Pour un syndicalisme de lutte seul garant d’une indépendance contre la finance : gardons-nous des illusions du « dialogue social »
Texte d’orientation à l'initiative de camarades Émancipation
Pour un syndicalisme de lutte seul garant d’une indépendance contre la finance : gardons-nous des illusions du « dialogue social »
2013, année de congrès et de renouvellement des instances du SNESUP...
De 2001 (LOLF) et de 2005 à 2013 se sont succédé à la suite du Traité de Lisbonne, pacte sur la Recherche, ANR, pôles d'excellence, PRES, LRU, AERES, RGPP, PPP, modulation des services, mobilité, retraites, budget global, CDD/CDI qui accentue la précarisation. De revers en capitulations, où en sommes nous des diktats imposés par un pouvoir à la solde du grand capital et de son pouvoir financier ? Reprendre l'initiative face au coup de grâce annoncé en
2013 par la nouvelle loi sur l'ESR, c'est imposer une autre orientation syndicale de lutte unitaire.
« FAIRE SAUTER LES DERNIERS VERROUS »
Lors de la mise en place (2006) de la Programmation de la Recherche et de l'Innovation (LOPRI), F. Fillon parlait du service public de l'Éducation : « de l'urgence à le placer dans une nouvelle dynamique... en faisant sauter les principaux verrous qui brident les initiatives de ses acteurs... ». En juillet 2007 : « La réforme sur les Universités est la plus importante... elle sera déterminante pour la suite de la politique que nous voulons mener ». En 2012, la ministre G. Fioraso citée par Les Échos du 26/11/2012 : « Il faut simplifier la gouvernance pour que les entrepreneurs y voient plus clair, il faut ouvrir les universités aux entreprises... Et ces dernières doivent entendre les universités pour un véritable rapprochement ». Le désengagement de l'État se poursuit, l'autonomie des universités sur demande de la CPU, ouvre les services publics de l'enseignement supérieur et de la recherche au secteur marchand. La loi
sur l'enseignement supérieur et de la recherche de janvier 2013 sur préconisation du comité du suivi de la « LRU », n'est qu'une « LRU 2 », bis repetita !
DE « REPRÉSENTATIVITÉ » EN « DIALOGUE SOCIAL», LE SNESUP TEMPORISE...
Malgré un appel unanime début 2012 pour ABROGER cette loi inique et ses décrets d'application, alors que tous les personnels tétanisés s'interrogent sur leur devenir, face aux ravages conjugués de la Réforme, ceux de la RGPP et de son continuum la « MAP, les luttes se multiplient face à la précarisation
des emplois titulaires transformés en CDD »... À l'aune d'une nouvelle décentralisation, des restructurations territoriales, les universités et la recherche seront amenées à une révision douloureuse voir drastique de leurs moyens, habilitations et diplômes... La « mastérisation » considérée comme panacée se révèle improductive et dévastatrice.
Le rôle de notre syndicat est de renforcer les dynamiques de mobilisation portées par le terrain : section, AG personnels/étudiants, délégués, coordinations intersites, régionales (cf. Midi-Pyrénées), au lieu de parachuter du sommet des assises, colloques et autres leurres, le SNESUP et ses responsables
temporisent dans un dialogue social, alors qu'il a mandat depuis janvier 2012 dans l'« appel du SNESUP » d'exiger : «... L'ABROGATION DU PACTE POUR LA
RECHERCHE, DE LA LOI LRU ET DE SES DÉCRETS D'APPLICATION (COMITÉ DE SÉLECTION)... L'ABROGATION DES TEXTES LIÉS À LA FORMATION DES ENSEIGNANTS... ».
De toutes ces réformes, lois et décrets, nous n'en voulons plus !
Ils ne sont ni négociables, ni amendables et proposons de nous unir en UN MOUVEMENT DU REFUS, TOUS ENSEMBLE, enseignant- Es, étudiant-Es, personnels de l'Éducation, travailleur-Es, citoyen-nEs, pour en obtenir le retrait immédiat.
FORMATION DES ENSEIGNANT(E)S ET (FEU) IUFM : L'HALLALI DES ESPE
Après une campagne orchestrée contre la formation, les méthodes d'apprentissage, les IUFM et les formateurs, l'opinion publique est mûre pour un dernier mauvais coup : la mise sous tutelle des ESPE et les accréditations ne présagent rien de bon pour les ex-IUFM, tant dans les formations que dans la casse organisée des statuts.
Consécutif à l'intégration, le dépeçage des emplois et des moyens s'opère toujours sous le couvert de « l'autonomie » dont les Universités découvrent les revers. Derrière la carotte d'une « revalorisation », qui produit toujours son effet sur des syndicats englués dans le corporatisme, la mastérisation pilotée par le concours ne peut que déboucher sur une formation allégée bien suffisante à « l'enseignant européen » contractuel recruté localement. Les étudiants
continuent à fuir ce qui s'avère des masters d'enseignement à plusieurs vitesses vidés de réels contenus. Malgré l'augmentation du nombre de postes, la crise du recrutement s'aggrave et l'appât des EAP participe à entretenir l'inégalité d'accès au métier d'enseignant. Après des mobilisations sur les maquettes de concours et la place du concours dès la fin de la première année de master, toutes nos craintes ont été confirmées. Le SNESUP et
ses représentants à la commission ministérielle nous bercent d'illusions, au lieu de s'opposer au démantèlement de la formation
des enseignantEs - pilier du système éducatif. En choisissant de participer sans préalable aux pseudos discussions sur la mastérisation et les concours, ils accompagnent de fait une réforme qui s'avère être à l'opposé des ambitions affichées.
La FDE et la création des ESPE passeront sous les fourches caudines des recteurs, des régions et du Medef.
Dans ces conditions, que peut-on attendre d'un « dispositif » venant d'un pouvoir qui « suspend » les mesures avec l'intention affirmée de les maintenir telles quelles ?
NON AU « HARA KIRI » DE LA RECHERCHE PUBLIQUE !
Tandis que la LRU et les RCE coupent l'enseignement universitaire de ses racines, la recherche est évacuée de la mission des enseignants-chercheurs. Le gouvernement continue son découpage et sa réorganisation. Les objectifs restent les mêmes: dégraissage, contractualisation, précarité (CDD).
La disparition programmée du CNRS marque la fin de la pluridisciplinarité, celle de la collégialité, de l'indépendance du chercheur mis sous tutelle régionale des intérêts financiers et économiques des entreprises. Nous appelons à combattre les choix politiques au service du moloch d'une «croissance économique» à tous crins qui menacent l'avenir des universitaires.
La précarité... se généralise, elle n'est plus négociable. En effet, les Universités de proximité voient leur existence menacée. Comme les IUFM, elles perdent avec la LRU, leur autonomie financière pour passer sous la tutelle de restructurations et territorialisation des sites prévus dans la loi « ESR » pour se substituer aux PRES. Leurs moyens seront soumis à des priorités où elles ne pèseront plus rien.
L'avenir promis aux universités d'une restructuration sur le modèle de Lisbonne et celui d'un enseignement professionnel en Europe, remodèlera la
recherche sur le mode d'un Hara-Kiri.
LA MODULATION DES SERVICES GÉNÉRALISE LA PRÉCARITÉ...
Avec la modulation des services, la proportion des vacataires a explosé dans les Universités. Vacataires, doctorantEs, exmoniteurEs, post-Doc du sous-prolétariat de la Recherche ont rejoint les « enseignantsvacataires » permettant de pallier la pénurie des services laminés par la modulation des services des enseignants-chercheurs.
Cette grande catégorie d'agents non-titulaires à l'université permet aux gestions financières d'éviter charges sociales et coûts salariaux en rendant plus flexible le volant des personnels.
La loi « Sauvadet » de mars 2012 (CDD /CDI) n'a pour conséquence que d'accentuer les effets pervers des recrutements en CDI... Nombre d'universités et de labos ne respectent pas la loi et licencient leur personnel même avec 6 à 12 contrats d'un an. Pour avoir ignoré depuis 2007 les demandes des mobilisations étudiantes et des jeunes chercheurs, la direction AS/EE-PSO est directement confrontée à la précarisation des titulaires.
Le refus de la modulation des services et l'exigence de garanties d'emplois statutaires pour tous les personnels est la priorité des priorités.
UNE MOBILISATION GÉNÉRALE DES USAGERS, SEULE CAPABLE D'INFLÉCHIR LE POUVOIR
Après la loi sur l'ESR, le durcissement des discours ne changera ni le fond ni les choix stratégiques ministériels ou syndicaux, la direction AS/EE-PSO perdra toute représentativité devant la rigidité étatique quel que soit le déni démocratique. Alors même que la « New-CPU » s'inquiète auprès de la ministre G. Fioraso, le SNESUP doit rompre avec le « dialogue social » et penser les revendications sans cloisonnement, avec pour perspective la formation de la maternelle à l'Université dans un cadre collectif.
Face à l'offensive des « diktats » de Bologne menés dans toute l'Europe, seule une opposition massive unie et interprofessionnelle peut contrecarrer cette destruction méthodique. Un repli universitaire sur des objectifs corporatistes cultivés par le mouvement syndical, entretiendrait des divisions clientélistes qui lui seraient fatales. Nous devons informer, rappeler le droit universel et gratuit à l'éducation. Nous devons nous préparer à des actions dans la durée, d'une
une grève dont nous ne pourrons faire l'économie.
Soutenir Émancipation dans le SNESUP, c'est affirmer une autre orientation syndicale de lutte pour rompre avec le monde de la finance qui écrase et tyrannise... Au lieu d'aménager les meilleures conditions d'une survie condamnée à la destruction. Il faut défendre nos justes revendications portées par les luttes, particulièrement celles de 2009, c'est ce qu'Émancipation au Snesup propose pour le prochain congrès d'orientation.
Contact : Emancipation.au.sup@gmx.fr
PREMIERS SIGNATAIRES
M.-F. Carnus, B. Deknuydt, G. Hugot,
C. Lueken, D. Peytavi, C. Valade
