Entretien FEE

Publié le 7 octobre 2003

 

Interview de Bastian Gronloh, étudiant à l’Université de Essen

Trois ou quatre étudiants s’activent au 2e étage de l’un des prestigieux bâtiments de l’université Humboldt, au QG du Forum Européen de l’Éducation (FEE). Au moment où se tient à Berlin le Sommet des 38 ministres européens, ce Forum tient lieu de « contre-Sommet » pour débattre de l’avenir de l’enseignement supérieur.

C’est là que nous avons retrouvé Bastian Gronloh qui, malgré maintes sollicitations, a bien voulu accorder une interview au Bulletin du SNESUP.
Qu’il en soit ici remercié.
G. Lauton, Rédacteur en Chef

 

Gérard.
Bonjour Bastian. Tu fais partie du Collectif d’organisation des entretiens du Forum de l’Éducation de Berlin. Tu es notamment chargé de présider les deux séances plénières qui se tiendront dans le grand Auditorium de l’Université Humboldt. Peux-tu te présenter pour nos lecteurs ?

  • Bastian.
    Je suis étudiant à l’université de Essen située dans le Land Nordrhein-Westfalen (Westphalie), et membre élu du Conseil. Mon cursus porte à la fois sur les sciences physiques et sur la musique. J’ai 25 ans et je suis passionné de musique. Je me destine en fait à l’enseignement.

Gérard.
Comment as-tu été amené à devenir organisateur et porte-parole de ce Forum Européen de l’Éducation ?

  • Bastian.
    Je participe au FEE au titre du réseau associatif européen : « Education is not for sale »(*) dont je suis membre. Je me reconnais donc dans l’Appel « Une autre éducation est possible ! » lancé pour la tenue de ce Forum.

Gérard.
À propos du processus de Bologne, peux-tu dire quelques mots à nos lecteurs de l’enseignement supérieur allemand : sa physionomie actuelle et les changements en cours ?

  • Bastian.
    Les directives du processus de Bologne n’ont concerné jusqu’ici qu’une faible part des études supérieures en Allemagne. Aucune date n’est ainsi formulée pour sa mise en œuvre, hormis l’horizon 2007 s’agissant du cas de la Westphalie.

Gérard.
Les universités françaises sont fermement invitées à « basculer » dès aujourd’hui dans le système « LMD ». La pression est-elle moindre en Allemagne ?

  • Bastian.
    Nous sommes aussi soumis à une réelle pression sur deux points : appliquer la réforme et faire des économies … Mais les stratégies ne sont pas identiques.

Gérard.
Peux-tu nous dire ce qui est projeté pour les formations et diplômes ?

  • Bastian.
    Il est projeté de remplacer notre actuel Examen d’État (« Staatexam ») par un « Bachelor » obtenu au bout de 6 semestres et suivi, pour environ une moitié des étudiants, d’un « Master » obtenu au bout de 4 semestres, dont la vocation est avant tout la recherche. Le point de départ est notre baccalauréat (« Abitur »), qui s’obtient chez nous en principe à l’âge de 19 ans.

Gérard.
« Bachelor » et « Master » : s’agit-il seulement d’un changement de noms ? Quelles orientations se profilent-elles en matière d’objectifs et de contenus de formation ?

  • Bastian.
    Le champ du « Bachelor » serait nettement plus spécialisé que celui du « Staatexam » ; sa mise en place s’organiserait autour de références nationales, avec un rôle assez marginal donné au Supplément au diplôme. Les organisations étudiantes sont associées jusqu’ici à la discussion sur les programmes et modalités de la formation.

Gérard.
Quel est le point de vue des étudiants ? que cela change-t-il pour eux ?

  • Bastian.
    Nous sommes très mécontents de la façon dont se met en place le système des crédits. En effet, seules seraient décomptées les heures de travail de type présentiel, rien n’est prévu concernant le travail personnel, ce qui est très injuste.

Gérard.
Revenons sur la question des références nationales : existent-elles actuellement s’agissant du «Staatexam» ?

  • Bastian. Oui, à la faveur de conférences par grand champ au niveau fédéral, sans que cela ne revête un caractère décisionnel. Les experts sont très écoutés au sujet de la définition des cursus. S’agissant par exemple du Land Nordrhein-Westfalen, des informations sont disponibles sur le site officiel : www.nrw.de

Gérard.
Quel impact sur la reconnaissance mutuelle des diplômes ?

  • Bastian.
    Des formes de reconnaissance mutuelle sont déjà à l’œuvre, notamment via les échanges Erasmus, à des niveaux bilatéral ou multilatéral. Ce sont les contenus et les volumes de travail qui devraient être comparés.

Gérard.
Qu’en est-il du coût des études supérieures ?

  • Bastian.
    Elles sont en principe totalement gratuites en Allemagne. Mais seulement dans le cadre d’un parcours « normal ». Tout dépassement d’une moitié de la durée de référence, de même que toute poursuite d’études non « consécutive », donne lieu à une tarification, soit par exemple un montant de 650 € par semestre.

Gérard.
Quelle devrait être selon toi la portée du Forum qui commence aujourd’hui ?

  • Bastian.
    De nombreux pays sont représentés, ce qui devrait permettre de s’informer mutuellement sur la situation des universités et sur les politiques des différents états, de débattre de la situation en matière d’accès et de conditions d’études, et de formuler des alternatives !

Gérard.
Merci de cet échange et de ton accueil, bon succès pour le Forum dont le SNESUP est partie prenante, et dont nous informerons les lecteurs de notre Bulletin.

  • Bastian.
    Merci à la délégation du SNESUP que je me réjouis de rencontrer à cette occasion. Je partage votre démarche de large rassemblement pour œuvrer ensemble à un autre processus de changement de l’enseignement supérieur. Bien entendu, nous resterons en contact.

(*) « L’Éducation n’est pas une marchandise ».