Libre expression

Publié le 31 décembre 2003

EXCLUE DE LA RECHERCHE POUR CAUSE DE MATERNITÉ


Florence est maître de conférence dans un IUT délocalisé. C’est une enseignante-chercheuse très dynamique qui mène de front des activités d’intérêt collectif, des travaux de recherche et l’enseignement. Elle appartient à une équipe de recherche, publie régulièrement, co-dirige une thèse et participe à l’exécution d’un contrat de recherche passé avec une entreprise.

Ceci jusqu’au jour où elle part en congé de maternité et donne naissance à une petite fille.

Et là, tout bascule : à son retour, rien n’est plus comme avant. Voilà qu’elle n’est plus associée à l’avancement de la thèse co-dirigée, ni invitée aux réunions où se fait régulièrement le point sur le déroulement du contrat de recherche ; elle n’est plus prévue pour les colloques et les congrès auxquels participe son équipe. Bref, elle n’existe plus.

Quant au professeur responsable de son équipe, il adopte à son égard une attitude distante et réprobatrice .

Pendant un certain temps, aucune explication ne lui est donnée. Pas un mot . A un moment qui aurait dû être un des plus heureux de sa vie, Florence est anxieuse, meurtrie ; elle se demande sans cesse quelle faute elle a bien pu commettre pour se retrouver ainsi exclue .

Et puis un jour le motif de sa disgrâce lui est fourni dans toute sa brutalité : elle a décidément été beaucoup absente, ces temps derniers . Autrement dit, elle a osé bénéficier d’un congé de maternité . Que ce type de congé soit non seulement légal mais obligatoire importe peu , en effet, aux yeux de ceux qui persistent à voir dans un accouchement une faute professionnelle grave.

Alerté par le SNESup, le Président de l’Université a pris immédiatement la décision…d’attendre tout en connaissant très bien la valeur scientifique de Florence, l’ayant lui-même sollicitée pour qu’elle accepte la responsabilité de la mise en place d’un master .

 

Mais -résurgence , sans doute, du vieux mandarinat- un professeur est le « patron » de son équipe , selon le terme encore en vigueur . Et tant pis si le comportement de ce professeur est répréhensible , voire scandaleux .

Entre-temps , une sourde campagne de dénigrement a été entreprise contre la jeune chercheuse qui, jusqu’alors, n’avait jamais fait l’objet d’une critique ou d’une remarque négative . A présent, Florence ne figure plus dans l’organigramme de l’unité de recherche et essaye, avec le soutien du SNESup de trouver une solution.

Cette affaire est grave et aurait pu « casser » Florence si elle n’avait su faire preuve d’une force de caractère et d’une combativité peu communes , et si elle n’avait pas eu l’appui du syndicat . C’est ce qu’elle nous a expliqué récemment, lors de la réunion des élu(e)s SNESup au CNU .

Le cas de Florence est malheureusement loin d’être unique , comme lui ont confirmé certain(e)s participant(e)s

Nos collègues femmes payent déjà un lourd tribut en matière de carrière et d’avancement dans un système universitaire où elles sont de plus en plus rares à mesure qu’on s’élève dans la hiérarchie, il est inadmissible que certaines se trouvent, de surcroît, évincées de la recherche parce qu’elles ont eu un enfant ; et il est urgent de mettre un terme à ces pratiques misogynes, particulièrement rétrogrades, en les faisant apparaître au grand jour.

Que celles d’entre vous qui se sont trouvées confrontées à ce genre de problème n’hésitent plus à nous en faire part en nous contactant à l’adresse :

affaires@snesup.fr ou personnels@snesup.fr

 

Christine BIRNBAUM, Jacques GUYOT