Pour une charte éthique à l'université

Publié le 15 février 2013

 

Pour une charte éthique à l'université

Des dysfonctionnements graves affectent la gouvernance de l'université et nuisent à l'intérêt des étudiants et des personnels. Les abus de pouvoir et les irrégularités apparaissent particulièrement dans trois domaines.
Primo, le recrutement des enseignants-chercheurs. Des arrêts récents du Conseil d'Etat ont sanctionné les excès de pouvoir commis par des comités de sélection. Selon M. Gauchet, « chaque campagne de recrutement ramène le navrant résultat : nombre de jeunes chercheurs de grand talent laissés sur le carreau alors que la médiocrité s'installe et prospère »1.
Le recrutement « entre soi » produit des effets similaires en écartant le recrutement de meilleurs candidats répondant mieux au projet de l'établissement. Le problème n'est pas le recrutement de candidats locaux, mais le localisme et le favoritisme qui introduisent injustice et inégalité entre candidats et portent atteinte à la qualité des recrutements.
Secundo, les pratiques de pouvoir au sein des instances universitaires, qui ouvrent la voie aux abus de pouvoir et au clientélisme : les textes en vigueur donnent au président « le pouvoir de définir voire de rectifier la définition d'un emploi à un niveau de précision qui lui permet en fait de prédésigner le ou les candidats »2.
Le phénomène du localisme a été quantifié par O. Godechot du CNRS qui estime que le localisme « produit à court terme une rupture de l'équité entre les candidats et pourrait dégrader à plus long terme la qualité de l'enseignement et de la recherche»3.
Tertio, le plagiat. Ce phénomène représente un manquement grave à la déontologie. Il touche aussi bien les universitaires que les étudiants, des cas récents de plagiat d'enseignants-chercheurs n'étant toujours pas sanctionnés malgré la saisie des instances concernées.
Ces faits illustrent des problèmes de fond qui portent préjudice au fonctionnement démocratique de l'Université. Certes, toutes les universités ne sont pas concernées et des comités d'éthique existent. Mais les dispositifs existants sont insuffisants parce qu'ils n'ont pas de portée réglementaire nationale...
Alors, une solution consisterait à adopter une charte éthique et déontologique nationale à laquelle souscriraient les responsables universitaires élus dans les établissements et les instances nationales.

  • Yves Thépaut. Retraité.

PS : Pour contribuer au contenu de la charte : http://ethiqueuniversite.wordpress.com

 

1 Préface à l'ouvrage de Judith Lazar, Les secrets de famille de l'université, Le Seuil, 2001.

2 « Autonomie universitaire versus libertés académiques », ADJA 2011, p. 2497.

3 « Le localisme dans le monde académique », www.laviedesidees.fr, 22 avril 2008.