Regards sur l’avenir de la FSU
Regards sur l'avenir de la FSU
Il nous a paru intéressant de solliciter la réflexion de chercheurs travaillant sur les questions du syndicalisme quant à leur vision de la FSU, de ses évolutions et de son avenir dans le paysage syndical français.
Trois questions au coeur du congrès de la FSU
par Raphaël Szajnfeld, Institut de recherche de la FSU
Trois questions devraient être au coeur des travaux du prochain congrès de la FSU :
Le projet syndical.
La FSU sera d'autant plus forte pour contrer les politiques régressives mises en oeuvre, qu'elle avancera des propositions novatrices, répondant
aux attentes des personnels et aux besoins de la société. C'est vrai pour le système éducatif qui doit avoir les moyens de sa mutation et de son développement. Mais c'est vrai aussi au plan général : la crise économique et financière, les multiples défis démographiques, sanitaires, écologiques,
climatiques, culturels... auxquels l'humanité est désormais confrontée, obligent à repenser le monde et doivent être par conséquent pleinement intégrés dans la réflexion, les propositions, les interventions syndicales.
La stratégie syndicale.
L'année scolaire 2008- 2009 a été marquée dans l'enseignement, la recherche, l'insertion et l'emploi par des conflits exceptionnels par leur détermination,
leur durée, leur unité. Des reculs ont été imposés, mais l'essentiel des projets gouvernementaux demeure. La FSU n'a pas réussi à faire converger ces luttes pour aboutir à des mobilisations plus amples. Même constat au niveau interprofessionnel : les conflits locaux ou de branches se sont multipliés, mais la dynamique unitaire initiée au 1er trimestre 2009 est rapidement retombée. Cantonnés dans des batailles défensives, les syndicats sont de moins en moins en mesure de dépasser les clivages corporatifs et d'imposer de nouvelles conquêtes. Comment ouvrir des perspectives revendicatives permettant
d'élargir les mobilisations et de déboucher sur des résultats ? La question se pose pour l'ensemble du mouvement syndical comme pour chacune de ses composantes.
Le devenir de la FSU.
La division syndicale est une faiblesse majeure du syndicalisme français. Les nouvelles règles de représentativité et de validation des accords d'entreprises
vont sans doute conduire à des regroupements structurels. Le poids de la FSU dans son champ de responsabilité lui garantit pour le moment toute sa place dans les négociations. Mais, si rien ne bouge, elle risque de se retrouver « hors-jeu » au niveau interprofessionnel, au moment même où elle a tant à dire sur les grandes questions de société. Le SNES a lancé le débat à l'occasion de son Congrès de Pâques. Des rencontres exploratoires se sont tenues avec la CGT et Union solidaire. La réflexion devra se poursuivre au congrès de Lille.
Trois scénarii pour le devenir de la FSU
par René Mouriaux, Docteur d'État en science politique
Parce qu'il est mouvement, le syndicalisme depuis ses origines s'interroge et est interrogé de manière récurrente sur son avenir. Comme beaucoup d'autres ouvrages consacrés à la CGT, à la CFDT, à la FEN, l'histoire de la FSU composée par Raphaël Szajnfeld et éditée par Syllepse se termine par un 11e chapitre, « Et maintenant ? ».
DEUX HYPOTHÈSES OBSOLÈTES
En raison des évolutions sociopolitiques, des urgences nées de la crise du capitalisme, des contraintes institutionnelles imposées par la loi du 20 août 2008, deux voix sont barrées pour la FSU. Envisageable en 1992, la dilatation de la FSU en UNSU relève de la chimère dans la période du 6e congrès. La création d'un pôle de la radicalité avec Solidaires reviendrait à sanctuariser le syndicalisme de transformation.
TROIS « POSSIBLES » PRÉVISIBLES
Sans traitement résolu des sept fléaux de la FSU (primat des SN, opposition primairesecondaire- supérieur, affaiblissement des tendances, poids insuffisant des « non-enseignants », isolement international, éloignement des jeunes, autonomie), l'implosion de la FSU n'est pas un événement à écarter. Les couacs sur la masterisation (Le Monde, 18-19 octobre 2009) ne sauraient être pris à la légère.
Des mesures partielles éviteront la catastrophe sans enrayer un progressif déclin. Selon une formule d'Alain Dalençon dans un stage à Poitiers le 12 juin 2009, « l'autonomie est une impasse » dans laquelle la FSU s'asphyxie lentement.
Reste la confédéralisation par le rapprochement avec la CGT. Non un retour, ni une « fusion-absorption » mais un processus inventif débattu et construit avec les syndiqués où les spécificités positives de la FSU seraient garanties et où des avancées mutuelles devraient être accomplies en matière d'implantation de masse, d'action interprofessionnelle, de projet éducatif, dans une lutte conjointe contre la bureaucratisation, l'institutionnalisation et l'intégration du syndicalisme. Fidélité au « U » de 1992 et amplification des ambitions de Dijon.