Nanterre 2011 Contribution individuelle Marie-France Carnus, Bernard Deknuydt et Georges Hugot (Émancipation)

Publié le 3 mars 2011

IUFM...UNE MORT ANNONCÉE !

 


Stop à la casse de la formation des enseignants !
Démantèlement des IUFM, instrumentalisation et souffrance des personnels, disparition de la professionnalisation des enseignants et des CPE en formation initiale, suppression de la formation continue, angoisse des étudiants et des enseignants, détresse des fonctionnaires stagiaires, mise en danger des élèves...

De l'intégration à la mastérisation sous fond de LRU : où en sommes-nous ? Intégrés depuis janvier 2008 à l'Université, les IUFM, écoles internes professionnelles de formation d'enseignants et de CPE, ont été jetés dans la fosse aux lions. Après la phase étouffée de révolte et d'indignation, on assiste aujourd'hui à un repli sur soi. La souffrance des personnels, maintes fois dénoncée, notamment au cours des réunions de la CNFDE et du dernier congrès de la FSU à Lille en février 2010, est bien réelle. Cette souffrance passe trop souvent sous silence dans un déni collectif assourdissant, insupportable.

En mars 2000, un bilan du SNESup prenant appui sur le mémorandum sur la formation des maîtres de la FSU dénonçait le maintien d'une coupure «entre IUFM et Université liée au fait que les formations avaient été souvent réparties entre les deux institutions et non conçues et construites en coopération, ». On aurait pu croire ou penser que l'intégration à l'université était censée, entre autre, pallier ou mieux
encore résoudre ce problème. Les conventions interuniversitaires élaborées à cette occasion et présentée au CNESER allaient dans le sens de l'instauration d'une politique de site concertée. Que sont devenues ces conventions ? A qui ou à quoi ont-elles servi ? Qui les a respectées ?

De la même façon, dans le cadre de l'article 713-9 du code de l'éducation, le conseil d'école des IUFM devenues écoles internes de l'Université d'intégration, « définit le programme pédagogique et le programme de recherche de l'institut ou de l'école dans le cadre de la politique de l'établissement dont il fait partie et de la réglementation nationale en vigueur. Il donne son avis sur les contrats dont l'exécution le concerne et soumet au conseil d'administration de l'université la répartition des emplois. Il est consulté sur les recrutements... Le directeur de l'institut ou de l'école prépare les délibérations du conseil et en assure l'exécution. Il est ordonnateur des recettes et des dépenses. Il a autorité sur l'ensemble des personnels. Aucune affectation ne peut être prononcée si le directeur de l'institut ou de l'école émet un avis défavorable motivé. Les instituts et les écoles disposent, pour tenir
compte des exigences de leur développement, de l'autonomie financière. Les ministres compétents peuvent leur affecter directement des crédits et des emplois attribués à l'université. ». Qui respecte aujourd'hui ce cadre législatif et statutaire ? Qui dénonce aujourd'hui sa non application ?

Ainsi, contrairement aux effets d'annonce d'un cadre législatif, statutaire et conventionnel non respecté par les Universités, contrairement aux promesses de certains acteurs au moment de l'intégration, la coupure entre IUFM et Université est en train de s'aggraver. UFR et IUFM, englués dans un faux débat disciplinaire - professionnel, ont été placés dans un jeu de concurrence pour survivre dans le contexte de la mise en place d'une réforme pernicieuse : la LRU.
Clivé en son sein, le SNESup n'a pas pu ou voulu regarder en face de problème qui le concerne au premier plan....

En même temps et de la même façon, la « mastérisation » de la formation des enseignants qui se déroulait déjà sur un cursus de cinq années non reconnue par un diplôme constituait un véritable enjeu de l'intégration et d'un travail interuniversitaire, au sein des PRES. Or, il n'en est rien. Les PRES ne jouent pas leur rôle fédérateur, du moins en matière de formation d'enseignants. L'intégration à une seule université a exacerbé les concurrences interuniversitaires sous fond de LRU et de baisse d'effectifs, la mise en marche forcée d'une réforme dite de « mastérisation » scandaleuse, nocive et inapplicable entraîne, surtout pour le second degré, des stratégies locales de récupération de formations bricolées dans un existant parfois moribond. Il s'agit pour les uns comme pour les autres de survivre et/ou de reprendre la main. La qualité et la pertinence de la formation passe après.

En attendant, les débats non tranchés à l'échelle nationale comme à l'échelle académique relatifs à un cadrage décent, lisible et cohérent (toute proportion gardée compte tenu du caractère inapplicable de la réforme) de masters censés préparer aux métiers de l'enseignement ont conduit les acteurs à tenter de régler localement ces questions. En fonction des contextes et des rapports de force locaux, mention, spécialités ou parcours - véritables viviers de précaires - fleurissent ça et là dans une même académie. La situation est confuse, chaotique et bien souvent les logiques de territoires l'emportent largement sur les logiques de mission. Sous fond de LRU et de RCE, la concurrence, pas toujours loyale, à tous les niveaux est devenue le principe organisateur et mobilisateur..


Marie-France Carnus