Formation des enseignants et place du concours
Formation des enseignants et place du concours
Gisèle Jean, membre du Collectif FDE
La formation des enseignants, enjeu national et sociétal, est cependant un processus complexe concernant des acteurs divers. La place du concours de recrutement doit constituer un élément de réponse cohérent et unificateur.
La formation des enseignants est une question sensible parce qu'elle concerne la communauté éducative et universitaire dans son ensemble, mais à des degrés divers. En effet pour l'ensemble de la communauté, ce qui importe le plus c'est, d'une part, la capacité des futurs enseignants à exercer une profession exigeante, chargée d'une mission capitale pour la nation, et, d'autre part, la préservation des garanties statutaires attachées aux professions enseignantes. Mais d'autres enjeux attachés à la formation des enseignants diffèrent en fonction des secteurs où l'on se situe. Dans certains secteurs, la formation des enseignants constitue le coeur des préoccupations en matière d'enseignement et de recherche.
Pour d'autres secteurs, elle représente un débouché majeur pour les étudiants. Et pour d'autres encore, elle offre simplement une ouverture potentielle. Ainsi, selon les lieux où l'on est, envisage-t-on la formation des enseignants plutôt dans sa globalité comme un ensemble complexe exigeant l'articulation entre différentes composantes, ou plutôt sous l'angle du simple prolongement des études universitaires.
La complexité des questions liées à la formation des enseignants tient aussi au fait que celle-ci ne constitue pas un domaine isolé : elle se situe au contraire à l'intersection de préoccupations universitaires, d'impératifs professionnels et de contraintes institutionnelles, qui de surcroît relèvent de deux ministères, le MESR et le MEN. Ces ministères n'ont pas élaboré de projet cohérent, et face aux exigences contradictoires qu'ils tendent à imposer, il nous faut organiser une réponse qui sera quant à elle cohérente.
Si le SNESUP et la FSU défendent des concours de recrutement nationaux, pour autant, sur la place des concours, les positions sont diverses. Le SNESUP, avec d'autres syndicats, défend un concours en fin de M1.
Quels sont nos arguments ?
UN CONCOURS EN FIN DE M1
Les concours de recrutement jouent plusieurs rôles : ils garantissent aux étudiants se destinant à cette profession que les postulants seront recrutés de la façon la plus juste possible en fonction de critères nationaux ; ils permettent à l'employeur de s'assurer que les futurs enseignants auront bien les savoirs et les compétences nécessaires pour débuter dans le métier ; et enfin ils constituent des repères pour organiser les dispositifs de formation et contribuent ainsi à l'homogénéité de la formation sur le territoire. C'est pourquoi le SNESUP défend avec force l'existence de concours nationaux et s'est engagé dans une réflexion sur la place du concours. Demander que l'admissibilité aux concours soit placée en fin de M1 est une position qui permet de prendre en compte le devenir des étudiants et d'organiser des cursus cohérents.
Tous les étudiants titulaires d'une licence ont le droit de s'inscrire dans un master en vue de devenir enseignant et doivent en avoir la possibilité matérielle. La question du financement des études longues est à résoudre en priorité au niveau national (prérecrutement, aides financières pérennes). Les cursus doivent être aménagés de façon à prendre en compte non seulement ceux qui à l'issue de leurs études deviendront enseignants, mais aussi ceux qui n'y parviendront pas.
Les épreuves nationales deviennent un indicateur d'orientation, évitant le recours à des critères locaux pour le passage en M2, qui reste toujours du ressort de l'université. Les concours restent les indicateurs les plus neutres dans cette prise de décision. L'échec ou la réussite à l'admissibilité à l'issue du M1 informe l'étudiant sur ses chances de mener à bien son projet et lui permet éventuellement une réorientation précoce. De leur côté, les candidats admissibles qui poursuivront leurs études en M2, même s'ils ne réussissent pas le concours, auront la possibilité d'obtenir un master qui ne sera pas dévalorisé (à condition que le M1 intègre des éléments d'initiation à la recherche) et de faire valoir les capacités qu'ils ont manifestées lors de la réussite
aux épreuves d'admissibilité. Cela doit s'accompagner de dispositifs passerelles, en fonction des spécificités des domaines d'études,
pour permettre des réorientations à différents moments du cursus.
Il faut prévoir à l'issue des deux années de master la possibilité d'accueillir dans des formations spécifiques des étudiants titulaires d'un master qui auraient été admissibles mais n'auraient pas réussi le concours afin de leur permettre de le préparer à nouveau. Il faut également envisager l'admission des titulaires de master qui auraient été initiés à la recherche, lauréats ou non des concours, dans des M2 spécialisés leur donnant accès ensuite aux études doctorales, dans des secteurs où il est d'usage de passer par les concours de recrutement avant de s'engager dans la recherche.