Pour un recherche europ

Publié le 18 juin 2004

RECHERCHE. - Article paru dans l'édition du 8 juin 2004 du journal "l'Humanité"

Chercheurs en quête d’espace


Le collectif Sauvons la recherche profite de la campagne électorale pour porter la science sur le devant de la scène. Pétition à l’appui.


Le 7 janvier, ils lançaient leur pétition. Le 7 avril, ils faisaient plier le gouvernement et obtenaient les postes revendiqués. Le 7 juin, ils lancent un manifeste à l’échelle européenne (1). Simple hasard de calendrier, assure Catherine Dargemont, du collectif Sauvons la recherche (SLR). Quant à la proximité du scrutin européen, " nous ne voulons pas peser sur les élections, mais nous profitons du fait que les gens sont sensibilisés à la question ", ajoute la biologiste. Opportunistes, les chercheurs français ont donc attrapé la balle au bond pour lancer hier une pétition à l’adresse de leurs collègues du Vieux Continent. Les réseaux ont vite fonctionné. Hier, en milieu d’après-midi, on comptait déjà plusieurs centaines de signatures de chercheurs espagnols, italiens, hongrois, autrichiens.


Les auteurs de ce texte justifient leur démarche par " la situation de crise générale de la recherche scientifique en Europe ". Les causes ? " Le pilotage des programmes de recherche s’est fortement accentué " plutôt en faveur des applications technologiques qu’en faveur de la recherche fondamentale. La faute aussi au " surdimensionnement des projets de recherche, qui rend leur élaboration plus lente et plus complexe, et qui accentue le poids d’une bureaucratie excessive et paralysante ".


Pour un conseil européen de la recherche


Intitulé 3 % du PIB européen pour la science : quand et comment ?, le manifeste commence en fait par répondre, en partie, à la question " pour quoi ? ". " Dans un contexte extrêmement compétitif, (.) seule la construction d’un espace européen de la recherche (.) permettra à l’Europe et à chaque pays européen de se doter d’une économie basée sur l’acquisition de connaissances. " Cet espace, les chercheurs de SLR le veulent flanqué d’un conseil européen de la recherche (ERC). Cette instance est en fait l’objet, depuis deux ans, de réflexions menées par les organisations scientifiques européennes et nationales. " Les institutions nous ignorent. Peu de gens connaissent l’ERC ", explique Catherine Dargemont. SLR entend inciter les chercheurs européens à s’impliquer dans la création de cet espace de la recherche, " en relation étroite avec l’ensemble des citoyens ". Comme depuis le début du mouvement, les blouses blanches cherchent le soutien des citoyens " pour avoir plus de poids auprès des politiques qui les représentent ", développe la biologiste. SLR demande donc à ce que l’ERC se dote d’un forum pour moitié composé de scientifiques et d’acteurs de la vie économique et sociale. L’objectif est d’" établir un lien entre la Commission européenne et les citoyens ".


Une force de discussion et de propositions


De plus, le manifeste est accompagné d’un questionnaire dont les conclusions seront remises aux institutions nationales et européennes. " Nous envisageons de nous joindre, en septembre ou octobre, à des sociétés savantes pour présenter une plate-forme de revendications communes ", projette la représentante de SLR. Plus largement, le collectif souhaite que les chercheurs " s’organisent en une force de discussion et de propositions, représentative et reconnue par les instances européennes ". Ils ont déjà le soutien du commissaire européen à la Recherche, Philippe Busquin. En contact régulier avec SLR, il était au courant de l’initiative.


Tandis qu’ils lorgnent sur l’Europe, les chercheurs de l’Hexagone ne perdent pas de vue le gouvernement français. Dans un communiqué datant du 3 juin (2), SLR détaille les orientations que le budget 2005, qui sera débattu cet été, devrait prendre pour être cohérent avec les engagements gouvernementaux. Un premier test avant le dépôt à l’automne de la Loi d’orientation et de programmation.

Vincent Defait


(1) http://fer.apinc.org
(2) http://recherche-en-danger.apinc.org