Défendre et rénover le service public d'ESR
Défendre et rénover le service public d'ESR
Il ne faut pas lâcher ce qui fait l'essence même du service public : la notion d'intérêt général (qui doit être construit de façon démocratique et donc à l'opposé du pilotage actuel bureaucratique et technocratique) et les moyens publics (personnels à statut national). La bataille qui est menée par l'idéologie libérale consiste, au nom de la liberté, de l'efficacité (lutter contre les lourdeurs administratives) et des économies budgétaires à faire sauter dans un premier temps le second élément (le statut national des personnels). Le service public sera délégué au mieux à des opérateurs publics (avec un contrat et non plus un statut) et au pire, au privé (par l'externalisation ou la sous-traitance). Perdre le statut de fonctionnaire c'est perdre justement la possibilité de faire une recherche déconnectée de ses applications économiques immédiates. Le statut de fonctionnaire permet l'indépendance vis-à-vis des groupes de pression politiques, économiques, financiers, etc. C'est cette indépendance qui est menacée avec l'autonomie régulée ou non.Depuis les lois LRU et Recherche (avec les RCE), il est proposé à l'universitaire d'échanger son droit d'ainesse-indépendance contre un plat de lentilles-d'autonomie-liberté. La liberté dont il est question avec l'autonomie est la liberté dans la concurrence.
En résumé, l'approfondissement du fonctionnement démocratique du service public (à l'opposé d'une externalisation ou d'une étatisation) et le financement public des missions de l'ESR définies par la loi, couplés à l'amélioration de la formation (quasiment inexistante sur les plans pédagogique et administratif) des fonctionnaires universitaires et à l'autonomie fonctionnelle et à l'indépendance dont ils bénéficient de par la loi et la Constitution, doivent permettre à l'ESR, dans le cadre d'un service public rénové, de relever les défis de la formation (notamment le défi de la démocratisation de l'accès et de la réussite du plus grand nombre) et de la recherche.
« Entre le fort et le faible, entre le pauvre et le riche, entre le maître et le serviteur c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit », Henri Lacordaire (1802-1862).
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Alain Portron (Université Le Havre)
