travailler et être entendu. Il a besoin de toutes ses forces ! Il a aussi besoin d’une expression publique claire et mobilisatrice, fondée sur une indépendance de principe vis-à-vis des instances non syndicales, quand bien même les militants SNESUP y seraient majoritaires. Enfin, le SNESUP doit devenir au sein de la FSU et du mouvement syndical une référence d’ouverture aux luttes sociales, au delà de l’université et du simple territoire national. C’est ce qu’ont défendu, défendent et défendront les militants qui soutiennent ce texte.

Pour la résistance, la lutte et la transformation sociale, VOTEZ Pour un syndicalisme offensif !

 

Contre la précarité, feu sur la LRU et l'ANR !

Loi LRU et croissance de l’ANR augurent d’une explosion de la précarité dans les universités et la recherche. Avec ses financements non pérennes, l’ANR organise le recrutement de chercheurs et techniciens en CDD. De son côté, la LRU planifie dans chaque établissement un pourcentage local de contractuels dicté par le ministère dans le plan quadriennal. Enfin, des CCP doivent être partout mises en place pour assurer une vitrine légale, paritaire mais seulement consultative, aux sanctions et licenciements de précaires (au lieu d’une titularisation !). Problème national, la précarité est ainsi vouée à devenir une maladie indigène, que les laboratoires et établissements ne peuvent pourtant guérir ! L’univers de concurrence et de « darwinisme social » que veut ériger Sarkozy est de surcroît antagonique à une véritable logique coopérative de progrès des connaissances et de leur diffusion. Financements pérennes, sécurité de l’emploi et statuts nationaux, voire européens, garantissant l’indépendance des personnels face aux pouvoirs économiques et politiques sont les seules réformes possibles pour une université en péril. Abrogation de la LRU et dissolution de l’ANR sont des conditions nécessaires à l’abolition de la précarité.

De l'intégration des IUFM à leur désintégration ?
De la mastérisation des concours à leur disparition ?

Après l’intégration, menée tambour battant, des IUFM aux universités, la mastérisation express de la formation des enseignants constitue une nouvelle attaque contre les concours de la Fonction publique. Le gouvernement rêve déjà d’une armée de précaires (ayant ou non un master) venant, au gré de proviseurs ou directeurs tout-puissants, remplir les trous laissés dans les établissements scolaires par un recrutement de fonctionnaires toujours plus limité. En supprimant une année de stage, il se paie même le luxe d’économiser une année de salaire des enseignants ! Mais pour les étudiants les moins fortunés, c’est une catastrophe. Il est souhaitable d’améliorer le niveau de formation des enseignants, mais pas à n’importe quel prix. Le moratoire de la réforme Darcos est un minimum dont on ne saurait se contenter. Avec les étudiants et les personnels, il faut exiger un statut de fonctionnaire stagiaire au moins dès l’entrée en M1, une formation ne sacrifiant pas les savoirs disciplinaires et un véritable stage professionnel prenant appui sur les meilleurs acquis des IUFM. La défense du service public passe par une autre réforme !

Luttes internationales: réussir les convergences

L’action du SNESUP pour les solidarités internationales est plus que jamais indispensable. Pour résister au capitalisme mondialisé, le syndicalisme doit en effet s’impliquer dans le mouvement altermondialiste, dans les Forums sociaux et développer les convergences. Les gouvernements européens mènent partout de conserve les contre-réformes que nous combattons en France. Toutefois, l’exemple des luttes universitaires en Grèce, Italie, Allemagne et Espagne, trop peu relayées en France alors qu’elles avaient et ont encore une ampleur de masse, montre que la coordination des mouvements sociaux et syndicaux reste un objectif à atteindre. Face à la stratégie concertée des forces libérales au pouvoir en Europe, les projets de luttes et de coordination au-delà des frontières sont une nécessité et un espoir. Cela a été répété au récent FSE de Malmö. Il appartient au SNESUP de continuer à les mettre en oeuvre pour que cela ne reste pas incantatoire.

SIGNATURES (BN)

Cette orientation est proposée par :

  • Jean-Marie Canu (Rouen), Jean-Luc Godet (Angers), Philippe Enclos (Lille), Isabelle Krzywkowski (Reims), Jean Malifaud (Paris 7).

Les critiques, approbations enthousiastes, soutiens (pour publication ultérieure des signataires) sont à envoyer à : jean.malifaud@wanadoo.fr