Précarité dans l'ESR, les contraintes budgétaires ont bon dos
Précarité dans l'ESR, les contraintes budgétaires ont bon dos
Il y a 50 000 agents contractuels dans l'ensemble des établissements de l'ESR, soit environ 25 % des effectifs en ETP, 28 000 d'entre eux représentent 29% du corps enseignant.
L'aggravation de la précarité est la conséquence de la réduction des budgets propres des établissements autonomes, de la systématisation de la recherche par appel d'offre, de la réduction du nombre de postes ouverts aux concours et des moindres possibilités d'avancement de carrière.
Cette situation engendre une concurrence exacerbée entre les personnels par
-la multiplication des statuts et l'individualisation des salaires,
-le recours exagéré aux vacations d'enseignement,
-la multiplication des contrats courts pour des tâches administratives et la multiplication de nombreuses autres formes d'emplois précaires pour combler le manque de personnel dans tous les métiers de l'ESR.
Elle se traduit par
- l'augmentation de la charge de travail, notamment par des injonctions au travail gratuit et "volontaire",
- le renforcement du pouvoir des hiérarchies, par l'absence de perspectives professionnelles,
- l'aggravation de la souffrance au travail, etc
Suit-on ainsi le « mauvais » exemple de nos voisins?
En Allemagne, 90 000 chargés de cours des universités et des établissements d'enseignement supérieur assurent 30 % à 40 % des heures au programme, nombre d'entre eux travaillent gratuitement et doivent parfois payer de leur poche les photocopies et le matériel d'enseignement. Ceux qui sont rémunérés le sont selon une grille qui va de 20 à 60 euros de l'heure et la grande majorité des contrats tourne autour de 25 euros de l'heure.
Au Royaume-Uni, la majorité des professeurs du premier cycle de l'enseignement supérieur ont des contrats précaires, soit un contrat zéro heure, soit un contrat court de quelques mois, au mieux d'un an. 46 % des universités britanniques ont recours au « contrat 0 heure » (1,8 million de contrats zéro-heures au R-U) tandis que 68% du personnel de recherche dans les universités sont en CDD.
En fait, c'est peut-être la France qui l'a donné, le mauvais exemple : 5,7 millions d'heures d'enseignement étaient assurées par des vacataires ou par des heures supplémentaires d'enseignant-chercheurs titulaires en 2007, soit l'équivalent de 29 687 postes de MCF (192 heures ETP), la situation n'a fait que se détériorer malgré les effets d'annonce des différentes ministres de l'ESR. Ainsi, l'Université de Pau (UPPA) propose un poste d'enseignant contractuel en histoire de l'art de 192 h pour un salaire d'environ 800€ par mois, à l'ULR des postes statutaires sont supprimés au profit de CDD d'1an, renouvelable 2 fois pour 450 h d'enseignement et 1741 euros brut.
Comment de tels contrats sont-ils possibles?
Plusieurs raisons :
- La perte cumulée de 1500 à 2000 postes dans l'Enseignement Supérieur (compte-tenu des gels de postes effectués par les établissements, ainsi dans les universités françaises étaient créés 2318 postes de MC en 2006, 1732 en 2012, 1499 en 2013. L'an dernier, plus de 400 postes ont été gelés !
- L'intérêt financier de l'employeur, qui met en avant le contexte politique et économique difficile pour recourir à ce type de contrat, dont la mise en place est facilitée depuis l'autonomie des universités.
- Le désespoir des jeunes collègues qui les contraint à accepter des conditions de travail dégradées et des salaires de misère.
Refusons les licenciements, demandons la transformation des CDI publics en emplois statutaires, dénonçons l'individualisation des salaires par les primes et les indemnités.
Le SNESUP doit exiger :
- la fin du recrutement contractuel dans les établissements d'Enseignement Supérieur.
- l'abrogation de la loi Sauvadet et la mise en place d'un plan pluriannuel de créations d'emplois de fonctionnaires à la hauteur des besoins, le « dégel » des postes et la restitution de tous les postes supprimés, dans le cadre d'un retour d'une gestion de la masse salariale des universités par l'Etat.
- la suppression de l'ANR et l'arrêt du financement de la recherche sur projet, pour le retour à un financement pérenne de la recherche publique à la hauteur des besoins.
Le SNESUP doit :
- s'opposer fermement à toutes les formes d'externalisation qui sévissent aujourd'hui dans les universités en voie de privatisation (des travaux d'entretien, d'imprimerie, etc. jusqu'aux "certifications" des formations...)
- rappeler que toutes les missions de l'Université doivent être assumées par des personnels statutaires de la fonction publique d'État.
Le SNESUP doit en particulier agir pour :
- la garantie de réemploi pour touTEs : plus un seul licenciement, et arrêt du recrutement de précaires dans la Fonction publique et dans l'ESR en particulier
- la titularisation immédiate et sans condition restrictive de tous les personnels non-titulaires, toutes catégories confondues
- le soutien et l'impulsion de tout recours juridique collectif contre l'exploitation à grande échelle des personnels précaires (« fausses » vacations, contrats « adaptés », non-renouvellements de contrats...)
- l'organisation de ces personnels, en soutenant les collectifs existants ou en les impulsant partout où c'est possible.
Motion de la section de l'université de La Rochelle mars 2015