Motion du département de sociologie de l'UMLP et du LaSA

Publié le 15 octobre 2026

Le département de sociologie de l’UMLP, auquel s’associe le Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (UR3189), réuni le 8 Octobre 2026 affirme sa solidarité avec les revendications légitimes des lycéen·nes et des étudiant·es (conditions de formation, moyens et encadrement, modalités anxiogènes de l’orientation), s’alarme des décisions budgétaires qui, de l’École à l’Université, mettent en péril l’avenir de notre jeunesse et les futurs désirables de notre société et déplore le choix d’une réponse essentiellement répressive du mouvement. 

Par deux fois, les forces de l’ordre se sont permises de rentrer au sein des locaux de l’Université Marie et Louis Pasteur sans autorisation de la Présidence ou du doyen de l'UFR lors des manifestations lycéennes et étudiantes du vendredi 2 octobre (sur le site de Mégevand) et du mardi 6 octobre 2026 (sur le site de Canot).

Rappelons que l’Université bénéficie d’un statut de « franchise » inscrit à l’article L712-2 du Code de l’éducation. Celui-ci stipule que « le président de l’université est responsable du maintien de l’ordre » et qu’il « peut faire appel à la force publique dans des conditions fixées par décret ». Autrement dit, sans autorisation préalable du président ou de la présidente de l’Université, les forces de l’ordre n’ont pas le droit de pénétrer dans les locaux universitaires. Il s’agit d’une disposition qui, dès l’origine, était pensée pour protéger les étudiants du pouvoir étatique.

En 1229, des étudiants parisiens (ecclésiastiques car l’université de l’époque forme les travailleurs de la religion) provoquent une émeute dans une taverne qui engendrera un massacre perpétré par la garde de Paris pour rétablir l’ordre. Va s’ensuivre deux années de grève qui prendront fin grâce à l’intervention du pape Grégoire IX. Celui-ci publie, en 1231, la bulle Parens scientiarum qui consacre l’indépendance juridictionnelle et intellectuelle de l’Université.

Les siècles passent mais l’Université reste un territoire sacré, tout en étant authentiquement laïque. Presque 800 ans plus tard, ce statut est toujours d’actualité, car il établit et protège la liberté académique. Si notre République démocratique la maintient, c’est qu’elle permet de transmettre les outils nécessaires à la constitution d’un esprit critique chez les citoyens et les citoyennes. La République sait et accepte que la critique est nécessaire à la démocratie et qu’une pensée libre se forme et se déploie plus facilement si elle est protégée d’un ordre établi qui tend presque systématiquement à conserver le pouvoir. 

Nous refusons que les forces de l’ordre ne respectent pas le Code de l’éducation et qu’elles limitent par ces intimidations répétées la possibilité des citoyennes et citoyens de se former aux sciences, à la politique, d’apprendre à débattre, à concevoir des idées et à les tester en toute sécurité, dans un collectif prévu à cet effet et sans avoir à s’en justifier. 

 

Le département de sociologie et le Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie s’associeront aux actions (syndicales, juridiques, pédagogique) qui seront entreprises pour dénoncer cette rupture de la franchise universitaire.

Pour plus d'information : https://www.mediapart.fr/journal/france/071026/besancon-la-police-accusee-de-s-affranchir-de-la-franchise-universitaire-et-d-etre-rentree-dans-la-fac-de