Motion du CMH
Motion du 21 octobre
(Motion du 2 octobre plus bas)
Réunis en Assemblée Générale le 21 octobre, nous, membres du Centre Maurice Halbwachs – enseignant·es, chercheur·euses, personnel d'appui et de soutien à la recherche, doctorant·es, titulaires et précaires –, réaffirmons notre engagement dans les mobilisations en cours et condamnons la violence policière et d’État à l’œuvre contre le mouvement social initié par les lycéen·nes et rejoint par les étudiant·es.
En pleine élaboration de la loi de finance 2027 et alors qu'on nous oppose le « mur de la dette », nous, dont le métier est de produire et transmettre des connaissances en sciences sociales qui reviennent à la société, réaffirmons l'importance du savoir et d'un service public qui le soutienne. Ce sont les services publics qui permettront de faire face à des murs bien plus hauts : ceux du changement climatique, de l’effondrement de la biodiversité, de l'explosion des inégalités et de la montée des autoritarismes. Dans ce contexte, face à la situation critique que traversent l'Éducation Nationale comme l'Enseignement Supérieur et la Recherche, les lycéens et lycéennes rejoints par les étudiants et étudiantes ont ouvert une voie de lutte et d'espoir, en exprimant des revendications légitimes, avec dix mesures d'urgence et structurelles (https://union-etudiante.fr/10mesures/). Là où le gouvernement n'oppose à ces crises que des réponses sécuritaires et austéritaires, les mesures revendiquées par la mobilisation en cours proposent d'autres alternatives en faveur de la justice sociale, climatique et du bien commun. La répression brutale et violente du gouvernement ne viendra pas à bout des problèmes soulevés par ce mouvement social.
Nous soutenons les initiatives d'universités populaires lancées au sein de l'École normale supérieure et de l'École des hautes études en sciences sociales, entre autres, qui font vivre les lieux de connaissance malgré les fermetures administratives qui se multiplient dans le pays et auxquelles nous nous opposons. L'imposition de l'enseignement en distanciel doit être combattue de la façon la plus énergique : elle mine les collectifs, infantilise les étudiant·es, vide de sens nos métiers – et elle pave la voie d'un contrôle autoritaire des « contenus ». Nous contestons également la délocalisation des cours, et sommes favorables à la banalisation des enseignements, ainsi qu'à toutes les modalités d'organisation et de validation des cours qui permettraient aux étudiant·es de concilier obtention de leur année et poursuite du mouvement social.
Une grande partie des revendications des lycéens et lycéennes porte légitimement sur leurs conditions d'accès à l'Enseignement Supérieur public. Elles convergent avec celles que les étudiant·es, les enseignant·es-chercheur·ses et les chercheur·ses, leurs organisations syndicales et associations professionnelles, portent depuis des années face à un gouvernement qui n'a eu de cesse de mettre en crise les universités et les établissements de recherche. Nous affirmons notre soutien à l'ensemble des mobilisations en cours, de l'école à l'université, en passant par les CROUS, pour des conditions d'études, d'enseignement et de travail dignes pour toutes et tous.
Pour répondre aux demandes légitimes des lycéens et lycéennes et pour résoudre la crise que connait l'ESR, nous revendiquons :
- Un plan massif de création de milliers de postes de titulaires pour répondre aux besoins de l’ESR public et résorber la précarité ;
- La garantie de conditions d'emploi et d’enseignement dignes pour tous les personnels contractuels, et la mensualisation des vacataires, condition indispensable à une réelle égalité des chances dans le supérieur ;
- L’abrogation de Parcoursup et de Mon Master, outils d'humiliation des bachelier·es, de production de candidatures artificielles qui multiplient les dossiers à étudier pour chaque diplôme, et surtout de creusement des inégalités
- L'abrogation du dispositif « Bienvenue en France » (titre indigne) et de la mise en place de droits différenciés pour les étudiant·es extra-communautaires, véritable préfiguration en actes de la préférence nationale, qui a jeté dans la misère des étudiant·es étranger·es par ailleurs privés d'APL ;
- La rénovation et l’amélioration d'un bâti universitaire vétuste et inadapté au changement climatique ;
- La fin d'une logique néolibérale qui se traduit sur les campus par la sous-traitance, la managérialisation, la sécurisation, voire une marchandisation accrue de l'enseignement (quand des locaux publics sont prêtés à des acteurs privés qui font payer leurs formations) et de la recherche ;
- La fin des répressions policières contre les manifestations et l'arrêt des jugements indignes, avec des peines disproportionnées, qui transforment la justice en instrument de répression politique.
Nous organiserons une nouvelle assemblée générale des membres du laboratoire le 2 novembre à 11h, sur le campus de l'ENS Jourdan.
Dans l'époque de brutalité économique, policière et politique que nous traversons, le courage, la détermination et l’impertinence – des lycéen·nes tout d'abord, des étudiant·es ensuite –, pour défendre leur droit à la connaissance nous rappelle que l'obscurantisme n'a pas gagné. Nous sommes à leurs côtés.
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NON À LA PRÉSENCE POLICIÈRE SUR LE CAMPUS JOURDAN ET À LA RÉPRESSION DES LYCÉEN·NES ET ÉTUDIANT·ES MOBILISÉ·ES PARTOUT EN FRANCE
Le jeudi 1er octobre 2026, un blocage a été organisé vers 7h du matin par des étudiant·es du campus de l’École Normale Supérieure-PSL au 48 boulevard Jourdan (Paris). Cette action s'inscrivait dans le cadre d'un mouvement d'ampleur de la jeunesse, dénonçant les politiques d'austérité qui entravent les missions de service public dans l'éducation et la recherche. Alors que le blocus était en cours, il a été constaté vers 8h00 que des policiers étaient entrés dans l’enceinte du campus Jourdan.
Nous, membres du Centre Maurice Halbwachs, estimons que cette intervention des forces de police franchit une ligne rouge. Nous dénonçons une présence policière de plus en plus banalisée sur les campus depuis plusieurs années et rappelons l'importance du principe de franchise universitaire (https://rogueesr.fr/cessatio-et-franchises-universitaires/). Nous affirmons notre solidarité avec les revendications légitimes des lycéen·nes et des étudiant·es et déplorons la répression du mouvement ainsi que les violences policières.
Motion votée à l'unanimité des membres réuni·es en assemblée générale, le 2 octobre 2026."