L’emploi malmené
Primes : sous l’appât l’hameçon
Noël Bernard, secrétaire national, secteur SDP
Le recours aux primes comme composante de la rémunération, systématiquement pratiqué par le ministère, connaît dans le supérieur une importance particulière, du fait notamment du niveau extrêmement bas des salaires touchés par les chercheurs et enseignants-chercheurs en France. Cette insuffisance, reconnue par le ministère, a été dénoncée par les deux rapports Schwartz et Hoffmann en 2008.
Le plan « Carrières », qui a fait suite à ces rapports et qui devait améliorer l'attractivité des carrières de l'enseignement supérieur et de la recherche, ne comporte quasiment comme seule mesure en ce sens qu'une majoration spectaculaire du montant des primes accordées soit au titre de l'enseignement, soit au titre de la recherche : leur plafond passe de 3 500 euros à 15 000 euros.
Depuis 89 le système indemnitaire dans l'enseignement supérieur était très développé. Nos syndicats avaient dès cette période rejeté les primes et demandé leur intégration au salaire indiciaire. Nos arguments restent d'actualité : lors du départ en retraite, ou à l'occasion d'un accident de la vie (congés, collègues en sous service, etc.) la rémunération retombe aussitôt à l'étiage. Par ailleurs tous les collègues ne bénéficiant pas de ces primes, il en résulte de fortes inégalités entre collègues.
Sous l'actuel gouvernement les primes ont revêtu, dans l'ensemble de la fonction publique et singulièrement dans le supérieur, deux aspects nouveaux qui changent la nature du danger. Tout d'abord leur montant surévalué en fait non plus un élément accessoire, mais une part essentielle de la rémunération. Combinées avec la stagnation du point d'indice, la non-attribution d'une prime ou la perte de son bénéfice deviennent en un drame personnel et familial.
En second lieu, l'attribution des primes, sur un mode individuel et discrétionnaire, est décidée par un chef d'établissement investi de tous pouvoirs et affranchi de tous contrôles. Ceci inclut la prime dans un arsenal impressionnant de moyens de pression qui instaurent dans les établissements un climat de concurrence entre collègues, de méfiance réciproque, de coteries et de népotisme.
Feignant de donner aux universités une liberté rêvée, le ministère étend en réalité ses possibilités de pilotage reposant sur un système quasi-féodal. Il fait ainsi fi de la démocratie, il prend également le risque d'un effondrement de la qualité du système universitaire, tant au niveau recherche qu'enseignement. Quant aux collègues, ils ont bien pris la mesure d'un marché de dupes où chacun sera perdant.
Précarité : le mal s'étend
William Charton, responsable du collectif SDP/non-fonctionnaires
La fonction publique reste l'exemple à ne pas suivre en matière de recours à l'emploi précaire. Depuis de nombreuses années elle utilise cyniquement des personnels non titulaires comme variables d'ajustement. Le gouvernement quant à lui supprime les postes de fonctionnaires (non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraire), prévoit de recourir à l'intérim et d'imposer des reconversions aux personnels statutaires (loi sur la mobilité des fonctionnaires).
Cette précarité se retrouve au sein de l'enseignement supérieur et de la recherche, touchant aussi bien des étudiants qui sont contraints de financer leurs études que des personnels aux multiples CDD successifs et à très bas salaire.
En termes d'emplois, l'essentiel des réformes gouvernementales a concerné les personnels BIATOS avec notamment le développement dans les établissements du recours massif aux contractuels de droit public, générant ainsi une situation de profonde discrimination entre les agents.
La loi LRU et son pendant, le passage aux responsabilités et compétences élargies, a renforcé la déréglementation de l'emploi universitaire, qui s'étend de plus en plus aux enseignants et aux chercheurs. Les présidents d'établissements sont à présent autorisés à recruter en CDD ou CDI des agents contractuels « pour occuper des fonctions techniques ou administratives correspondant à des emplois de catégorie A, pour assurer (...) des fonctions
d'enseignement, de recherche ou d'enseignement et de recherche (...) ». Si «le pourcentage maximum de la masse salariale que l'établissement peut consacrer au recrutement des agents contractuels...» est fixé dans le cadre du contrat pluriannuel, la possibilité donnée aux universités de créer des fondations leur permettra de recruter des personnels sous contrats de droit privé sans aucune limitation.
Le service public de l'enseignement supérieur et de la recherche, les conditions de travail et d'études sont fortement affectés par cette précarité. Notre
revendication première est la résorption de tous les contrats précaires par la création de postes et la titularisation de toutes et tous. Dans cette attente,
nous demandons l'amélioration immédiate des conditions de travail des personnels non titulaires, nationalement par une définition nationale de grilles salariales adéquates et par l'alignement des primes et du temps de travail sur ceux des fonctionnaires.