Jury Agreg.Lettres
Communiqué de presse
Paris, le 15 février 2006
Remous au jury d?agrégation de Lettres modernes
Jean Fabbri
Secrétaire général du SNESUP-FSU
Un projet de réforme concernant l?évaluation de l?épreuve de grammaire au concours d?agrégation externe, projet défendu par le nouveau président du jury et consécutif à la réduction du nombre d?examinateurs par commissions, a suscité jusqu?à l?automne un débat animé par nombre de collègues grammairiens, membres anciens ou pressentis du jury, qui ont exposé leur analyse dans une lettre au ministre. Ce débat a été clairement situé au plan épistémologique (la langue française constitue la discipline qu?enseigneront, avec la littérature, les lauréats de cette agrégation) et les opposants du projet de réforme ont aussi mis en avant l?exigence d?un principe essentiel à l?équité du concours : le principe de la double évaluation des épreuves dans toutes les disciplines, par des spécialistes de grammaire autant que par des spécialistes d?autres domaines, francisants ou comparatistes. Leur défense a recueilli une large approbation parmi les pairs : plus de 500 universitaires, représentatifs de la diversité des écoles de recherche, des disciplines et des établissements, ont apporté leur soutien à l?argumentaire développé par ce groupe de collègues grammairiens. Après diverses péripéties et mesquineries, le ministère et le président du jury, un inspecteur général, ont finalement annoncé le retour à des conditions d?évaluation proches des précédentes, malgré l?abaissement du nombre d?examinateurs, de six à quatre. La raison et le souci d?un retour à la sérénité auraient pu l?emporter.
Hélas, les frondeurs sont bientôt punis pour avoir osé porter la contradiction scientifique. Dix collègues ont été grossièrement évincés lors de la publication officielle des membres du jury (arrêté de nomination en date du 23 décembre 2005), soit les dix membres de la commission de grammaire signataires de la lettre au ministre (les sept membres restants de la commission 2005 et trois membres sollicités cet été pour le concours 2006), alors que tous ont participé à la préparation des sujets pour les épreuves 2006. La recomposition hâtive du jury ne garantit plus les équilibres géographiques et disciplinaires : deux tiers de ses membres sont issus des universités de Paris IV et Lyon III, le poids des stylisticiens est écrasant.
La communauté universitaire éprouve un sentiment de consternation devant ces évictions arbitraires alors même que le débat avait été placé sur le terrain scientifique. On ne peut que s?inquiéter devant cette mise au pas autoritaire d?un jury de concours national. Faut-il rappeler ?a fortiori en ces temps de réduction drastique des postes offerts? que le recrutement des collègues du second degré impose à tous les présidents de jury une haute exigence intellectuelle ? Faut-il encore rappeler qu?ils doivent montrer leur capacité à rassembler les meilleurs spécialistes, dans la diversité des disciplines et des écoles de pensée ? Tous les collègues ?et pas seulement les préparateurs des concours? doivent prendre conscience que cette affaire met en jeu la liberté académique autant qu?elle témoigne des ravages que pourrait déclencher une sélection des examinateurs fondée sur des critères inavoués de docilité devant tout projet ministériel. C?est aussi la place même des universitaires enseignants-chercheurs, aux côtés des corps d?inspection et des enseignants de classes préparatoires, qui est en jeu. On ne peut admettre que des collègues qui n?ont ni contrevenu au droit, ni dérogé aux règles de déontologie, ni commis de faute professionnelle, soient punis par quelques bien-pensants pour avoir formulé une argumentation rigoureuse et défendu des principes scientifiques.
Suite à l'invitation de J. Fabbri, secrétaire général du SNESUP-FSU, adressée à la commission de grammaire session 2006, à réagir à son analyse des nominations à la commission de grammaire session 2006, nous publions le droit de réponse de la commission de grammaire de l'agrégation externe de lettres modernes, session 2006.