Six mois après le passage aux « Responsabilités et Compétences Élargies » - Le snesup 576

Publié le 1 juillet 2009

Six mois après le passage aux « Responsabilités et Compétences Élargies » : Comment se porte le laboratoire francilien de la LRU ?

 Par : Anne Raskine secrétaire de section Marne la vallée et Catherine Toulgoat


 « Tant que le président n’aura pas le contrôle de l’organisation des formations, ainsi que la maîtrise de la gestion du recrutement, des carrières du personnel et du patrimoine immobilier, il sera handicapé par des tonnes de petites absurdités qui empêcheront l’université de remplir sa mission ». Voilà ce que répondait Yves Lichtenberger, alors président de l’université de Marne La Vallée, au Figaro le 1er juin 2007, seulement deux semaines avant que ne soit dévoilée pour la première fois aux organisations syndicales ce qui deviendra la loi « LRU ». L’UMLV, 11000 étudiants, créée il y a près de 15 ans à l’est de la région parisienne, est devenue (en 2007) le membre fondateur du plus petit Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur « Paris Est » réunissant, outre une seconde université (Paris 12), une grande école (ENPC ) dépendant du MEEDAT  et une école consulaire de la Chambre de Commerce et d’Industrie (ESIEE ).

En situation de sous-encadrement permanent, elle a cultivé le centralisme décisionnaire, laissant une place toute relative à la collégialité et à l’expression des organisations syndicales. C’est dans ce contexte que le passage aux « Responsabilités et Compétences Élargies » (RCE) le 1er janvier 2009 a été voté sans les voix du SNESUP-MLV. En marge des RCE, l’intégration de la gestion de la masse salariale au budget global a contraint notre direction à « réussir les paies ». Présenté comme un exploit, le faible pourcentage d’erreurs pour les titulaires a masqué les retards de paiement des vacataires. Récemment, la dévolution du patrimoine à l’université, non souhaitée par l’équipe de direction, réapparaît de manière inquiétante dans nos débats.

Une logique concurrentielle qui conduira à l’appauvrissement durable du paysage universitaire 

Le passage précipité aux RCE s’inscrit dans la volonté récurrente des équipes de direction de toujours être parmi les premiers et de gagner quelques subsides financiers. Cette stratégie n’ayant jamais permis d’obtenir les moyens pour l’université à la hauteur de ses ambitions, d’autres ressorts sont nécessaires pour la faire fonctionner. Mutualisation des enseignements, réductions des volumes horaires de certains cours – dénoncées par certaines évaluations de l’AERES - et taille accrue des groupes de TD poussent à la baisse de la qualité de formation et à des emplois du temps aberrants.

Ces 6 derniers mois ont vu s’accroître des dérives autoritaires. Insidieusement, remplir ses missions ne suffit plus pour se voir justement reconnu. Les congés de maladies ou de maternité sont sources de suspicion. Sous couvert de rationalisation et de plus grande équité, les objectifs de la « gestion de la qualité » restent l’évaluation-sanction. Les responsables des formations sont enjoints de veiller non plus à ce que les étudiants bénéficient des enseignements prévus par les maquettes, mais à ce que les collègues aient bien fait leurs heures. Il s’installe une atmosphère de fonctionnement individuel et concurrentiel (qui va obtenir telle quotité de décharge ?), à la place d'une gestion collégiale.

Dans les laboratoires, les collègues qui ne contribuent pas efficacement à la valorisation de l’équipe sont écartés – désassociés – de leurs laboratoires et contraints de se chercher seuls une autre équipe d’accueil ! Le poids de « l’adéquation avec la politique scientifique de l’UMLV » et de la « notation de l’unité de recherche » intervient pour plus de 50% dans le classement des emplois. La précipitation avec laquelle la direction de l’université, sans lien avec les conseils, veut mettre en place l’attribution locale des « primes d'excellences » (ex PEDR) contribue à inquiéter des pans entiers de recherche.

Anticipant sur la mise en place de la modulation des services et l’attribution locale des primes, un groupe de travail « gestion du personnel et politique indemnitaire » a été envisagé avant même la publication des décrets ! Si la contestation dans les universités a empêché cette précipitation, le sujet reste d’actualité. L’application dès le 1er septembre du décret EC dans sa nouvelle mouture et des compétences élargies (modulation des services, emplois CDD/CDI, régime indemnitaire sous la responsabilité du seul président), la gestion bureaucratique et brutale d’une équipe de direction isolée des collègues, la recherche permanente de gains en « ressources humaines », ne font qu’augmenter l’atmosphère de défiance à l’égard de ce mode de management et contribuent à affaiblir un projet atypique à la croisée des disciplines qui avait sa place, sans hégémonie, dans le système universitaire. Ce qui se passe à Marne la Vallée préfigure un paysage universitaire concurrentiel qui, au lieu d’assurer son développement, conduira à son appauvrissement durable.