Hommage à Jean Malifaud
C'est avec tristesse que nous avons appris dimanche le décès de notre camarade Jean Malifaud.
Maître de conférences à l'université Paris 7, il était membre du SNESUP-FSU depuis 1968 et a occupé différentes fonctions dont celle de secrétaire national jusqu'en 2011.
Nos pensées vont à sa famille comme à ses proches et à tous les camarades qui l'ont connu.
Vous pouvez adresser vos hommages et témoignages à l'adresse sg@snesup.fr, afin qu'ils soient publiés sur cette page.
Les obsèques auront lieu samedi 17 janvier au cimetière du Père Lachaise, à 10h, dans la Grande Coupole (l'entrée rue des Rondeaux, métro Gambetta, est la plus proche). Il faut arriver entre 9h30 et 9h45.
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HOMMAGES & TEMOIGNAGES
On a beau savoir que nos potes plus âgés que nous partiront sûrement avant nous, le jour où ça arrive, c’est toujours trop tôt. Ça faisait 20 ans à peu près que je connaissais Jean et malgré nos 25 ans de différence d’âge, nous étions devenus très complices dans notre activité militante commune dans le SNESUP-FSU.
C’est en commençant à fréquenter des réunions nationales du syndicat ouvertes aux secrétaires de sections locales, vers 2004 ou 2005, que je l’ai rencontré. J’ai tout de suite apprécié ses interventions dans les discussions. Très claires, très intelligentes, implacablement logiques. C’était beau comme une démonstration de maths ! On reconnaissait là le logicien qu’il était professionnellement et, en plus d’être d’accord politiquement avec ce qu’il disait, la prof de maths que je suis appréciait la rigueur et la précision de ses propos. Et pourtant, c’était aussi souvent drôle, car Jean avait l’art de dire des choses très sérieuses avec beaucoup d’humour, et de sens de l’auto-dérision. Il n’avait pas « la grosse tête », un peu trop fréquente en milieu universitaire et ne se prenait jamais au sérieux, ni ne méprisait celles et ceux qui n’avaient pas les mêmes diplômes que lui. C’était une qualité que j’appréciais tout particulièrement chez lui.
Avec lui, militer se faisait toujours dans la joie et la convivialité, comme je l’ai découvert par la suite lorsque j’ai accepté de signer la motion d’orientation Ecole Emancipée - Pour un Syndicalisme Offensif pour le congrès du SNESUP de 2009, et de siéger à la commission administrative du syndicat. Les réunions de tendance, où l’équipe discutait pourtant sérieusement du fond, étaient en particulier toujours un moment vraiment sympathique et stimulant. Elles se terminaient souvent, grâce au carnet d’adresses de Jean, dans un resto sympathique aussi.
En 2011, il a fallu le remplacer au secrétariat national où il siégeait pour EE-PSO, car il avait pris sa retraite et ne souhaitait plus assurer un mandat syndical exécutif, conformément aux règles tacites en vigueur à l’école émancipée. Bien qu’assez récemment arrivée dans les instances nationales du SNESUP, je me suis lancée avec ses encouragements dans l’aventure et ai tenté de reprendre ses bottes, que j’ai trouvées très grandes pour moi au début ! Il est resté disponible, il a su me mettre en confiance et me transmettre, lorsque je faisais appel à ses lumières, sa connaissance fine des rouages du syndicat, dans lequel il militait depuis qu’il s’était syndiqué en 1968.
Lorsque nous en avions l’occasion, à l’issue d’une réunion ou une autre, malheureusement moins souvent depuis quelques années et ma prise de responsabilités nationales à la FSU, nous discutions aussi de tout un tas d’autres sujets, politiques, culturels, mais aussi de nos enfants respectifs parfois, car Jean était un militant attentif à l’aspect humain des relations militantes. C’est comme ça que j’ai appris qu’en plus de ses activités militantes multiples, il aimait la menuiserie et avait construit lui-même un escalier sur mesure pour un chalet en Savoie qu’il retapait avec Monique, son âme sœur qui partageait beaucoup de ses combats.
Il n’est plus avec nous désormais, mais il reste bien vivant dans mon esprit, et j’entends encore son rire malicieux et sa voix un peu voilée nous taquiner. Je garderai le souvenir de sa combativité inusable, de sa lucidité et de son humour. Salut Malif, merci pour tous tes combats et merci d’avoir contribué à former la relève militante dans la joie !
Claire Bornais
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C'est avec une grande tristesse que j'apprends la mort de Jean Malifaud.
Il a été, dans ce que j'ai connu de lui, la colonne vertébrale, le catalyseur (voire le stratège, sans diminuer le rôle de ses camarades et avec l'ironie qu'il pratiquait) de très nombreuses années du courant de pensée Ecole Emancipée dans les instances nationales du SNESUP.
Avec Jean-Marie Canu il a été au secrétariat national du syndicat après le congrès de 2003, ouvrant une brèche, en tant qu'animateur d'un courant minoritaire, dans l'hégémonie AS et pour ensuite plusieurs mandats. Ses interventions, celles d'un orateur conscient de ses effets, autant au SNESUP que dans la FSU portaient avec constance le souci de la plus grande convergence des luttes en particulier avec les autres organisations de salariés.
Dans la vie interne de la FSU puis dans celle du SNESUP il a contribué à installer progressivement une sorte de co-gestion avec les courants UA ou AS non dépourvue des ambiguités qu'il savait dénoncer par ailleurs. De la sorte si nos rapports personnels pouvaient se colorer de rudesse, mon respect pour ses engagements militants et ses qualités humaines est total et je partage la douleur de ses nombreux proches.
Jean Fabbri, secrétaire général du SNESUP de 2005 à 2009, rédacteur en chef du mensuel jusqu'en 2012
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Pour moi comme pour nous toutes et tous, Malif ', c’est Jean « malicieux » d’abord. Et percutant ensuite. J’ai toujours à l’oreille ces incipit d’intervention : « Écoutez… » pour poser le problème et la ponctuation qui suivait parfois immédiatement, parfois un peu plus tard : « ça ne va pas ! » J’ai rencontré Jean pour la première fois lors de mon premier congrès du Snesup en 2009, que, sur sa suggestion, j’ai pour l’essentiel passé en « Commission des mandats » au titre de la tendance ÉÉ-PSO. Rude école mais ô combien formatrice… C’est aussi lui à que je dois d'avoir découvert le collectif « Formation des enseignants », dans lequel je suis entré à l'occasion de ce congrès.
On a parlé fort justement de l'engagement internationaliste de Jean. On peut dire qu'il l’a pratiquement pratiqué. J’ai ainsi le souvenir, d’une discussion avec lui où il me disait être parti au Nicaragua, soutenir la révolution Sandiniste au début des années 1980, comme assistant à l’université de Managua je crois. Jean, c'était aussi la convivialité, requise après la réflexion. Je me souviens de ses cartes de restaurant et aux lieux d’agapes. Jean, c’était aussi la revue L’École émancipée à laquelle, avec sa compagne Monique Migneau, il et elle ont consacré un temps important Tu vas nous manquer Jean. Mais on va continuer le combat, Hasta la victoria !
Vincent Charbonnier
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Jean est étroitement lié à mon engagement au Snesup, je veux dire au moment précis où je prends la décision de militer dans cette organisation syndicale, et pas dans une autre. Si bien que, très intimement, je ne conçois pas le Snesup sans Jean Malifaud. C’est dire aussi l’étendue de ma peine. Longtemps je serai inconsolable de cette disparition.
C’est en 2009 que je rencontre Jean, au sein de la Coordination nationale des universités, le grand mouvement de contestation des réformes de Pécresse. J’adhère au Snesup sur la base du texte d’orientation d’École émancipée / Pour un syndicalisme offensif. Ce choix doit autant à la nature de ce texte qu’à la ligne éthique défendue par Jean et les camarades EE-PSO pendant tout le mouvement de 2009. Pendant plus de dix ans, en tant que membre de la CA du Snesup et du secrétariat national entre 2015 et 2019, j’ai eu la chance exceptionnelle de pouvoir me former à son contact, de bénéficier de ses conseils et tout simplement de militer avec lui. Le littéraire que je suis était toujours impressionné par ce "mathématicien qui sait écrire". Jean était une plume, comme on dit. S’il existe des « maîtres » en syndicalisme et en éthique de la résistance, voilà ce que Jean a incarné pour moi.
Comme bien d’autres camarades du Snesup, je dois donc beaucoup à Jean. Et notre syndicat lui doit une part importante de sa vitalité et de son orientation résolument offensive. École émancipée et la FSU elle-même lui doivent beaucoup.
Sa personnalité rayonnait et continue de rayonner en nous, par son humanité, son sens de l’amitié, son humour incroyable et son intelligence politique exceptionnelle. Si Jean était absent à une commission administrative nationale du Snesup, il nous manquait quelque chose. Sa parole était attendue, ses positions éclairantes, ses conseils toujours avisés. Il savait aussi manifester un vrai souci de l’autre et avait une attention particulière pour les personnels du siège. Jean inspirait à toutes et tous un profond respect.
Jean c’était la vie vivante incarnée. C’est pourquoi il est si difficile d’accepter qu’il ne soit plus là. Jean, c’était d’abord un regard. Un simple regard de Jean - il n’en fallait pas plus - pouvait exprimer aussi bien un soutien amical qu’une désapprobation critique. Jean c’était ensuite un sourire, celui de la complicité dans les idées, de l’accord tacite sur la stratégie, celui aussi de la malice et de l’anticipation des coups à venir. Le sourire et les rires de Jean sont inoubliables, en particulier autour d’une table et devant une bonne bouteille de vin, que ce soit au siège ou dans un restaurant. Avec Jean, on apprenait à penser en mangeant et en buvant. L’intelligence devenait une gourmandise.
Jean, c’était enfin une voix, chaleureuse et toujours habitée par le souci de dire le vrai. Si Jean savait manier l’éloquence, ce n’était ni par goût de la rhétorique ou par ce plaisir de s’écouter que peuvent avoir celles et ceux qui savent parler, mais c’était d’abord pour convaincre et démontrer. C’était toujours pour avancer malgré les obstacles, les difficultés. Jean avait l’utopie chevillée au corps. L’utopie concrète de celles et ceux qui ne plient pas, qui ne renoncent jamais.
Les engagements de Jean sont tous des leçons de courage. Ils restent, ils resteront, que ce soit dans le champ du syndicalisme ou dans celui de la politique et en particulier de l’internationalisme.
Je pense à Monique, à ses proches, et à tous ses camarades, inconsolables, comme moi.
Pascal Maillard
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C'est avec une grande tristesse que je réalise que plus jamais Jean ne se retournera pendant une intervention pour un sourire complice, un hochement de tête, un regard amusé,... Quand je repense à Jean c'est cette image qui me vient, celle d'un camarade à l'écoute, qui marque son accord et son désaccord mais qui est là. Et il ne sera plus là.
Emmanuelle Rio
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S’il y a un trait marquant de la personnalité de Jean en tant que militant – c’est essentiellement comme cela que je l’ai connu et fréquenté pendant une vingtaine d’année – que je retiens avant tout, c’est sa camaraderie au sens premier du terme.
Dans nos organisations syndicales ou politiques dans lesquelles, quoi qu’on en dise, les enjeux de pouvoir pèsent toujours sur les relations individuelles, la particularité de Jean, c’était son souhait de toujours permettre à des plus jeunes de prendre des responsabilités, d’oser se lancer, même si l’on n’était pas passé par les cadres de formation organisationnels jugés indispensables à certaines générations militantes des années 70 et 80. C’est ainsi que j’ai fait une première entrée à la CA en 2005.
Bien-sûr à l’ÉÉ ou à ÉÉ-PSO dans le Snesup, on peut penser que, par nature, les enjeux de pouvoir sont secondaires, mais de fait, ils existent et l’une des grandes qualités de Jean a été de toujours savoir pointer l’essentiel, le syndicalisme au service des mobilisations pour renverser le capitalisme, le racisme et le patriarcat.
Vaste programme, ô combien, mais tellement stimulant lorsqu’on pouvait s’y atteler aux côtés de militants comme Jean, clairvoyants, opiniâtres, chaleureux et... malicieux. Parce que c’était une autre facette de la personnalité de Jean que toutes et tous ses camarades retiennent : sa capacité, en une formule, à dédramatiser les enjeux, à nous aider à prendre du recul, à moquer nos travers mais aussi les siens, avec tendresse et bienveillance. Comme d’autres camarades, j’ai été profondément marqué dans mon expérience militante, par les échanges avec Jean, jusqu’au congrès d’orientation du SNESUP de Paris Cité en 2023 et au congrès d’étude à Poitiers en 2024. Son engagement internationaliste ne s’est jamais démenti, y compris ces dernières années en soutien à la résistance du peuple ukrainien, car tous les impérialismes méritent d’être combattus.
Le plus bel hommage auquel Jean serait sensible, c’est que nous poursuivions la lutte, les luttes... jusqu’à la victoire.
Pierre-Emmanuel Berche
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Plus "ancien" que la plupart des militant.es d’EE-PSO (Jean et moi avions quasiment le même âge), j'ai connu Jean à mon arrivée dans le supérieur en provenance du secondaire au milieu des années 90. C'est peu de dire qu'il m'a fait découvrir cet univers si différent. Il m'a initié aux arcanes d'un syndicalisme finalement moins binaire que celui du SNES tout en m'incitant amicalement à prendre des responsabilités qui me paraissaient alors au dessus de mes capacités.
Dans ces moments parfois houleux, son intelligence, la finesse de ses analyses et ses conseils modestement distillés me furent d'un grand secours.
Fort heureusement, son engagement inébranlable ne fut pas vain. Nous seulement il fit souvent bouger les lignes dans le bon sens (celui de l'offensive !) mais il œuvra avec succès à la construction d'une alternative syndicale militante et combative.
Nul doute que celle-ci continuera son combat.
Jean-Marie Canu, Université de Rouen
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Jean était de ceux ( rares ! ) dont on peut dire que l’on a eu plaisir à les côtoyer et à les affronter à armes mouchetées égales . Nous partagions tant de convictions et tant de déterminations que, avec le recul du temps et l’expérience de l’évolution actuelle, je serais tenté de penser que nous étions plus proches encore que ce que nous pensions.
Salut, mon frère !
Jean-François Tournadre