Quand la CPU se mêle de questions éthiques
Quand la CPU se mêle de questions éthiques
La recrudescence des cas de fraude scientifique amène aujourd'hui la CPU à se préoccuper de questions éthiques. On pourrait certes ironiser sur les pratiques de certains de ses membres et lui conseiller de balayer devant sa porte : commerce de diplômes à Toulon, conflits d'intérêts à Versailles Saint-Quentin, PEDR du président de Lyon 2, fraude scientifique étouffée à Paris 6... Hypocrisie ou aveuglement ? La CPU s'affaire à éteindre un incendie qu'elle a largement contribué à allumer. Il ne faut donc pas s'étonner si son regard ne s'étend pas au-delà des manifestations les plus visibles, c'est-à-dire les plus dommageables pour l'image des universités, et que pour y remédier elle mette en avant comités d'éthique et autres chartes déontologiques, tout en s'abstenant soigneusement d'en examiner les causes. Or les problèmes éthiques auxquels nous sommes confrontés vont bien au-delà de quelques affaires médiatisées. S'il n'est pas question de dresser ici un tableau complet de l'état moral du corps universitaire et des causes de sa dégradation, on peut néanmoins en évoquer quelques aspects.
La généralisation du financement sur projet a plongé les universitaires dans une insécurité permanente (ce que Danièle Linhart appelle la « précarisation subjective») aux effets délétères. Le succès aux appels à projet de recherche (ANR, projets européens, « initiatives d'avenir» etc.) revêt aujourd'hui un tel enjeu de survie professionnelle, les conditions d'obtention - dictées par la mode ou par des impératifs politiques - sont souvent tellement décalées des réalités scientifiques, la concurrence tellement exacerbée, que les tricheries, petites ou grandes, sont devenues un mode de fonctionnement tacitement accepté : soumission de projets que l'on n'a aucunement l'intention de poursuivre, ou au contraire déjà achevés, rapports d'activité enjolivés, collaborations plus ou moins fictives... Ce même mode de financement rend les laboratoires complices du développement de l'emploi précaire, de l'utilisation de thésards comme « chair à paillasse » à qui, pour se donner bonne conscience, on finit par accorder un doctorat dévalorisé. Bien que dénoncés de partout, les excès de la bibliométrie poursuivent leurs ravages : multiplication artificielle des publications par saucissonnage des résultats ou par duplication pure et simple, protocoles biaisés, traitements statistiques douteux, données « arrangées », expériences non reproductibles.
Perte de repères pour les uns, silence gêné pour d'autres, cynisme malsain chez les plus lucides, nous sommes tous concernés par des pratiques qui envahissent et empoisonnent peu à peu toutes nos activités. Les dilemmes qu'elles suscitent ne doivent pas rester affaire de conscience individuelle. Nous ne pouvons pas éluder plus longtemps une réflexion et une action collectives sur ces questions, sauf à abandonner le terrain aux constructions orwelliennes de la CPU.
École Émancipée - Pour un syndicalisme offensif