Docteurs: quel emploi?
Après le bilan des campagnes de recrutement 2004 des enseignants-chercheurs, J. Guyot dresse l'état des lieux de l'emploi des docteurs en 2005, qu'il analyse comme une situation catastrophique.
14 mars 2005
Auteur(s) :
Jacques
Guyot,
Responsable CNU au SNESUP
L’emploi des docteurs : une situation catastrophique !
Le bilan de la campagne 2004 de recrutement des enseignants chercheurs
pour les deux sessions est
disponible sur le site du ministère .
Il est accablant à beaucoup de points de vue mais en particulier
sur la situation des jeunes docteurs.
Mutations
10,8% des postes offerts ont été pourvus par voie de mutation.
C’est le taux le plus bas depuis 1998 et cela concerne aussi bien les
PR que les MC. Mais en fait, les candidats à
une mutation sont de plus en plus nombreux. Les recrutements de MC se
font à un âge moyen de 33 ans quand la plupart des recrutés
vivent en couples constitués. La montée du chômage dans
tous les niveaux d’activité, rend très difficile voire impossible
le déplacement du conjoint avec maintien d’un emploi salarié.
Il y a donc plus de candidats à une mutation
et moins de postes pourvus par mutation, en pourcentage et en nombre.
C’est une situation très préjudiciable, pour les collègues
concernés mais souvent aussi pour la bonne marche du service.
En donnant la possibilité de renvoyer la décision
d’accepter une mutation lors de la phase finale du recrutement, le ministère
a encore accru la concurrence entre candidats à une mutation et candidats
sur l’emploi.
Qualifications
Dans de nombreuses sections, les exigences en matière
de critères de qualification se sont durcies, tant en recherche
qu’en enseignement. Généralement, une bonne thèse
accompagnée de la mention « très honorable avec félicitations
» ne suffit plus s’il n’y a pas de publications dans des revues
de très haut niveau avec une expérience de l’enseignement
menée dans le cadre d’un emploi précaire. Tout cela
retarde l’âge de la qualification.
Malgré cela, 57,4% des dossiers MC, 59,3% des dossiers PR ont reçu
un avis favorable pour une qualification, ce qui témoigne de la qualité
des dossiers malgré des exigences en hausse.
Cependant, le taux de qualification est très variable selon les sections.
Signalons la situation aberrante du Droit Public où
le taux de qualification des MC est de 20,7% !. Comment croire que 4 thèses
sur 5 soutenues dans cette discipline ne peuvent pas conduire au niveau exigé
pour une maîtrise de conférences ! En fait,
la majorité de droite qui existe dans cette section n’applique
pas le texte réglementaire mais sa propre loi : celle du malthusianisme
et du pseudo élitisme sans réaction particulière du ministère.
Cette majorité n’est pas issue du scrutin des collègues
mais des nominations opérées par le ministre. Qu’adviendrait
il si toutes les instances d’évaluation et de recrutement étaient
majoritairement composées de nommés comme le propose le projet
de loi sur l’orientation et la programmation de la recherche ?
Recrutements : une situation catastrophique !
Alors qu’il est plus difficile d’être qualifié, 11,5%
des qualifiés MC de l’année 2004 ont obtenu un poste et
la qualification dans l’année, qui reste le moment le plus favorable
au recrutement. Dans des secteurs scientifiques aussi importants que la chimie
organique (section 32), la chimie des matériaux (section 33, la biologie
(section 64, 65, 66, 67, 68, 69), le taux de recrutement des qualifiés
2004 est de l’ordre de 5% ou inférieur.
On nous objecte souvent que l’on formerait trop de docteurs pour les besoins
de l’enseignement supérieur et que ceux ci doivent trouver un emploi
dans d’autres secteurs. S’il est vrai qu’il faut améliorer
l’insertion professionnelle des docteurs comme le réclament les
Etats Généraux de Grenoble, le projet de loi du gouvernement se
borne à proposer des cadeaux aux entreprises recrutant des docteurs faisant
ainsi payer par la collectivité une partie des coûts salariaux
et ne propose que 500 postes de MC par an en matière d’emploi public.
En réalité, de très nombreux docteurs, qualifiés le plus souvent, sont déjà chercheurs ou enseignants et chercheurs précaires : ATER ou demi poste d’ATER, vacataires, petits boulots mal payés et surexploités avec on l’a vu une perspective de recrutement qui ressemble de plus en plus à un mirage.
L’absence de créations d’emploi
(mis à part les 700 postes arrachés par la lutte l’an
dernier) ou leur nombre ridicule sont les principaux
responsables de cette situation.
Puisqu’ils exercent les mêmes responsabilités que
les titulaires et font le même travail en enseignement et en recherche,
tous ces jeunes collègues précaires devraient pouvoir être
recrutés sur des postes de fonctionnaires titulaires.
Les besoins existent et ils sont énormes
: 16 000 postes selon un enquête du ministère, plus de 30 000 selon
le SNESUP en appliquant les normes d’encadrement SAN REMO., beaucoup plus
si l’on mettait en œuvre les demandes des Etats Généraux
de Grenoble comme par exemple un demi service d’enseignement pendant 3
ans pour les MC recrutés, un service d’enseignement ramené
à 150 h pour tous les enseignants chercheurs.
La bataille actuelle pour une loi d’Orientation
et de Programmation de la Recherche est décisive !