Nanterre 2011 Texte d'orientation Émancipation

Publié le 23 février 2011

Texte d'orientation Émancipation

Non à l'université soumise aux lois du capital, construisons un syndicalisme de lutte !

Quelle université, quelle éducation voulons-nous ? Quel syndicalisme pour riposter aux attaques mortifères du pouvoir en place contre les services publics ? Peut-on accepter d'entériner définitivement les « réformes » (LOLF, LRU, RGPP, Mobilité...), le démantèlement de la Recherche, le sabordage de la formation (IUFM, INRP, IUT, CNED...), la précarisation généralisée des personnels et la perte du statut (projet Mancel)... en laissant se refermer le piège d'un « dialogue social » qui scellera sur ces bases, en France et en Europe, l'avènement de la nouvelle université « managériale » ?

SERVICES PUBLICS, TOUT DOIT DISPARAÎTRE

Depuis 2008, le démantèlement du CNRS et des organismes de recherche a mis en péril l'articulation de la Recherche et des Universités. Désormais la LRU et l'autonomie des universités, dans le cadre des budgets globaux imposent la mise en concurrence, faisant voler en éclats les cohérences indispensables.
La loi sur la Mobilité de 2009 venue compléter la boîte à outils de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) a permis la suppression de trente à quarante mille emplois par an.
Faute d'avoir mené dès le départ un combat résolu contre la LRU et pour son abrogation, les directions syndicales se sont laissées piéger dans l'engrenage de la mise en oeuvre annoncée de destruction massive des Services Publics et de leurs missions. Les fonctionnements délétères de cet arsenal législatif ont mis sur orbite (sous la houlette des plans État/Région boostés par la manne des primes aux Président-es) des projets concurrentiels PRES, LABEX et autres IDEX qui se sont propagés sur le terrain et dans nos établissements.
Avec le projet Mancel de janvier 2011, qui ne fait que couronner un dispositif contenu en germe dans la LOLF, contre laquelle il n'a rien fait, le SNESUP feint de découvrir aujourd'hui la menace de dynamitage du statut de la Fonction Publique !

IUFM, IUT, INRP, CNED... LA FORMATION SABORDÉE

Le domaine de la formation est dans le collimateur du Ministère. En moins de deux ans, dans une tétanie syndicale pourtant injustifiable mais cédant au fatalisme gestionnaire "imposé" par la LRU et sa logique concurrentielle de rentabilité immédiate, tout un pan de la formation initiale et continue a été brusquement englouti, hypothéquant l'avenir de générations d'élèves et d'enseignant-es, pour assurer celui du marché de l'enseignement privé. Dans ce secteur comme ailleurs, le "dialogue social" est désormais la règle (accords de Bercy), avec la multiplication de commissions, groupes de travail et autres instances de "concertation" dont la revendication prioritaire est devenue la quête de décharges et de subventions de fonctionnement !
Les attaques contre les statuts (le rapport Mancel est clair : suppression des concours pour les fonctions non régaliennes), remettent en cause les missions et les pratiques, avec pour conséquence immédiate l'effondrement des recrutements. S'indigner ne suffit pas.
Où sont les "contre-propositions" annoncées par la FSU à Lille en février 2010 ? À quand une vraie réflexion incluant l'ensemble des acteurs sur la place et le contenu du concours dans la mastérisation de la formation des enseignants ? Des contre-projets ont pourtant émergé çà et là (IUFM de Toulouse). Clivé en interne, le SNESUP n'a pas pu ou voulu regarder en face ce problème qui le concerne au premier plan, et les tensions au sein de la FSU sont telles que malgré les dégâts, la casse, la souffrance, l'indignation, cette question n'a toujours pas reçu de réponse unitaire.

RESSOURCES HUMAINES : DES PERSONNELS PRÉCARISÉS ET SOUS CONTRÔLE

Les « négociations Tron sur les non titulaires dans la Fonction publique » ajoutent une nouvelle pièce à un projet dont les récentes déclarations sur «l'embauche à vie » des fonctionnaires ont éclairé crûment les véritables intentions : la précarisation à terme de tous les emplois et la casse du statut préfigurée dans le projet de loi Mancel. Au lieu de les atomiser par secteurs, le SNESUP doit relayer et coordonner, dans une même revendication et des mobilisations communes, les actions de collectifs de plus en plus nombreux avec celles de titulaires de plus en plus
inquiets de leur devenir.

L'embauche de dizaines de milliers de précaires sur ce qui était il y a peu des emplois stables désormais supprimés, facilite les pressions des hiérarchies et d'un pouvoir administratif qui ne recule devant aucune sanction et traque les résistances contre lesquelles le cap de la répression est désormais franchi.
Pour un syndicat, « la souffrance au travail » résultant de toutes ces réformes n'est pas seulement un constat ou un objet d'étude, mais d'abord un moteur de mobilisation et d'actions contre ses causes objectives et les politiques gouvernementales qui les mettent en oeuvre sur le terrain. Le SNESUP doit également soutenir et renforcer les mouvements de résistances et de refus qui se développent de la maternelle à l'Université,
Au service de la nouvelle stratégie de « gouvernance », l'évaluation joue un rôle clé, de l'élaboration des cursus à la validation des parcours pour les flux d'étudiant-es (à partir de critères fixés à l'échelle européenne mais aussi mondiale par les processus de Lisbonne, de Bologne, classement de Shangaï
etc.), à la gestion et à la rémunération de personnels devenus "ressources humaines" managées sur le terrain en vertu de ces exigences par les tutelles nationales, régionales et locales.

QUE SONT NOS LUTTES DEVENUES ?

Malgré des mobilisations sans précédent, nos revendications ou propositions alternatives n'ont pas abouti. Pis, nous avons vu constituer des "groupes de travail" qui en ont pris l'exact contre-pied. Aux orties la défense des IUFM, INRP, IUP et des nouveaux enseignantEs livrés aux règles libérales ! Aux orties la défense des IUT qui ont perdu leur autonomie pour rejoindre la nébuleuse des PU, Pôles Universitaires de proximité, bien loin des « Pôles d'excellence», déconnectés de toute recherche, et appelés, dans le meilleur des cas, à s'agréger à un Pôle emploi dans le cadre de leur mission d'insertion professionnelle : un seul et unique premier cycle jusqu'à une licence et/ou une maitrise pour préparer aux métiers « ouverts » dans le bassin d'emploi régional.
Quels débouchés des coordinations, des AG réunissant syndiqué-es de toutes organisations et non-syndiqué-es, des mobilisations interpro, sur le terrain, y compris de blocages de l'économie locale ?
S'agissait-il simplement de créer un fond médiatique aux tractations syndicales de sommet (FSU/CGT) et au processus de recomposition par le haut sur laquelle notre direction fédérale nous a averti-es bien tardivement...
Ce n'est pas pour en arriver là que les adhérent-es du SNESUP se sont battu-es dans leurs établissements, dans les coordinations, dans la rue.

POUR UN SYNDICALISME DE LUTTE NATIONAL ET INTERNATIONAL SANS CONCESSIONS NI COMPROMISSIONS

La bataille pour les retraites a échoué, détournant nombre de travailleur-es d'une logique de lutte sur les lieux de travail et dans la rue. La révolution tunisienne, en montrant que les mobilisations déterminées peuvent aboutir, apporte pourtant un message d'espoir et une leçon syndicale dans la gestion par la base des manifestations et des grèves, y compris la grève générale. Il faut arrêter la course à une "représentativité" syndicale illusoire dans un dialogue pipé avec le pouvoir et un paritarisme dévoyé qui nous mènent droit dans le mur.
Au niveau international, et en particulier européen, l'incapacité à fédérer les luttes dures dans de nombreux pays autour des mêmes revendications ont montré que la Confédération Européenne des Syndicats, à laquelle la FSU entend à toute force nous faire adhérer n'est pas l'outil adapté au développement de luttes européennes concertées susceptibles de gagner. La défense de la justice et le respect du droit dans le monde, ce sont aussi des actes : le SNESUP doit s'associer aux initiatives de la Plateforme européenne pour le boycott académique et culturel d'Israël (EPACBI).
Les stratégies de la direction sortante A.S/E.E ont bridé l'unité syndicale contre les attaques libérales et coupé l'élan des mobilisations. SOUTENIR ÉMANCIPATION - dans le SNESUP comme dans les autres syndicats de la FSU - c'est affirmer le choix d'une autre orientation syndicale, de lutte et de revendication, pour agir contre la logique mortifère du capitalisme et l'enfermement dans une « identité nationale » destructrice de nos exigences d'émancipation.

 

CES, L'IMPOSTURE

La FSU est engagée depuis plusieurs années dans l'édification d'une prétendue dimension européenne et internationale devenue domaine réservé de quelques permanent-es de l'international. Bien peu savent que le SNESUP via L'internationale de l'éducation (IE) siège dans les organisations consultatives de suivi du processus de Bologne ! L'entrée de la FSU à la CES concrétiserait un virage irréversible vers le Comité de dialogue social
européen pour le secteur de l'éducation
« outil de bonne gouvernance et de subsidiarité sociale
» et « instrument de résilience sociale aidant à atténuer l'impact social négatif de la récession. » (sic !) mis en place le 11 juin 2010. Certain-es, omettant son rôle d'interface avec la CES et le syndicalisme européen réformiste, présentent le Forum social européen comme le point d'appui de la construction d'une alternative syndicale de « convergence des luttes européennes ».
L'adhésion à la CES et à la CSI, accompagnatrices des politiques de la Commission Européenne et du FMI, ne ferait qu'ajouter un niveau bureaucratique de blocage des initiatives court-circuitant les contacts inter universités nécessaires à l'organisation d'actions concertées.

 

PREMIERS SIGNATAIRES

Bernard Deknuydt (BN)
Georges Hugot (CA)
Claude Michel Braud (La Rochelle)
Marie-France Carnus (Toulouse)
Émilie Devriendt (Toulon)
Alfred Knapp (La Rochelle)
Anne-Marie Roche (Aix)
Stéphane Mounier (Toulon)
Didier Torset (Dijon)
Yannick Lefranc (Strasbourg)
Christian Valade (Toulouse)
Henri Amadéi (Retraité 06)