SNESUP:modules comp. IUT

Publié le 20 mars 2006

IUT: PPN et modules complémentaires
Compte-rendu du travail de la CCN IUT

par Anne MESLIAND
Secrétaire nationale du SNESUP, responsable du secteur des IUT, membre de la CCN IUT

NDLR : propositions votées à l'unanimité par la CCN IUT le 20 mars 2006 sur les modules complémentaires

Après les arrêtés des 3 et 25 août 2005, qui définissent respectivement le DUT et les PPN de chaque spécialité, pour que la mise en oeuvre de ces nouveaux programmes puisse être complète et s'effectuer sur l'ensemble des 2 années de formation à la rentrée 2006, il reste à définir les modules complémentaires constituant les parcours qui désormais font partie de la préparation du DUT. En effet, les PPN adoptés et parus en août 2005 n'en définissent qu'une partie: les modules contribuant au parcours menant vers l'insertion au niveau III. Rappelons que nous avions obtenu, lors du débat en CNESER, que soit inscrit dans l'arrêté du 25 août le rôle des CPN dans la détermination de ces modules. Le directeur de la DES avait par ailleurs assuré que le travail de la CCN dès la rentrée serait effectivement d'impulser leur travail.

C'est ce travail qui s'est enfin engagé ! La CCN, très tardivement nommée et encore plus tardivement réunie, a délibéré sur un texte le 20 mars.

Ce texte, tout d'abord, affirme la nécessité d'un cadrage des modules complémentaires: "Il importe que l'ensemble des modules complémentaires soit cadré par les CPN pour garantir l'unité et la valeur du DUT, pour assurer la cohérence pédagogique des programmes, pour éviter les disparités et les inégalités entre les structures (IUT, départements, antennes délocalisées)." Il demande donc que les modules complémentaires validés par les CPN fassent l'objet d'un arrêté, comme le reste des programmes, dans la logique de l'article 9 de l'arrêté du 3 août qui indique que "les modules complémentaires font partie intégrante du diplôme universitaire de technologie, au même titre que la majeure".

La nécessité d'un cadrage, le SNESUP l'a portée tout au long des débats, et elle est reconnue très largement, dans la CCN notamment. Tout le monde est conscient du risque que ferait peser sur le diplôme une déréglementation de ses programmes, un dessaisissement des CPN, en terme de cohérence, de reconnaissance, de mobilité, d'égalité (territoriale, pédagogique ...).

En même temps, cadrage ne signifiant pas rigidité, il importe qu'il puisse y avoir de la souplesse dans la détermination des parcours, permettant l'initiative pédagogique à laquelle nous sommes attachés et l'adaptation aux conditions d'enseignement de chaque département.

La CCN propose donc:

  • que les modules validés par les CPN soient définis au niveau de leur intitulé, de leurs objectifs (connaissances et savoir-faire) et identifiés en terme de parcours ? un même intitulé de module pouvant servir dans certains cas à 2 parcours au plus.
  • que les CPN valident un ensemble de modules ainsi définis, dans lequel les départements peuvent choisir pour élaborer les parcours qu'ils proposeront aux étudiants.

Chaque parcours doit avoir le même volume horaire (celui déjà défini pour le parcours insertion niveau III), et le volume horaire de chaque module doit être d'une trentaine d'heures environ.

D'autres précisions sont apportées par le texte, je vous y renvoie. A noter toutefois la proposition que, dans un souci de cohérence de l'ensemble de la formation, les CPN puissent revoir la définition des modules d'insertion professionnelle (déjà écrits dans les PPN) au regard des nouvelles préconisations. La CCN rappelle aussi que le choix des modules est déterminé par le projet personnel de l'étudiant, en relation avec l'équipe pédagogique.

Ce texte a été adopté le 20 mars à l'unanimité de la CCN (le président ne s'est pas exprimé par le vote). La résolution équilibrée qu'il propose de la tension entre souplesse et cadrage a été approuvée. Le représentant de la DES a cependant exprimé de vives réserves, en ce qui concerne la publication d'un arrêté pour les modules complémentaires, et, au-delà et sur le fond, quant à la nécessité du cadrage de l'ensemble du programme. Le ministère continue de développer l'idée qu'il faut laisser faire chaque IUT, chaque département, au nom de "l'initiative locale", sans vouloir voir d'une part que l'initiative locale est déjà possible et son périmètre définie dans les PPN, d'autre part que cela mettrait bien des départements dans des situations d'inégalité sans qu'ils puissent s'appuyer sur un texte réglementaire pour obtenir les moyens dont ils ont besoin, que le diplôme serait alors "à géométrie variable" et dévalorisé. Mais surtout il s'agit de reconnaître que c'est d'ores et déjà dans le cadre de leurs programmes pédagogiques nationaux et de leurs CPN que les IUT ont fait la preuve de leur capacité d'innovation, d'adaptation, de développement et d'initiatives nombreuses ! Le cadrage n'est pas la restriction de l'initiative et de la souplesse, il est au contraire ce qui les rend possible tout en maintenant les garanties du système.
C'est en ce sens que le SNESUP a pris une part importante à l'élaboration de ce texte et à sa défense face à la DES.
L'ADIUT a demandé que le texte soit transmis aux CPN. Elle l'a immédiatement porté à la connaissance des directeurs et des collègues. Son président a indiqué que la question de l'arrêté serait cruciale pour l'ADIUT, prête vraisemblablement à engager une action déterminée pour l'obtenir. Il y a là une convergence forte avec le SNESUP.

Pour autant, restent de nombreux et réels problèmes !

La question du calendrier tout d'abord. Une nouvelle fois, nous allons nous trouver devoir préparer la rentrée et mettre en œuvre un nouveau programme (au moins pour une part) dans des échéances manifestement très serrées ... Appropriation par les collègues des nouvelles parties du PPN, mise en œuvre en terme de répartition des services, d'emploi du temps, de constitution des groupes, travail avec les étudiants pour leur permettre des choix pertinents, ouverture vers d'autres composantes de l'université pour des collaborations pédagogiques et/ou l'établissement de passerelles pour les étudiants ... Comment envisager tout ceci dans des délais qui n'excéderont pas quelques semaines ? La responsabilité est là entièrement celle du ministère, et je l'ai très vivement rappelé lors de la réunion du 20 mars. Il était néanmoins décisif qu'un texte de cadrage soit élaboré - et mis en œuvre si nous parvenons à peser assez fort sur le ministère. Demander un report de la mise en œuvre de la 2ème année du PPN faisait courir le risque que se mettent en place, inévitablement, des solutions diverses, pas du tout validées voire peu étudiées, qu'il aurait été ensuite fort difficile de battre en brèche - c'était le risque que la déréglementation s'instaure de fait !

De fait, dans la continuité de la réflexion déjà engagée sur les nouveaux programmes, souvent dans le cadre des ACD, sous l'impulsion de l'ADIUT également, le travail sur les modules est déjà dans la plupart des spécialités bien avancé. La question de la concertation des collègues, de la façon dont la réflexion a pu être menée collectivement, dans des allers-retours entre assemblées d'enseignants, ACD et CPN, en prenant en compte l'ensemble des propositions, reçoit des réponses variables, on le sait, selon les spécialités, selon aussi la part donnée dans chaque IUT à cette réflexion. Comment les collègues, parmi eux les syndiqués, ont-ils pu s'investir autrement que par la demande ou l'attente de directives ? Quelles propositions ont-ils exprimées et transmises aux différents niveaux décisionnels ? Ces questions nous placent devant des difficultés qui recoupent nos difficultés professionnelles (charge de travail, manque de moyens, lourdeur administrative, etc.) mais que nous devrions également aborder dans la perspective de notre activité syndicale.

Si l'activité du SNESUP, lors du CNESER, a permis la prise en compte de certains de nos amendements, l'usage qui sera fait des parcours dépend de notre intervention dans nos départements et instituts: les possibilités de choix ouvertes par les parcours se transformeront-elles en démarche sélective motivée soit par la logique concurrentielle soit par la contrainte des moyens ? Ce risque n'est pas écarté. Il nous faut faire valoir que c'est une démarche pédagogique qui doit prévaloir, c'est-à-dire le choix de l'étudiant élaboré au cours de son travail sur son projet personnel et professionnel (PPP) en concertation avec l'équipe pédagogique. Pas une décision unilatérale de jury ni un choix imposé par le refus de mettre en place l'un ou l'autre des parcours. Il y a là un enjeu considérable que la réflexion syndicale peut faire apparaître, dépassant parfois les positionnements "pédagogiques" immédiats.

En deçà de la question des modules complémentaires, les nouveaux programmes et la semestrialisation ne sont pas simples à mettre en œuvre: un certain nombre de critiques, légitimes, s'expriment, qu'il nous faut entendre et faire entendre. Le ministère a reconnu qu'il faudrait, après un premier bilan, aller vers une révision, un réajustement des nouveaux PPN au bout de 2 ans. A tout le moins une relecture après expérience ! Ne comptons pas trop exclusivement sur le ministère pour ce faire : entreprendre largement, démocratiquement, une enquête sur ce thème, en lui donnant une perspective d'action et en lui proposant un cadre d'analyse syndical, ce pourrait être un objectif intéressant et important de notre intervention syndicale en IUT. J'en fais la proposition, qui doit bien sûr être affinée ...
Evidemment, toute considération pédagogique rencontre à un moment ou l'autre la "triviale" mais incontournable question des moyens que l'on accorde à sa mise en œuvre ... C'est un terrain où nous nous exprimons aisément. Si ce n'est pas une antienne, alors il nous faut entraîner plus largement nos collègues dans l'action sur ce problème !

Face à la double nécessité, posée lors de l'élaboration des arrêtés et des programmes, de faire évoluer les DUT tout en en défendant la valeur, nous avons mené une réflexion et un travail qui ont permis d'éviter une bascule dangereuse dans un LMD déréglementé et concurrentiel. Dans une convergence large au CNESER et avec l'ADIUT, nous avons fait inscrire dans les textes les amendements traduisant cette volonté. Que le ministère ne les ait pas retenus ou ne souhaite pas leur pleine application ne nous étonnera pas. Il serait par contre dommage que les collègues et les syndiqués ne les reprennent pas au compte de leur engagement.