Nanterre 2011 Contribution individuelle : Charles Suquet

Publié le 2 mars 2011

La prochaine mandature CNU et l'évaluation.

 

L'évaluation récurrente de tous les enseignants chercheurs, élément important du décret statuts pris en conséquence de la LRU, a été au coeur des débats des sections CNU et sera, à n'en pas douter, la question clé de la prochaine mandature.

Aucune évaluation ne devrait être dissociée de sa finalité. Dans le cadre de la LRU, l'évaluation individuelle récurrente des enseignants chercheurs ne peut aboutir à terme qu'à la modulation des services et à la casse des statuts.

 

L'autonomie des universités enlève au CNU tout contrôle de l'utilisation par les universités d'une évaluation individuelle qu'il aura produite. Une même évaluation nationale de deux enseignants chercheurs pourra avoir des conséquences locales très différentes (voire opposées) selon l'état des finances de leurs universités respectives et les politiques locales.

 

Dans l'enseignement secondaire, l'évaluation, via la note pédagogique et la note administrative, influe sur la vitesse de franchissement des échelons dans un même corps, de façon assez encadrée nationalement (barêmes de notes min et max par échelon, limitation de l'arbitraire). Dans le Supérieur, pour les enseignants-chercheurs, les vitesses d'avancement d'échelon à l'intérieur d'un même grade sont les mêmes pour tous. L'évaluation individuelle récurrente imposée à tous les enseignants chercheurs ne change rien à leur vitesse d'avancement dans les échelons de leur grade.

 

Les promotions de grade (MC --> MC HC, PR2 --> PR1, PR1 --> PR EX) sont l'objet d'un concours avec environ la moitié des promotions attribuées par le CNU, l'autre étant locale. Les candidatures à ce concours sont volontaires et l'évaluation faite à cette occasion ne saurait être comparée à l'évaluation individuelle récurrente, malgré les tentatives du ministère pour amorcer la pompe de l'évaluation lors de la dernière campagne de promotions. Jusqu'alors il s'agissait d'une évaluation dont le seul résultat communiqué était une liste de promus et il n'était pas transmis d'appréciation sur les non promus.

 

Admettons un instant que, dans un rapport de forces défavorable et pour éviter de se mettre hors la loi, il nous faille se résoudre à pratiquer l'évaluation périodique de tous les enseignants-chercheurs. Il n'en resterait pas moins un obstacle de taille, c'est l'évaluation de l'enseignement. Il y a un relatif consensus dans la communauté universitaire sur la façon d'évaluer l'activité de recherche et de mesurer l'investissement dans les tâches administratives. Cette évaluation peut se faire à distance au vu de documents (liste de publications, sélection d'articles envoyés à un rapporteur, liste de responsabilités,...). Il n'y a rien de tel pour l'enseignement. L' évaluation de l'enseignement transmise par les universités lors de la dernière campagne de promotions se réduisait essentiellement à l'évaluation de l'investissement du candidat dans les tâches d'organisation et d'animation de l'enseignement. Aucune université n'a à ce jour, proposé de critères clairs pour une évaluation de la qualité de l'enseignement dispensé par chaque enseignant-chercheur. Une telle évaluation, en admettant qu'on veuille sérieusement la mettre en place, requiert un débat préalable sur la méthodologie et nécessite des moyens humains et financiers considérables. Il ne faut pas oublier que l'essentiel du coût réel de l'évaluation de la recherche est masqué par le bénévolat du travail de referee, qui revient globalement à une sorte d'auto-financement de leur évaluation par les enseignants chercheurs et les chercheurs. Accepter une évaluation qui, dans les conditions actuelles, laisse de côté cet aspect essentiel de notre métier qu'est l'enseignement, c'est cautionner de multiples injustices et encourager objectivement les comportements carriéristes et cyniques de certains.

 

Le bilan du combat syndical des trois dernières années au CNU est globalement positif malgré quelques errements (voir la lettre ouverte à Pécresse qu'ont du lancer en dernière minute, à l'initiative de militants SNESup et avec un grand succès, des présidents et vice-présidents de section, désavouant de facto la position du président de la CP-CNU de l'époque, pourtant SNESup et soutenu au début de son mandat par le syndicat).

Notre action nous a valu un réel crédit et nous avons été capables d'entraîner bien au delà de nos rangs, des collègues du CNU dans la résistance à la LRU, notamment sur le refus de mettre en place dès ce mandat, l'évaluation.

 

Faire aujourd'hui campagne "pour une toute autre évaluation" est illusoire. Ce n'est absolument pas ce que les collègues attendent de nous. Il nous faut avoir une ligne lisible, articulant résistance au niveau des CNU et organisation dans les établissements du refus collectif de remplir les dossiers destinés à l'évaluation individuelle récurrente. Car in fine, seule la mobilisation de l'ensemble des collègues pourra mettre en échec l'évaluation sanction et la casse du statut.

 

 

Charles Suquet, élu SNESup au CNU 26 (Mathématiques Appliquées), Vice-Président A de la section 26.