Texte d'orientation Action Syndicale

Publié le 13 mars 2009

Action Syndicale pour solidariser analyses et actions dans l’enseignement supérieur

Notre congrès se tient dans une phase aiguë marquée par une crise financière et économique où l’alternative politique peine à se dessiner. Dans ce contexte, l’université et la recherche sont en proie à des attaques d’une rare ampleur. Plus que jamais, le SNESUP est le syndicat de référence pour de nombreux collègues inquiets de l’avenir programmé dans les universités et la recherche, par un pouvoir qui en fait un enjeu idéologique particulièrement fort. Le SNESUP est l’incontournable moteur des mobilisations universitaires et d’une grève sans précédent de ce début 2009.
Confortons l’orientation d’Action Syndicale !

L’enfoncement dans la crise

Le capitalisme mondialisé et financiarisé est plongé dans une phase critique d’une crise systémique et engage l’ensemble des nations dans une récession profonde. Cette crise risque d’emporter tout sur son passage : destruction de l’économie réelle, fragilisation de l’épargne éventuelle des particuliers, volatilisation des systèmes de protection sociale, « vente à la découpe» de services publics à des groupes privés dominés par les logiques financières. En ce début de XXIe siècle la pauvreté se maintient, voire se développe partout dans le monde.

Le pacte de stabilité, présenté comme nécessité absolue dès lors qu’il s’agissait de réduire les dépenses publiques, vole en éclats pour la survie des groupes financiers. L’injection au niveau mondial de centaines de milliards d’argent public – sans contrepartie – pour les recapitaliser, ne résout pas cette crise. Depuis quelques décennies, dans les pays industrialisés, la déformation du partage de la valeur ajoutée au détriment des salaires (directs et indirects) et une affectation des profits qui privilégie la rente sur l’accumulation productive en ont préparé le scénario : migration des investissements, organisation de la société autour des revenus de plus en plus spéculatifs.

Les ressources énergétiques fossiles constituent un domaine privilégié pour la spéculation. Les enjeux sur les énergies « vertes » bouleversent l’organisation de l’agriculture en intensifiant les productions céréalières au détriment des cultures proprement vivrières. La faim dans le monde n’est pas en recul et suscite des émeutes dans nombre de pays en voie de développement.

La remise en cause du socle républicain

Les droits individuels et collectifs et toutes les libertés, comme l’indépendance des juges, sont lourdement remis en cause. La protection sociale, les droits à la retraite et le montant des pensions sont mis à mal. La mixité sociale se dégrade en matière de logement, de soin, d’école... Les inégalités sociales se creusent. L’idéal républicain d’une école ouverte à tous et ayant pour vocation l’accès à une connaissance élevée n’est plus une priorité du pouvoir qui s’en prend aussi à la laïcité. L’objectif des réformes qu’il mène dans la sphère éducative se borne à l’acquisition de quelques fondamentaux. Ainsi s’expliquent la diminution des recrutements d’enseignants titulaires et un processus dénaturé de formation des maîtres.

Dans l’enseignement supérieur et la recherche, le gouvernement mène une politique condamnant ce qui fait la richesse et la spécificité de l’université et de la recherche françaises. Il oriente l’université vers une forme appauvrie de professionnalisation, limitée à un vademecum de l’insertion, et veut dans le même temps la disparition des IUT. Le démantèlement des organismes de recherche et le pilotage technocratique par contrats des choix scientifiques s’accélèrent. Voulant adapter la recherche aux profits immédiats de quelques groupes financiers, voulant la réduire au champ de l’innovation technologique, le gouvernement conduit vers un désert où ne subsisteront plus, à court terme, que quelques secteurs privés du substrat essentiel que constitue la recherche dans son ensemble. Pour diminuer le nombre d’enseignants-chercheurs titulaires, le pouvoir n’hésite pas à assécher substantiellement la construction des savoirs en privant des dizaines de milliers de collègues de l’exercice d’activités de recherche par l’augmentation individualisée de leur temps de présence devant les étudiants. Par sa politique de mise en concurrence et de classement des établissements comme des collègues, il met à mal l’éthique universitaire.

Promouvoir d’autres orientations

Le SNESUP entend faire de l’impératif écologique, d’activités économiques maîtrisées et de coopérations internationales mutuellement avantageuses les principes clefs des politiques publiques. Les dimensions scientifiques, culturelles et sociales des échanges internationaux sont à refonder. En Europe, il faut réorienter les objectifs et les modalités de la construction européenne. L’épanouissement des individus dans une société démocratique de plein-emploi et de justice sociale fonde nos orientations syndicales. La bataille pour l’emploi, pour faire reculer le chômage et la précarité, qui passe par l’amélioration des dispositifs de formation réclame surtout le développement par les employeurs (publics et privés) de l’emploi qualifié.
Avec l’immense majorité des collègues, le SNESUP entend démocratiser plus encore l’accès et la réussite des étudiants aux études supérieures pour l’obtention de diplômes nationaux attestant une ou des qualifications : c’est là un atout décisif du progrès économique et social. L’objectif ultime est que les diplômés bénéficient pleinement de leur formation (contrat de travail, rémunérations). En matière de cursus, dans un système public cohérent d’enseignement supérieur que le SNESUP veut voir rassemblé, le XXIe siècle appelle des transformations progressistes. Quels contenus de formation ? Quels diplômes ? Quels nouveaux accords sociaux pour que les diplômés bénéficient de contrats de travail s’appuyant sur la négociation collective et non sur une appréciation patronale de leurs compétences ? Pour que salariés et chômeurs aient un véritable droit à la formation, à la VAE ? Le SNESUP réclame un accroissement considérable du financement public de la recherche fondamentale comme appliquée dans tous les champs de la connaissance ; il appelle une organisation collégiale de la recherche, son indépendance par rapport aux intérêts privés pour garantir les libertés intellectuelles.

L’action des enseignants-chercheurs et enseignants

Les universitaires, les étudiants, dans leur immense majorité n’ont plus d’illusion sur la nature régressive (scientifique, pédagogique, démocratique) des décisions du gouvernement en matière de recherche et d’enseignement supérieur. Cette prise de conscience correspond au poids de la réalité vécue mais ressort également du continuel engagement du SNESUP pour expliquer et rassembler les collègues dans l’action. Les mobilisations sur un très large spectre de revendications en sont une expression significative ; elles témoignent d’un refus grandissant de cette politique de casse (recherche, IUT, IUFM, statuts des personnels...) et de démantèlement du service public. Le rôle et la visibilité du SNESUP dans ces batailles sont reconnus. Le SNESUP, ses militants, portent avec force une multitude d’initiatives (motions, AG, rassemblements, interpellations publiques, grèves actives...). La stratégie que le courant de pensée Action Syndicale a impulsée et mise en oeuvre avec l’ensemble du SNESUP contre la loi LRU crée les conditions de cette résistance et s’illustre dans la construction de la grève administrative.

Le SNESUP, dans la continuité de ses engagements contre la loi LRU et le « pacte recherche », porte les exigences de retrait du décret « statut des EC », de refonte globale du dispositif et du calendrier « master/concours ». L’action syndicale vise aussi à annuler les 1 030 suppressions d’emplois du budget 2009 et à faire inscrire les créations de postes statutaires (enseignants-chercheurs, chercheurs, enseignants, BIATOS) dès maintenant dans le cadre d’un plan de relance qui ne soutienne pas que les seules banques. Le SNESUP agit pour les libertés scientifiques garanties par une collégialité forte fondée sur l’élection dans toutes les instances ; il agit pour le respect du CNU, pour la remise en cause de l’ANR et de l’AERES, pour l’élaboration de critères transparents dans l’affectation des moyens de l’État aux établissements.

Un SNESUP rayonnant et efficace

Les convergences notoires dans l’action renouvellent le rôle du syndicat et consolident les valeurs démocratiques. Les analyses, les publications du SNESUP – lettres flash- IUFM-retraités, mensuels et VRS sont attendus – notre site web rénové contribuent à renforcer l’unité du monde universitaire et au rayonnement du SNESUP. L’augmentation depuis deux ans des adhésions, comme les succès dans les élections pour les conseils centraux des établissements, ont validé l’orientation Action Syndicale et sont des leviers considérables dans les luttes actuelles. Cette dynamique, écartant la seule posture « tribunicienne » que des camarades des autres courants de pensée voudraient donner au syndicat, doit être confortée en s’appuyant sur la démocratie syndicale qui nourrit la conception d’un syndicalisme rassemblé et démocratique. En ce sens, tout en étant catalyseur de l’unité intersyndicale et ouvert aux convergences dans l’action avec SLR, SLU, le SNESUP entend résister aux logiques d’émiettement du paysage syndical. Les convergences renforcées avec le SNCS consolident une solidarité au coeur de nos métiers. La volonté d’agir des collègues permet de créer les conditions d’un mouvement majoritaire pour faire gagner nos revendications.

Le SNESUP porte une part de l’engagement de la FSU. Notre fédération doit mieux encore prendre en charge la convergence des analyses et actions des syndicats nationaux. La forte participation aux élections professionnelles comme aux actions de grève des salariés de l’éducation, la place éminente du SNES, du SNUIPP, du SNEP, du SNCS et du SNESUP confèrent à la FSU une place originale dans le syndicalisme. L’effet des modifications des règles de représentativité doit conduire à affermir la dynamique syndicale unitaire née voici quinze ans lors de la fondation de la FSU.

Ces conceptions appellent à renforcer le caractère majoritaire du courant Action Syndicale au sein du SNESUP. Les adhérents qui se reconnaissent dans les analyses et revendications du syndicat, qui partagent les impulsions et dynamiques, locales et nationales, que font vivre les militants Action Syndicale, ont une immense responsabilité. En confiance et avec détermination nous les invitons à approuver le rapport d’activité et à apporter leur suffrage à l’orientation Action Syndicale.

PREMIÈRE LISTE DE SIGNATAIRES

AIX-MARSEILLE : A.-M. Bernardi, A. Mesliand • ANTILLES GUYANE : F. Régent • BORDEAUX : D. Bouthier • CRÉTEIL : M. Champesme, P. Duharcourt, A.-M. Helvetius, G. Lauton, S. Tassel • DIJON : M. Neveu • GRENOBLE : L. Dumasy, N. Bernard • C. Kahane • LILLE : M. Delepouve • LIMOGES : A. Policar • LYON : M.-C. Derouet-Besson, M. Brissaud, B. Roux • MONTPELLIER : P. Canadas, D. Chamma • NANTES : H. Lelourec • NICE : T. Astruc • ORLÉANS-TOURS : J. Fabbri, K. Fischer • PARIS : M. Cottrell, S. Plane • REIMS : S. Pittia • POITIERS : G. Jean • RENNES : J.-P. Lethuillier • ROUEN : M. Gest, M. Zattara • TOULOUSE : C. Hoffmann, X. Lambert, L. Sochacki • STRASBOURG : J.-M. Utard • VERSAILLES : M. Lauton, A. Ouzoulias