Edito de M. Hérin

Publié le 16 juin 2004

Trois rencontres : comptes-rendus croisés sur des enjeux-clés
pour recherche et enseignement supérieur

D’Aubert, CIP, Direction de la Recherche :

Les relations Universités-Organismes de Recherche, l’activité, les statuts des enseignants-chercheurs focalisent l’attention du CIP. Les serrages budgétaires dirigent les propositions du Ministre de la Recherche. Le pouvoir de décision des seuls Présidents dans les « négociations » sur la contractualisation avec le Ministère est élevé au rang de principe intangible. Il est essentiel de dégager de ces trois rencontres, les enjeux, les points de confrontation, d’affrontements les plus directs parce que ces questions sont aussi des espaces où nous pouvons - et devons rapidement – rassembler, et notamment ce 25 juin, faire poids pour résister et proposer.


A) FSU-CIP : une rencontre ouverte, mais un débat biaisé.


L’audition de la FSU (G. Aschieri, J. Fossey pour le SNCS, M. Hérin pour le SNESUP) par le CIP (Comité d’Initiative pour les Etats Généraux dit "Beaulieu-Brézin") est en elle-même instructive. Une atmosphère détendue, qui se veut conviviale, une écoute cursive, pas de secrétariat ni de relevé précis de la discussion. Manifestement, le gouvernement n’accorde aucun moyen à une initiative qu’il a dû valider, et dont les développements démocratiques pourraient contrecarrer ses projet… Le risque est pourtant limité à ce niveau le plus crucial, tant par les méthodes que par les thématiques, ou plutôt le paradigme dans lequel s’est installé le CIP G. Aschieri pose au centre de la réflexion le rôle, l’atout, du Service Public de Recherche et d’Enseignement Supérieur, ses liens avec l’ensemble de l’Education Nationale, et avec le monde économique et social, culturel. Mais aucune une question n’est posée sur un axe qui pourtant appelle débat et développement. Les questions se sont focalisées sur trois points :


- les relations universités-organismes de recherche ;

Les 3 intervenants de la FSU ont développé la proposition de complémentarité, de développements diversifiés, d’une contractualisation démocratique entre universités et organismes. Ils se sont ensemble opposés aux projets réduisant les organismes de recherche à des agences de moyens, transformant les établissements en "universités-entreprises". Les arguments avancés par certains des intervenants du CIP sont habituels et pourtant inexacts. Le CNRS n’a pas de budget propre au sens LOLF, et caler le développement scientifique d’une université sur celui du CNRS n’a pas de sens. En bref, la réflexion en terme de coopération de mutualisation, de réseaux ouverts au développement scientifique, est difficile à engager dans le CIP. Tant les conceptions de l’autonomie-concurrence, de masses critiques et de pôles d’excellence, sont sensées apporter réponse aux développements des relations scientifiques mondiales, vues sous le seul angle de concurrence et de la marchandisation généralisée. Certes ce paradigme n’est pas partagé par tout le CIP, mais il en domine la réflexion.

- le service, le statut des enseignants-chercheurs, question provocatrice de E. Brézin :

il y a 15000 enseignants-chercheurs dans les équipes attachées aux grands organismes sur 54000 titulaires, quelle est l’activité de recherche des autres ? Le SNESUP lui demande de vérifier ces chiffres puisque à défaut d’information précise sur la recherche en université, les estimations actuelles sont de l’ordre de 44000 enseignants-chercheurs intégrés dans les équipes de recherche (mixte ou MSTP). Ces chiffres sont aussi ceux qu’avance la représentante de la CPU. La question sous-jacente est celle de la modulation-alourdissement des services d’enseignement et d’une évaluation conçue à cet effet. L’unité des missions des enseignants-chercheurs, les mesures concrètes pour que chacun puisse développer son activité de recherche passe au contraire par une amélioration significative des conditions de travail, une réduction des charges d’enseignement et d’administration, c’est dans ce cadre là que doit se situer une évaluation de l’ensemble des actions dans l’objectif d’aider à l’accomplissement de ces missions et non d’éclater les statuts et de hiérarchiser les enseignants-chercheurs. Il est difficile de savoir quelle sera la suite donnée à cette proposition du SNESUP posée directement en CIP.

- La 3ème question-clé – provocatrice - : les moyens


- "vous demandez des moyens considérables, et vous êtes pour le statu quo. Comment pouvez-vous justifier cela dans la population ? ".
En réponse le SNESUP précise que "la population" n’a pas cette analyse que l’université comme la recherche publique ont à leur crédit le développement considérable des 40 dernières années, sans les moyens correspondant. Alors nous ne pouvons pas accepter cet argument, et nous ne pouvons pas accepter la pauvreté des universités pas plus que celle de la recherche publique. C’est bien vers un doublement parallèle des 2 budgets, enseignement supérieur comme recherche qu’il faut aller. Dans les 2 cas, il faut passer de 0,6 % du PIB (les niveaux actuels) à 1,2 % par an.

B) D’Aubert : 0 création d’emploi dans le budget 2005 ?


La rencontre d’Aubert (ministre délégué à la recherche)-intersyndicale, SLR avait pour objet l’emploi scientifique. En fait, le ministre veut préparer l’acceptation du budget 2005. "Les choses ne sont pas très avancées. Il n’y a pas eu de rencontre entre le Ministère des Finances le 20 mai. La lettre de cadrage impose de descendre le déficit budgétaire au dessous de 3% du PIB, mais l’effort en recherche sera poursuivi avec une dotation de 3 000 000 € d’ici 2007. Le BCRD sera relevé (0,56 % du PIB en 2003) et des ressources spéciales (privatisations, vente de l’or…) seront affectées aux thématiques de recherche prioritaires". Au total, le gouvernement revient sur ses engagements notamment le milliard pour 2005 qui ne ferait plus que 800 millions d’euros, qui seraient aussi affectés à la recherche privé et fractionné entre budget de l’état et "caisse d’affectation spéciale", sans compter l’accroissement programmé du crédit impôt-recherche en déduction des ressources ! Ceci pour amener ces propos sur les emplois scientifiques "le budget est placé dans le cadre de la stabilité des emplois statutaires…". Ce qui veut dire en clair que le ministre ne tentera pas une nouvelle fois l’opération type 550 CDD au CNRS mais surtout qu’il n’y aura pas de création d’emplois 2005, avec cet argument effarant : "le budget 2005 ne peut pas préempter les conclusions des Etats Généraux", alors même que cette question des créations d’emplois est pratiquement évacuée des débats du CIP. Le ministre a dû lâcher 1000 emplois pour l’enseignement supérieur le 7 avril, en réponse au SNESUP, il précise de nouveau que ces 1000 emplois seront inscrits dans le budget 2004 (par la loi de Finances rectificative de décembre). Prétendre partir d’une base zéro emploi pour le budget 2005, est inacceptable et provocateur. Après une telle déclaration les protestations, les interventions doivent se développer, le risque est évident que sans cette nouvelle pression, le ministre et le gouvernement fassent passer cette régression pendant les prochains congés.

C) Contractualisation-Recherche


La recherche publique dans ses liens avec l’enseignement supérieur constitue un des fondements du service public. Le SNESUP est allé demander à la Direction de la Recherche les bilans de la contractualisation des établissements. Premier élément d’analyse, 44620 enseignants-chercheurs font partie des 3520 équipes recensées, soit 88 % d’entre eux. Les informations, même succinctes ne sont disponibles qu’ex post, une fois signé et scellé le contrat ! Ceci en vertu du principe régalien que l’état distribuant les crédits, c’est avec les Présidents qu’il négocie. Les rejets des demandes de constitution d’équipes de recherche ne sont pas évalués, ni même connus, ce qui interdit toute analyse et tout recours. A retenir cependant, des éléments d’information utiles pour intervenir. Cette contractualisation doit être engagée sur des bases démocratiques prenant en compte l’ensemble des missions des personnels comme des établissements, l’amélioration des conditions de travail et d’études, les besoins en emplois et en crédits correspondants. A l’opposé de ce qui est imposé dans nombre d’établissements, ce doit être l’affaire de la communauté universitaire et de ses représentants.

Trois rencontres, trois éclairages différents et une obligation pour le syndicat, pour la communauté universitaire : intervenir. Des décisions inacceptables, dangereuses se préparent pour les prochaines semaines. A tout prix, par toutes les initiatives possibles, informer, rassembler, intervenir.


Maurice Hérin

     


M. Hérin Secrétaire Général

     

Trois rencontres, trois éclairages différents et une obligation pour le syndicat, pour la communauté universitaire : intervenir. Des décisions inacceptables, dangereuses se préparent pour les prochaines semaines. A tout prix, par toutes les initiatives possibles, informer, rassembler, intervenir.