Motion Europe
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La crise globale, à la fois internationale et systémique, oblige à des remises en cause des fondements des sociétés, du niveau local au niveau mondial. Or, à ces différents niveaux, l'Union européenne (UE) joue un rôle de premier plan dans la mise en œuvre d'une politique capitaliste néolibérale qui porte une lourde responsabilité dans cette crise.
L'UE et ses Etats membres, en particulier la France, cherchent en Afrique et aux Proche et Moyen Orients à exploiter jusqu'à épuisement des ressources naturelles inexistantes, rares ou épuisées sur le continent européen (pétrole, uranium, etc.). Ils participent à l'enfermement d'une large partie des populations de ces pays dans une situation de misère, les excluant de la consommation de leurs propres ressources naturelles laissées ainsi à la disposition des pays riches. Bouclant la boucle, l'UE s'efforce de faire obstacle aux légitimes aspirations à migrer vers l'Europe. A ces fins, des régimes dictatoriaux corrompus reçoivent ou ont pu recevoir un soutien déterminant de l'Union européenne, et en particulier de la France.
A côté de l'Europe, d'autres puissances, notamment les Etats-Unis et désormais la Chine, poursuivent une politique d'exploitation des ressources de l'Afrique et des Proches et Moyens Orients. En outre, sous la houlette du FMI, de la Banque mondiale, de l'OMC, mais aussi sous la pression directe des grandes puissances occidentales, sont mises en œuvre des politiques néolibérales destructrices des services publics, de la souveraineté agricole et alimentaire..., affectant gravement, parfois jusqu'à la sous-alimentation chronique, les conditions de vie d'une large partie des populations de ces pays du Sud ; alors que les entreprises multinationales des pays riches, dont les lobbies sont à l'origine de ces politiques, en tirent profits et pouvoirs.
En interne, après avoir fait sauter les règles sécurisant le système bancaire, l'UE et ses Etats membres sont venus au secours de banques privées victimes de leurs spéculations hasardeuses, engendrant une crise de la dette publique. Au lieu d'en sortir par la mise en œuvre de règles fiscales appropriées et par une relance économique intégrée dans une politique répondant à l'urgence environnementale, l'UE reste figée dans une posture néolibérale. L'absurdité et la nocivité de cette politique s'expriment de façon aggravée par la mise en œuvre de plans d'austérité et de précarisation qui empêche toute décrue du chômage européen, détériore les services publics et réduit les droits sociaux, auquel s'ajoute, pour la zone euro, le pacte de compétitivité. Il s'en suit une mobilisation sociale croissante en Europe. Partout ou presque, les gouvernements y répondent par la rupture de la démocratie sociale et les passages en forces. In fine, se développe l'influence de partis d'extrême droite.
L'enseignement supérieur et la recherche sont dans de nombreux pays directement frappés par cette austérité, d'où la mobilisation de personnels et d'étudiants, comme récemment en Grande-Bretagne. Mais, que les budgets publics de l'enseignement supérieur et de la recherche soient réduits ou non, partout se déroule une politique générale néolibérale visant entre autres à soumettre ces deux domaines aux principes de concurrence, aux intérêts des entreprises et aux besoins de compétitivité immédiats. Besoins de compétitivité exacerbés par l'UE et ses Etats membres eux-mêmes qui, suite à leurs propres décisions, sont plongés dans un espace de libre échange international quasi-généralisé où règnent en maître les règles de la concurrence et du plus fort. L'enseignement supérieur et la recherche sont ainsi dévoyés, atteints dans leur capacité de développement, et répondent de moins en moins aux missions de service public et aux intérêts de l'ensemble de la société. Le Processus de Bologne ne se situe pas en dehors de ces évolutions, mais apporte sa pierre à l'édification du marché européen et international de l'enseignement supérieur. Il s'en suit notamment des vagues de mobilisations étudiantes, que le SNESUP soutient, et dont la dimension européenne, voire internationale, se développe depuis quelques années.
Le vent de l'histoire est en train de tourner.
Des peuples se soulèvent, notamment sur le pourtour Sud et Est de la Méditerranée, portés par la soif de liberté, de démocratie et de justice sociale qui trouve pour partie son origine dans le développement de la scolarisation. Pour autant, le devenir du processus est encore incertain. En Egypte, où les droits des femmes sont toujours bafoués, le Conseil des ministres a exprimé son accord le 23 mars 2011 avec un projet de décret criminalisant les grèves par des peines pouvant aller jusqu'à un an de prison et 90 000 dollars d'amende. Au Bahreïn, la révolte a été matée avec l'aide des troupes armées des dictatures d'Arabie Saoudite et des Emirats Arabes. Dans le même temps, ces deux pays, qui entretiennent des relations économiques et militaires étroites avec les Etats-Unis et la France, renforcent leur coopération militaire avec cette dernière. En Libye, la répression sanguinaire menée par le colonel Kadhafi a ouvert une guerre civile. L'intervention étrangère reste marquée par les politiques économiques et géopolitiques des grandes puissances.
En Europe, nous l'avons vu plus haut, l'étau de l'austérité se resserre et la situation sociale et politique se tend. Dans le même temps, la mobilisation dans l'Etat du Wisconsin, contre l'austérité et les atteintes aux droits syndicaux, atteste que le modèle néolibéral est de plus en plus contesté outre Atlantique.
Enfin, la catastrophe de Fukushima (qui donne lieu à une déclaration de notre congrès) appelle à une nouvelle approche des politiques énergétiques et de la question du nucléaire, de la prévention des risques naturels et technologiques, et, au-delà, du développement.
Sans tarder, un débat public et citoyen doit s'ouvrir dans l'UE afin d'opérer les indispensables changements ou mutations.
L'espoir des peuples qui aujourd'hui se soulèvent pourrait être vain si la politique de libre échange sauvage restait l'alpha et l'oméga des relations économiques en situation courante, et l'austérité et les politiques néolibérales du FMI et de la Banque mondiale en situation de difficulté financière. L'UE et ses Etats membres doivent développer des politiques d'échanges avec les pays du Sud, et avec l'ensemble des régions du monde, fondées sur la satisfaction des besoins réciproques des populations, dans un esprit de solidarité et de respect.
L'Europe doit mettre en place en son sein une politique fiscale, sociale et environnementale répondant aux besoins de toutes et de tous. Dans ce même esprit, une toute autre politique de la recherche doit être mise en œuvre (voir la déclaration de notre congrès sur Fukushima), permettant notamment de sortir du piège actuel de la seule alternative entre les énergies nucléaires et les énergies productrices de CO2, et permettant une relative indépendance énergétique, laquelle, avec la souveraineté alimentaire, constituent une condition de l'indépendance démocratique et de la paix, ici en Europe et dans le monde.
Le SNESUP poursuivra et amplifiera son engagement, en propre et avec la FSU, avec des forces syndicales, sociales et altermondialistes, en France et en Europe, pour une toute autre politique européenne, rompant avec les politiques néolibérales, néocoloniales et productivistes. Il portera en particulier ses analyses et ses propositions pour l'enseignement supérieur et la recherche, notamment auprès de l'ensemble de ses partenaires syndicaux et auprès du CSEE, pour en débattre, les ajuster et les approfondir dans une perspective de mobilisation européenne. Plus largement, le SNESUP considère que des mobilisations sociales d'ampleur, à l'échelle de l'Europe, sont indispensables En particulier des manifestations, autour d'une même journée, dans toutes les capitales ou grandes villes européennes, sont une modalité à privilégier afin de faire émerger un mouvement social européen.
SNESUP-FSU
Congrès de Nanterre
8 avril 2011