Motion de soutien des doctorant·es, jeunes docteur·es et vacataires du département et du laboratoire de sociologie TETRAS en soutien aux mobilisations lycéennes et étudiantes

Publié le 23 octobre 2026

Nous, doctorant·es, jeunes docteur·es et vacataires du département et du laboratoire de sociologie TETRAS (Nancy), réuni·es le 19 octobre 2026, sommes solidaires du mouvement lycéen et étudiant qui se développe en France depuis plusieurs semaines. Nous partageons les mêmes revendications à des échelles différentes, et sommes sensibles à la dégradation de l’enseignement qui découle de problèmes structurels et d’une politique globale de destruction du service public. Nous sommes tout particulièrement impactés depuis des années déjà par la situation de l'enseignement supérieur et de la recherche (ESR). 

 

L’enseignement supérieur fait face depuis des années :

Au manque criant de postes qui ferme progressivement toute perspective de titularisation et nuit à la qualité du suivi pédagogique ;

À la nécessité d'un réinvestissement public massif et durable dans l'enseignement supérieur, pour garantir des conditions d'études et d'enseignement dignes;

À la précarisation croissante des jeunes docteur·es et des vacataires, sollicité·es pour pallier le manque de postes et assurer des enseignements indispensables au fonctionnement des formations, il et elles sont entravés par toujours plus de tâches administratives, tout en étant privé·es de toute stabilité. À cela s’ajoute un volume de travail toujours plus conséquent qui ne sera jamais satisfaisant en vue de l’obtention de contrats ou de postes stables. Les doctorant·es occupent une position révélatrice de ces injonctions. Ils sont appelés à achever leur thèse dans des temporalités toujours plus courtes et peu compatibles avec une recherche de qualité (notamment dans le cadre des SHS) alors même que leurs conditions matérielles se dégradent (France Travail, RSA, auto-financement).

Les doctorant·es ayant pour seul revenu les vacations sont dans une situation particulièrement dégradée, ne bénéficiant d’aucun droit social (maladie, chômage, etc) malgré leur participation salariale aux cotisations. Les enseignant·es vacataires seraient pourtant environ 135 000 dans l’ESR, en assurant 20% du volume des cours (enquête DGRH 2016).

Les frais d'inscription à l'université qui interrogent l'accessibilité à l'enseignement supérieur et pèsent sur les conditions de vie des étudiant·es comme des doctorant·es, en discriminant particulièrement les étudiant·es extra-communautaires. 

 

Et plus récemment : 

La raréfaction des contrats doctoraux qui se traduit par un nombre très limité de financements ainsi qu’une mise en concurrence de disciplines et de candidat·es tous·tes très méritant·es, laissant de nombreux candidats sans contrat. Pour celles et ceux qui obtiennent un financement, cette sélection s’accompagne d’une injonction croissante à multiplier les missions annexes, notamment les enseignements dans un contexte où le manque de postes de titulaires conduit largement à faire reposer une partie du fonctionnement de l’université sur les personnels précaires. Ils sont par ailleurs appelés à achever leur thèse dans le temps très contraint de trois années alors même que la nécessite d’une année supplémentaire de contrat est souvent reconnue par les instances universitaires sans que les moyens nécessaires à sa généralisation ne soient accordés.

Par ailleurs, nous déplorons l’état de décrépitude et de mortification intellectuelle du campus LSH et l’absence effrayante de lieux de sociabilité, qui s’est imposée d’abord comme une punition contre les voix qui se soulevaient déjà contre Parcours Sup en 2018, et qui désormais fait bon ménage avec la gouvernance néolibérale des Universités.

C’est dans ce contexte que nous soutenons les différentes formes de luttes étudiantes et lycéennes et notamment dans les départements et territoires d’Outre-Mer, d’où la mobilisation est passée sous silence. Nous refusons une vision utilitariste du travail universitaire qui réduirait l’enseignement, la formation et la recherche à des objectifs de rendement et d’employabilité. L’Université doit rester un lieu de production critique des savoirs et de réflexion collective. Ainsi, il est nécessaire d’ouvrir et de garantir des espaces d’échanges avec les étudiant·es et remettre au cœur de l’enseignement des outils de construction de la pensée critique.

Motion votée adoptée à l’unanimité des présent·es