L’enseignement supérieur morcelé, territorialisé !

Publié le 1 décembre 2009

L'enseignement supérieur morcelé, territorialisé !

Alain Pagano, membre du Bureau national, responsable du secteur Service public

Le mouvement de restructuration des établissements d'ESR accentue la tendance au désengagement de l'État, à l'émiettement du service public et à sa dépendance vis-à-vis des pouvoirs locaux.

 

Le thème 2 du congrès de la FSU s'intéresse à la notion de service public, à son intérêt comme à son avenir. Loin d'être une clause de style qui occupe les débats de congrès, ce thème constitue un enjeu extrêmement important pour notre activité syndicale. L'enseignement supérieur est, hélas, un excellent exemple des restructurations en cours dans l'ensemble de la fonction publique, et qui vise à une profonde déstructuration et réduction du périmètre des services publics.

Dans le supérieur, cette restructuration s'applique notamment par la loi LRU. En simplifiant le trait, on pourrait dire que nous glissons d'un statut de fonction publique d'État vers un fonctionnement et un statut de type fonction publique territoriale... Avec un glissement vers la privatisation.

  • Premier exemple : Avec l'autonomie donnée aux universités, et, entre autres, le pouvoir exorbitant donné aux présidents d'université, la gestion de la carrière et du recrutement des enseignants chercheurs passe au niveau local, même si le statut reste encore national... Pour combien de temps ?
  • Deuxième exemple : l'État, à travers la mise en place d'un nouveau système de répartition des moyens nommé SYMPA (on a le sens de l'humour au ministère !), se désengage financièrement, de manière perverse, en accordant les moyens aux établissements dans une proportion plus forte pour les financements sur projets, et donc, dans une proportion moins forte pour les crédits récurrents. Cela oblige donc les universités à trouver leurs propres moyens financiers, en montant des fondations pour attirer les crédits privés (les exemples se multiplient en ce moment), en tarifant tous les services rendus, en sollicitant toujours plus les collectivités territoriales de proximité (communauté de communes, départements, régions). Ainsi, il n'est pas innocent de voir se multiplier les rencontres entre les présidents d'université et l'Association des Régions de France mais aussi avec l'Association des villes moyennes...
  • Troisième exemple : Cette plus forte association avec les élus des échelons territoriaux de proximité conduit à un raisonnement sur les besoins sociaux économiques de proximité. Ainsi, la rencontre entre la CPU et l'ARF propose une « adaptation de l'offre de formation initiale, continue et par apprentissage en relation avec les besoins des territoires ». Qui se souciera demain des formations fondamentales et des formations de «niche », des formations rares ? Il est donc indispensable que l'État continue à gérer la carte universitaire au niveau national et de l'affirmer haut et fort quand un certain nombre de régions vont jusqu'à théoriser un service public régional d'éducation.
  • Quatrième exemple : la politique des PRES débouche sur des rapprochements entre universités, des processus de fusion, des regroupements à l'échelle régionale, notamment pour les universités de province. Si cette politique rentre en résonance avec l'échelon régional, quoi d'anormal ? Mais, dans l'optique du désengagement de l'État signalé plus haut, il est à craindre que le service public soit « rationalisé » en supprimant certains doublons de formation au niveau régional, voire certaines universités jugées trop petites, car la région ne pourra pas tout financer ! Le coût de telles mesures sera bien sûr à la charge des familles puisqu'il faudra se déplacer et se loger jusqu'à l'université régionale qui offrira la formation désirée. Cette réflexion ne constitue pas un scénario syndical pessimiste, il s'appuie sur la réalité des établissements où se discutent des regroupements d'écoles doctorales qui préfigurent le partage entre universités d'un même PRES des formations adossées à ces écoles doctorales.
Quand les « cartes universitaires territorialisées » vont se décider (elles sont dans les tuyaux), il est à souhaiter que la prise de conscience de ces dangers se développe et que la riposte soit à la hauteur des besoins : un accès à l'enseignement supérieur pour tous. L'exigence d'un service public de qualité, de proximité, financé à la hauteur des besoins par l'État reste une revendication tout à fait moderne, elle prend même une acuité plus particulière dans le supérieur.