Forum Social Européen 2006: Articles personnels et témoignages liés à l'actualité du FSE à Athènes
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Comptes Rendus et Rapports de la délégation du snesup
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Athènes 2006
Résumé d’intervention au FSE d’Athènes.
Pour une autre économie du savoir
Notre nouveau niveau de territoire, planétaire, est menacé. Il requière un certain niveau d'administration qui doit avoir des implications fortes dans la détermination des activités humaines, dans les objectifs que celles-ci poursuivent. C’est ainsi un changement radical de notre conception de l'économie que nous devons opérer. Economie que nous pourrions redéfinir comme la science dont l’objet est l'ensemble des activités humaines, dès lors que celles-ci sont situées hors de la sphère de la vie privée, ainsi que la création des revenus et la distribution de ceux-ci. Aussi notre nouveau niveau de territoire nécessite, en toute logique, d’accomplir une révolution anthropologique qui consiste à l’intégrer dans notre univers familier. La connaissance des problèmes planétaires et la capacité de l'humanité à y faire face demandent une évolution et une diffusion des connaissances, des sciences et des techniques. Cela dans quatre directions :
En partant des décisions politiques portant sur l’économie, et en allant jusqu’à la mise en œuvre effective de ces décisions, toute la chaîne appelle un développement et une diffusion de savoirs de très grande ampleur ; c’est une contrainte qu’imposent notamment les enjeux planétaires. Économie et savoirs sont plus que jamais indissociables ; mais en un sens qui est à l'antipode de celui prôné par la Stratégie dite de Lisbonne selon laquelle il s'agit de faire de l'Union européenne la zone la plus compétitive de la planète, dans une course folle qui ne tient nul compte de la nouvelle dimension territoriale que sont l'humanité et sa planète.
Marc Delepouve
Résumé d?intervention au FSE d?Athènes.
Résistances au néo-libéralisme : la victoire du mouvement anti-CPE en France
Au nom de la FSU, en tant que responsable SNESUP, acteur et témoin des luttes dans les universités, j?ai fait ce rapport. I ? Les caractéristiques du mouvementComme les camarades qui m?ont précédé, je soulignerai trois points :
J?ajouterai des caractéristiques propres à l?enseignement supérieur : le mouvement a pris en profondeur toute la population étudiante, y compris celle des filières « protégées » à « numerus clausus » et/ou professionnelle comme les secteurs de la médecine et du commerce, comme les IUT ; en effet les étudiants ont perçu dans le CPE une dévalorisation de leurs futurs diplômes, de leurs études et d?eux-mêmes. Les enseignants et IATOS (personnels techniques et administratif), notamment beaucoup de jeunes collègues ont participé aux réunions, tables rondes, assemblées et manifestations. L?investissement a, semble-t-il, été plus important dans les sciences humaines et sociales, secteur sensible aux questions de société , sensible au lien formation-qualification-travail-emploi. Les personnels en général, avec leurs organisations syndicales, ont joué un rôle d?interface entre les étudiants et les institutions. Ils ont contribué aux prises de position des conseils depuis les départements, les instituts jusqu?aux universités, aux déclarations des présidents qui ont un peu plus « isolé » le pouvoir. Ils continuent de protéger les étudiants en empêchant les sanctions et en garantissant la validité de l?année universitaire. Plus généralement, dans tous les niveaux de l?enseignement, le soutien et la participation des enseignants et de tout le personnel a été remarquable (taux de grévistes supérieur à 50% lors des deux dernières grandes journées nationales). II ? Quel bilan, quelles leçons tirons-nous ?
Jean-Paul Lainé
Résumé d?intervention au FSE d?Athènes.
Néolibéralisme et éducation : les changements dans l'enseignement supérieur et la recherche
L?Enseignement supérieur et la Recherche sont au c?ur des débats politiques et sociaux, sont au c?ur des attaques néo-libérales et des résistances, des luttes en Europe et dans le monde. En quelque sorte ce sont des enjeux, des lignes de démarcation entre une politique humaniste et une politique réactionnaire, ségrégative. Pour cacher les réalités des politiques mises en ?uvre , les mots, les discours sont choisis et utilisés comme des outils de marketing. Prenons l?exemple de la « stratégie de Lisbonne », énoncée lors du Conseil des Chefs d?Etat en 2000 à Lisbonne : le thème de la « société de la connaissance » est développé alors que la réalité est la réduction de l?engagement des Etats dans la formation et la recherche fondamentale. Nous allons aborder les différents aspects de l?enseignement supérieur : La RechercheUn séminaire, ce matin, a montré pourquoi face aux défis sociaux, environnementaux il faudrait investir massivement dans une recherche publique, fondamentale, pilotée et gérée démocratiquement. La recherche scientifique concerne le quotidien des gens : elle doit être le sujet de larges débats publics. Mais au contraire, par exemple en France, dans le récent « Pacte recherche » voté par le parlement à majorité de droite, l?accent est mis sur la recherche appliquée, sur une recherche mise au service des besoins des grandes entreprises et pilotée par des gens nommés par le pouvoir, hors de tout contrôle démocratique. Formation-Qualification-EmploiL? écart entre les mots et la réalité est aussi net sur la question de l?emploi des jeunes : le gouvernement a voulu faire passer en force une loi dite de « l?égalité des chances » ( sans rire !) avec un volet nouveau contrat de travail qui, sous couvert de favoriser l?insertion professionnelle allait aboutir à une précarisation massive. La lutte magnifique et victorieuse contre le CPE ( Contrat première embauche ) - victoire qui n?est que partielle si l?on sait que d?autres éléments négatifs de la loi dite n?ont pas été retirés ou remplacés ? a rassemblé le monde de la jeunesse et celui des salariés ; les universités ont joué un rôle primordial par l?action des étudiants ( blocages, manifestations diverses ) et par celui des enseignants et de l?ensemble des personnels ( soutien aux actions des étudiants, motions et décisions de fermeture, participations aux grèves et manifestations nationales ). Ce projet français a son petit frère en Allemagne et sans doute dans beaucoup de têtes de dirigeants d?Europe dont le seul objectif est de réduire le coût du travail, le coût de la formation pour permettre de dégager des marges bénéficiaires, des taux de profit supérieurs à 10% ! Cette vision à court-terme, ce mépris des hommes réduits à une variable d?ajustement sont des caractéristiques fortes des politiques de réformes auxquelles sont soumis l?Enseignement supérieur et le Recherche. Les statutsLes emplois de statut de fonctionnaires, les emplois permanents, les libertés académiques sont menacés partout : en Italie malgré une très belle lutte des chercheurs, enseignants et étudiants a été votée la loi Moratti qui précarise les jeunes chercheurs et qui à terme fera que seuls les enseignants-chercheurs de rang supérieur conserveront un statut de fonctionnaire titulaire. Là encore a été affichée la lutte contre le mandarinat : de fait celui-ci est renforcé. En France le « Pacte recherche » va engendrer la transformation des chercheurs, ingénieurs et techniciens en précaires, ainsi que préparer les enseignants aux contrats de courte durée. Les institutionsLes universités elles-mêmes sont visées par le néo-libéralisme : elles doivent être mises au service de l?économie au sens étroit du terme par le jeu des financements privés et ceux émanant des autorités régionales. Sous couvert de pôles de coopération, de pôles de compétitivité il s?agit de hiérarchiser, de mettre en compétition les universités. Le modèle anglo-saxon est appliqué clairement. Les diplômes : le processus de Bologne, les réformes de cursusIl y a sans doute divergence parmi nous sur l?analyse, sur les mots, sur la réalité pays par pays, sur la cohérence ou non des réformes introduites par chacun des pays avec l?affichage « bologne ». Cependant, au niveau des conséquences il faut reconnaître que :
En France la communauté universitaire est très critique à l?égard du dispositif introduit sous couvert du processus de Bologne, dit « LMD ». Cela explique en partie la profondeur du mouvement étudiant anti-CPE ainsi que le soutien et la solidarité des enseignants. Dans cet exposé je ne développe pas ? je l?avais fait à Londres, au 3ème FSE ? la dimension vie sociale étudiante : je voudrais confirmer la dégradation de l?aide sociale et indiquer que pour la première fois dans notre pays, l?accès à l?enseignement supérieur recule ! Pour terminer je voudrais dire au nom de mon syndicat du supérieur SNESUP et ma fédération FSU quatre choses :
Jean-Paul Lainé
FSE Le pôle services publics du FSE d’Athènes a réuni un large panel d’acteurs représentatifs :
Une volonté de mobilisation unitaire européenne pour la défense et le développement des services publics a connu une première expression dès le premier FSE, en 2002 à Florence, et a déjà donné lieu à des mobilisations conséquentes contre la directive Bolkestein. La réussite du pôle service public d’Athènes se situe dans une progression, une montée en force. En outre, elle s’inscrit dans une mutation en cours des FSE, vers un fonctionnement en réseaux thématiques pérennes (services publics, éducation, recherche, santé, migrants, précarité, OMC/AGCS, paix, etc.). Réseaux à l’activité continue pour lesquels les FSE sont l’occasion d’une nouvelle impulsion et d’un élargissement à de nouveaux acteurs, ainsi que le moment privilégiée du dialogue et de l’articulation qui font de l’ensemble un mouvement naissant pour une autre Europe. En septembre prochain devrait être déterminés la date et le lieu de la prochaine édition. Outre l’affirmation du fonctionnement sur la base de larges réseaux thématiques, il est nécessaire que la définition, le choix, de propositions alternatives unitaires en soit l’enjeu. Nous disposons de mines de propositions, comment y puiser et susciter en même temps un large et puissant rassemblement en Europe ?
Marc Delepouve
Quelques impressions personnelles au retour d'Athènes avec la délégation du SNESUP au sein de celle la FSU :
Ce sont plusieurs dizaines de milliers d'européens de toutes les nationalités qui se sont retrouvés à Athènes pour le quatrième FSE et pour la grande manifestation du samedi 6 mai contre la guerre et pour un autre monde. Les aspects problématiques de ce 4e FSE d'Athènes (http://athens.fse-esf.org/) ont été abondamment mis en avant par la presse (du moins celle qui en a parlé, le boycott ayant souvent été choisi par les médias hostiles) : moindre participation, répétition des débats, retrait de maintes forces syndicales ou associatives, absence de perspectives d'action et incapacité du FSE à fédérer une riposte européenne aux attaques néo-libérales. L'ignorance qui règne autour des lieu et date du 5e FSE ne fait que renforcer le trouble. Heureusement, une analyse plus en profondeur permet de nuancer ce portrait par trop négatif. La moindre participation a d'abord été l'effet mécanique de l'éloignement d'Athènes pour les militants d'Europe occidentale. Or, ce sont ceux-ci qui jusque là avaient formé le gros des troupes. La solution choisie par un étudiant de mon université, militant de SUD venu en vélo depuis Angers, ne pouvait être celle de tout le monde ! En revanche, la localisation du FSE à Athènes a permis une forte participation des Grecs et des Turcs, même si l'on peut regretter que cela n'ait pas suffi à faire venir davantage les autres peuples des Balkans. De surcroît, les réseaux constitués lors des précédents FSE se sont renforcés. Ainsi en est-il du réseau Education, qui s'est élargi à des syndicats enseignants grecs, turcs, d'Europe de l'Est et de Russie. Face aux attaques néo-libérales communes que subissent les populations d'Europe, des initiatives communes de résistance ont été programmées. Petit à petit, l'alterEurope se construit et le sentiment de répétition qu'ont pu susciter certains séminaires n'en a que plus souligné la nécessité de passer à l'action. Ce n'est donc pas par hasard que l'exemple français de la lutte unitaire contre le CPE a été au centre de nombreux débats (même si cela pouvait à la longue agacer par le chauvinisme qui s'exprimait parfois au travers de cette référence, et même si cela taisait implicitement que la victoire remportée était loin d'être complète): c'est tous ensemble, tous en Europe, que l'on peut gagner contre le néo-libéralisme. Les débats sur l'Europe ont également été nombreux, auxquels ont participé associatifs, syndicalistes et politiques, à l'image de ce qui s'était passé en France lors de la campagne pour le non au TCE. Toutefois, la présence parfois trop importante de représentants français à la tribune a nui à l'internationalisation du débat. La question des frontières de la gauche antilibérale fut trop vue à travers le seul prisme hexagonal. La question du processus constituant à revendiquer pour l'Union et surtout de son rythme a également divisé (la prise de conscience étant très variable selon les pays). Le Forum social d'Athènes n'aura donc pas de ce point de vue, permis de beaucoup avancer. Toutefois, beaucoup de propositions ont été recensées pour construire une autre Europe. Un projet de “Charte des principes communs pour une autre Europe” a circulé. Le sentiment que la remise en cause de tous les traités existants était nécessaire a également progressé. En ce qui concerne les séminaires coorganisés par le réseau ESSF, je n'ai pu assister qu'au premier (où intervenait notamment Marc Delepouve pour le SNESUP) autour des thèmes "Développement, coopération et besoins sociaux" et "comment établir un lien entre Recherche et besoins sociaux". La critique de l'économie de la connaissance et du processus de Bologne développaient et approfondissaient ce qui avait été commencé à Londres. Mais là encore la critique a été que les actions n'ont pas assez suivi la mise en place du réseau. Marc et Jean-Paul Lainé feront sans aucun doute des compte rendus plus détaillés de l'ensemble de ces séminaires ainsi que des initiatives finalement décidées. Du point de vue organisationnel, tout n'était certes pas parfait. Les traducteurs furent soumis à de dures conditions de travail et le système de transmission par modulation de fréquence eut des failles qui retardèrent le début de beaucoup de de débats. De plus, trop de personnes étaient invitées à la tribune et trop peu de temps était laissé à la salle pour s'exprimer. Mais les efforts des organisateurs grecs ont globalement été récompensés. La qualité de la plupart des très nombreux débats organisés chaque jour pendant trois plages horaires de 3h a fait le reste ! Le FSE d'Athènes n'a donc en rien été le “FSE de trop”. Plus probablement, il aura été un FSE de transition. Après la mise en place (avec panache) du FSE à Florence, après l'approfondissement de Paris et les contradictions de Londres, gageons (espérons ?) qu'il annonce un mouvement altereuropéen plus structuré et désormais tourné vers l'action à l'échelle européenne. Un dernier mot sur la manifestation du samedi, contre la guerre et pour un autre monde. Elle a rassemblé entre 15 000 organisateurs (selon la police) et 80 000 (selon les organisateurs). Ce fut une très belle manifestation, avec une très forte présence de la gauche grecque (hors PASOK bien entendu !) et aussi turque. Parmi les organisations françaises, les cortèges de la FSU et de Solidaires étaient de loin les plus conséquents (Solidaires avait un peu plus mobilisé que nous). Il a toutefois fallu subir tout au long du parcours des gaz lacrymogènes particulièrement irritants, abondamment dispersés dans l’atmosphère par la police grecque à l’occasion d’affrontements sporadiques avec quelques groupes autonomes en marge de la manifestation... Jean-Luc Godet(Angers) |

