Coopérations universitaires : êtes-vous PRES ?

Publié le 16 avril 2010

Congrès d'Étude Dunkerque 2006

Coopérations universitaires : êtes-vous PRES ?

 

La bataille des PRES

Le prétendu « Pacte pour la Recherche » vient d'être voté. Une disposition phare de la loi est l'instauration de structures de coopération les PRES , dont le statut pourra aller de la simple convention à la création de nouveaux établissements : les EPCS.

Mais sans attendre la loi, souvent bien loin des conseils, présidents, directeurs, conseillers et élus locaux s'agitent, négocient, bataillent pour redessiner à coups de PRES le paysage universitaire. Et si le mot PRES est né dans les débats préparatoires aux États Généraux de Grenoble, l'esprit de coopération et de service public semble bien absent de ces conclaves.

Le débat syndical doit s'emparer de ces questions, et nos élus, nos militants doivent mettre au jour les enjeux, afin de convaincre nos collègues de rentrer dans cette bataille comme acteurs sous peine d'en être victimes. C'est donc tout naturellement que la direction du SNESUP a mis cette question de l'heure au centre des débats de notre Congrès.
Rapide état des lieux

La première constatation qui frappe l'œil à la lecture de la carte actuelle des projets de PRES est la diversité. Qu'elle concerne le périmètre ou le statut des projets actuels, cette diversité interroge et amène plusieurs questions :

Par exemple, la volonté de certains de porter un PRES « Université de Lyon » à partir de 2 universités et d'une école n'oblige t'elle pas Saint-Étienne à se tourner vers Clermont-Ferrand au mépris de la géographie physique et universitaire ? Le PRES dans ce cas ne choisit-il pas l'espace ville contre l'espace région ?

On pourrait penser les universités implantées dans les villes moyennes mieux traitées par les PRES régionaux. Mais la structuration des écoles doctorales qui s'impose via les PRES dans le grand Ouest remet en cause l'équilibre actuel des masters et cause des difficultés à Angers. Comment survivre face aux mégapoles ? Quelle cohérence scientifique entre les politiques du CNRS et des PRES par exemple ? La loi a introduit aussi des « réseaux thématiques ». Quelle cohérence là aussi entre pôles et ces réseaux ou les réseaux déjà existants ?

La diversité des réponses amène aussi à poser la question première : « Des PRES, oui mais pourquoi ? ». L'argument de la visibilité, souvent posé en dogme, n'est pas incontournable. Et la lecture des conclusions du colloque CPU montre que « le » modèle sous-jacent est l'université de 100.000 étudiants et que l'objectif à terme (parfois affiché) est la fusion des établissements. Au delà des effets traumatiques du classement de Shangaï, est-ce vraiment le bon modèle ?

La mise en place concrètes des PRES amène aussi d'autres interrogations. La plus évidente réside dans le caractère opaque de cette élaboration. Ainsi le ministère dialogue t'il avec le seul RUOA, club des présidents, dans le grand Ouest. Cette méthode en dit d'ores et déjà long sur les ambitions démocratiques des projets actuels. Mais d'autres questions plus inattendues surgissent parfois. Ainsi, s'intègrent aux PRES des établissements privés, leur accordant une légitimité qui fait parfois peu de cas de leur surface scientifique réelle.

Enfin, la revue des projets confirme (s'il en était besoin) la volonté d'un pilotage par la recherche de la carte universitaire. Ajoutez les pôles de compétitivité qui ne comptent pas se faire oublier et s'impose la conclusion que les PRES contribuent à redessiner le paysage et rebattent un peu plus les cartes.

Redistribuer les cartes : au bénéfice de qui ?

Le débat syndical ne peut se limiter au constat ci-dessus ébauché. Le SNESUP doit poser clairement la question des enjeux.

Enjeu économique tout d'abord. La logique de pôle dans laquelle les PRES s'inscrivent interfère inévitablement avec la question des moyens. Alors que les PRES vont être vendus comme un plus, ne seront ils pas synonymes de redéploiement et donc de moins en termes budgétaires et de postes ? Les PRES ne s'inscrivent-ils pas dans un processus de « restructuration industrielle » du secteur universitaire ? Faut il refuser les PRES en bloc à ce seul motif ?

Enjeu législatif ensuite : en créant de nouveaux établissements qui vont imposer un autre mode de gouvernance plus favorable aux présidents et aux « experts », n'est-ce pas une logique de contournement de la loi de 1984 qui se met en place ?

Enjeu historique car dans la bataille des PRES, se joue aussi la question du rapport entre universités et écoles. La perspective de perdre la délivrance du doctorat est vécue comme inacceptable dans des écoles délivrant plus de 100 thèses par an et les amènent à se demander : « les universités auront-elles notre peau ? » . A l'opposé dans d'autres régions, les écoles s'activent pour être au cœur des projets au détriment d'une culture plus universitaire et moins élitiste. Comment résoudre de manière satisfaisante cet antagonisme ? Bien au contraire, quelles formes de coopérations pour faire avancer l'idée d'une vraie dualité entre écoles et universités ?

Enjeu politique enfin car derrière la coopération, joue aussi une logique d'éclatement. Même si les présidents se défendent du modèle de collège universitaire, ce dernier se lit en creux dans des projets de PRES qui captent doctorats, masters recherche et coopérations industrielles. Cette coupure serait une ligne de fracture supplémentaire dans notre milieu. Ne serions nous pas en train de passer de plusieurs universités/un métier à une université/plusieurs métiers ?

Au-delà de la seule réaction à des attaques ou à des risques, nul autre que nous ne posera la question en termes offensifs, sur le terrain des valeurs que nous portons. Et donc de compléter la question « Des PRES pour faire quoi ? » par : « Pour juguler ou pour accroître la montée des inégalités ? ».

Quelle action syndicale ?

Notre Congrès est un moment de réflexion, mais aussi d'action. La question des PRES, et la question régionale se posent maintenant. Nous ne pouvons pas attendre qu'il soit trop tard pour agir.

Si un texte de problématique se doit de poser les questions, et donc de souligner les risques et les enjeux cachés (plus ou moins) d'une structure comme les PRES, cela n'invalide pas la question « Peut-on être contre les coopérations ? ». Doit-on combattre le principe ou infléchir la pratique ? Existe t'il sur le terrain une marge de manœuvre, des possibilités d'action ?

Si oui, quelles finalités pour un bon PRES ? Et quelles conditions imposer aux structures ? Comment réaliser une synergie positive, de service public, entre recherche, formations, interactions (avec le social, l'économique, le politique) ? Peut-on maîtriser la concurrence ?
Le débat aura donc à donner quelques outils d'action face à des projets bien réels et bien avancés sur « le terrain ». La question de nos modes d'interventions sur les PRES est une des finalités de ce congrès.

Mais ces interventions doivent d'abord partir de nos propositions pour les faire connaître et les faire vivre.

Les États Généraux de Grenoble se voulaient des États Généraux de LA Recherche, et l'esprit était bien de rassembler tous les « chercheurs et chercheuses » au-delà des statuts, des lieux d'exercice, des disciplines. Quelles propositions mettre ou remettre sur la table pour une meilleure coopération entre universités et organismes, entre chercheurs et enseignants chercheurs ? Car à l'heure où le Congrès fera un premier bilan du rapprochement avec le SNCS, c'est bien la question « de nouvelles coopérations » que le SNESUP entend poser avec force.

Traiter de la dimension internationale participera de la même dynamique, et l'actualité parlementaire sur « l'immigration choisie » donnera une résonance particulière à nos réflexions sur de vraies coopérations internationales universitaires et universelles face à « l'économie » (concurrente) de la connaissance. Cette partie du débat devra bien entendu donner un relief privilégié au périmètre européen, qui participe de plus en plus concrètement au quotidien de chacun.

Enfin, l'intervention du SNESUP face aux PRES ne saurait se limiter ... aux seuls PRES !

La question des territoires, du service public impose de la poser au niveau régional. La Région Rhône Alpes réfléchit à la mise en place d'un Conseil Supérieur Régional, le CRESERT alors qu'en Île de France, des PICRI font leurs premiers pas. Au-delà de la mutualisation des expériences, nous retrouvons ici un autre thème de ce congrès : le développement et la structuration de nos forces et de nos interventions au niveau régional et inter établissements.

La coopération sera syndicale aussi !

 

 

Petit lexique des sigles nouveaux & anciens :

  • PRES = Pôle de Recherche et d'Enseignement Supérieur ;
  • EPCS = Établissement Public de Coopération Scientifique ;
  • RUOA = Réseau Universitaire Ouest-Atlantique (www.ruoa.org) ;
  • CPU = Conférence des Présidents d'Universités (www.cpu.fr);
  • CRESERT = Conseil Régional de l'Enseignement Supérieur, de la Recherche et de la Technologie (www.cr-rhone-alpes.fr) ;
  • PICRI = Partenariats Institutions-Citoyens pour la Recherche et l'Innovation ( www.iledefrance.fr ).

 

 

contribution au forum

 

Re: Nouvelles coopérations : êtes-vous PRES ?
posté le :
17/05/2006
Auteur :
Eric Massé
Petite contribution sur les aventures extraordinaires de l'école doctorale de l'ULCO et CR du séminaire snesup Nord Pas de Calais sur l'organisation régionale de la recherche :


L'École Doctorale de l'Université du Littoral Côte d'Opale
Les Ecoles Doctorales dans la région Nord-Pas de Calais et la coopération au niveau régional


L'avis négatif des experts sur le renouvellement de l'accréditation de l'ED de l'ULCO était en soi très inquiétant, il était à mettre en relation avec les menaces qui planent sur les petites et moyennes universités d'une transformation en collège universitaire et il pouvait légitimement être considéré comme une première étape dans cette direction.
Ces menaces ne sont pas nouvelles.

Notre premier réflexe, dans la section et au niveau académique voire national a été, logiquement, de refuser cette suppression et d'appeler les principaux concernés à la mobilisation. Mais nos appels n'ont pas été suivis et il n'y a pas eu mobilisation chez les collègues ni même, à vrai dire, dans la section et au sein de son bureau.

Je pense qu'il est absurde de prétendre que cette absence de mobilisation soit due à la passivité, ce serait beaucoup trop réducteur, les causes en sont multiples et complexes. Les collègues impliqués dans la recherche, et il y en a quand même un certain nombre, sont attentifs aux conditions qui leurs sont faites pour cette recherche et ils ne se laisseraient pas passivement tondre et priver de moyens. De même notre section et son bureau comptent de nombreux et véritables militants syndicaux qu'il serait insultant de soupçonner de passivité, de soumission ou de manque de réflexion. Je pense donc qu'ils ont tout simplement considéré qu'il valait mieux tenter les coopérations plutôt que de se battre, contre l'avis des experts, pour conserver une ED d'établissement.

Dès lors la décision de la section Littoral et du groupe académique de prendre l'initiative sur le terrain des coopérations régionales au lieu de se battre pour le statut quo n'est pas un pis aller consécutif à une supposée passivité des collègues mais au contraire une tentative de sortie de crise par le haut, une tentative de dépassement dialectique des contradictions et une décision stratégique pour répondre comme nous y sommes obligés aux dangers réels qui menacent les universités du Littoral, de l'Artois et de Valenciennes et qui menacent tout autant les universités lilloises qui ne sont pas, à ma connaissance, immunisées contre l'ultralibéralisme et la paupérisation du service public de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Les réflexes, les habitudes, le manque de temps, le tout fonctionnant en cercle vicieux, font qu'il est plus facile de se « battre contre » que d'inventer et de construire, mais nous avons décidé de nous « battre pour », pour des coopérations sans subordinations, décidées librement et fonctionnant démocratiquement, permettant l'irrigation de l'ensemble du territoire par une recherche et une offre de formations de hauts niveaux. La première étape de ce combat fut l'organisation du séminaire syndical régional du 10 mars dernier auquel ont participé plus de 45 camarades des universités de la région et dont le compte rendu figure ci-dessous. D'autres étapes suivront, elles ont été retardées par la lutte victorieuse contre le CPE, et nous comptons sur les débats lors du congrès d'étude des 18 et 19 mai pour nous aider dans cette voie.

Notons enfin que les présidents des universités de la région semblent s'être mis d'accord pour la création d'un PRES "Lille-Nord de la France" destiné entre autre à mutualiser toutes les écoles doctorales.

Éric Massé, secrétaire de la section Littoral.
CR du séminaire syndical régional du 10 mars 2006.

 

 

 

Séminaire syndical SNESUP Région Nord Pas de Calais
10 mars 2006, université Lille 3

« L'organisation régionale de la recherche »

Compte-rendu (Philippe Enclos, Christophe Séguinot)

 

Introduction

L'idée de ce séminaire est apparue lors d'une réunion de la structure académique du SNESUP de la région Nord Pas de Calais portant sur la stratégie à adopter face au non renouvellement de l'habilitation de l'école doctorale (ED) de l'Université du Littoral Côte d'Opale (ULCO).
L'objectif était triple :
- faire débattre ensemble, pour la première fois, des syndiqués et sympathisants proches, fortement investis dans les activités de recherche, des 6 universités de l'académie : Lille 1, Lille 2, Lille 3, Valenciennes, Artois, Littoral, et de celle d'Amiens (partiellement impliquée dans les rumeurs de reconfiguration régionale),
- commencer à dresser un état des lieux de l'organisation de la recherche universitaire dans la région,
- engager un processus d'élaboration collective d'orientations syndicales générales de nature à fonder des perspectives d'action.
L'organisation de ce séminaire s'est heurtée à une difficulté de mobilisation dans certains établissements (campagne électorale présidentielle à Amiens, faible présence syndicale à l'Artois, etc.) et au début du mouvement anti-CPE, lequel a d'ailleurs fortement retardé le présent compte-rendu. La tenue de Conseils à la date du séminaire nous a privés de la participation de plusieurs camarades, notamment investis de responsabilités institutionnelles.
Malgré cela, le séminaire a rassemblé, de 14h à 18h, une quarantaine de personnes (principalement Littoral, Lille 3, Lille 1 et Valenciennes). Les travaux se sont déroulés en deux phases : deux ateliers simultanés « sciences dures » et « SHS », puis une assemblée plénière.
Initialement, le projet prévoyait un deuxième séminaire sur le même thème avant le congrès d'étude du SNESUP, mais le mouvement anti-CPE est passé au premier plan. Toutefois, la nécessité de poursuivre la réflexion demeure.

 

Atelier « sciences dures »

 

1- Etat des lieux de la recherche

La première partie de l'atelier a porté essentiellement sur les fédérations de recherche et les regroupements de laboratoires. Il y a des cas où tout se passe bien ; mais ce n'est pas général. Tout dépend de l'existence d'un projet commun ou d'une politique commune. Dans les fédérations, les laboratoires font leur propre politique contrairement à ce qui se ferait dans les PRES.

L'état des lieux qui suit n'est pas exhaustif. Il ne reflète que les laboratoires dans lesquels les participants du séminaire effectuent leurs recherches.

  • LTPMC (Thermophysique de la Matière Condensée, Lille 1) est associé à un laboratoire lillois, plusieurs autres labos sont impliqués dans l'IREMI.
  • CERLA : fédération de recherche (FR CNRS 2416) bien structurée associant Lille 1 et l'Artois et un labo de l'école des mines de Douai. En tout, il y a 5 labos dont 3 UMR.
  • GRAISHIM (Groupement de recherche en automatisation intégrée et systèmes homme-machine) : associe l'ensemble des labos d'automatique régionaux privés et publics. Il a pris la forme d'une fédération de laboratoires. Le laboratoire d'automatismes de l'Artois a pu se développer grâce au GRAISHIM.
  • Les FEDERATIONS DE RECHERCHE ont du mal à vivre. La coopération est plus effective lorsque les entités sont géographiquement proches de Lille 1. Les FR soutiennent les équipes en émergence, elles drainent beaucoup de crédits. Les thématiques des labos y sont disjointes. Les labos qui y sont associés le sont partiellement (exemple une partie du LAMIH est dans le GRAISHIM). Les labos restent donc financièrement indépendants.
  • MATHEMATIQUES : une FR se crée en NPdC (Valenciennes, Lille 1, Artois, Littoral). Les labos ont une commission des thèses commune. Les DEA se sont transformés en master de maths pures sur les 4 Universités et Maths appliqués sur 3 sites. Les 4 labos du NPdC s'associent à un labo d'Amiens dans le cadre d'un plan pluri-formations permettant de mettre en commun séminaires et colloques...
  • STAPS présentes dans le LAMIH, LAMAPS et le LEM (Ronchin). Un master recherche régional a été créé. Une fédération des équipes de recherche associant 1 labo anglais et 1 labo belge est envisagée aves le PUEL.
  • BIOLOGIE. Au Littoral, la station marine de Wimereux a une coopération difficile avec Lille 1 (les labos de biologie sont essentiellement à Lille 1). Le labo de biologie du Littoral a reçu un avis favorable pour 2 ans seulement. Faut-il un rapprochement avec les labos lillois ? Fau-il se rapprocher du pôle de compétitivité « mer » de Boulogne sur mer ?
    La biologie sur Lille 1 souffre d'un éparpillement de petites équipes et manque de structuration à l'opposé de la situation de Lille 2 (plusieurs équipes associées à l'INSERM).
  • Les STIC au Littoral Les labos de moins de 15 permanents sont condamnés. Ils doivent se structurer et s'intégrer dabs les grosses structures. Les STIC s'interrogent sur leur avenir.
  • L'IEMN est une UMR regroupant des labos de Lille 1, Valenciennes et l'ISEN. Face à la politique de recherche de l'UMR, les équipes qui ne sont pas dans les axes principaux de recherche ont du mal à vivre.
  • Pôle PEPSAT (Pôle de compétences européen sur le positionnement satellitaire appliqué à la mobilité terrestre) Le système fédératif par son effet de masse permet de faciliter la récupération des crédits. Mais il n'y a pas forcément une politique de recherche associée. Les grosses équipes ont du poids ; les thèmes marginaux sont en sursis. La représentation et la défense des intérêts des petites unités restent un problème.
  • L'ASTRONOMIE à Lille 1 regroupe 3 personnes qui étaient jusqu'à récemment rattachées à une UMR parisienne ce qui permet la participation à une vie scientifique, une reconnaissance et l'évaluation par le CNRS. Sans ce rattachement, il n'y aurait plus d'astronomie à Lille. Mais l'astronomie est perçue par Lille 1 comme une UMR parisienne ; on la soutient peu ; elle a des problèmes de survie.

2- A propos des projets régionaux et des PRES

Crédits récurrents. Le soutien financier en crédits récurrents est fondamental. Si le regroupement permet le renforcement par des crédits obtenus sur appel à projets, il met aussi en cause l'existence d'équipes dès que « le vent tourne », chose fréquente.

Financement régional. La région assure une part non négligeable du financement de la recherche, tous les labos régionaux sont éligibles à ces financements. Comment assurer le financement des thèmes autres que l'aménagement du territoire à l'échelle régionale ? Quelle compétence en région gère aujourd'hui le financement de la recherche ? Comme la région deviendra un contributeur majeur du financement, ne faudrait-il pas qu'elle se dote d'un « conseil scientifique » ?

PRES et regroupements. Le ministère demande des regroupements. Si les équipes n'ont pas de thématique communes, pourquoi les regrouper ? La fusion et les regroupements ne doivent pas être des montages structurels sans fondations solides. Il faut une politique scientifique adossée à chaque regroupement. En automatisme sur le littoral, les labos lillois ont joué le jeu du soutien au littoral.
L'agglomération de laboratoires publics et privés dans les futurs PRES ou fondations : quelle lisibilité pour la recherche publique ? Faut-il craindre le dépérissement des Universités dites périphériques ? Tout dépendra de la politique des PRES, donc de la composition de leurs CA. Il faut donc des instances de décisions comportant des élus et statuant en toute transparence.
Faut-il aller systématiquement vers les regroupements associant le CNRS alors que les Universités ont refusé de perdre le pilotage de leur politique de recherche ? Le CNRS est une structure capable d'évaluer, de distribuer des crédits en transparence selon une politique de recherche. Le CNRS est vraisemblablement mieux à même de soutenir les projets émergeant que l'ANR.

Que deviendront les Universités. La politique de regroupement tend à supprimer les Universités dite périphériques ; elle s'oppose à la politique régionale d'aménagement du territoire qui a crée des Universités à proximité des bassins d'emplois.
On peut envisager une carte régionale des formations, mais « Lille sait tout faire ! ». En biologie, les masters régionaux ont été élaborés en concertation, comme on l'aurait fait dans le cadre d'une carte régionale des formations.

Projets actuels de regroupement. Les présidents d'Universités du NPdC ne semblent pas d'accord sur un projet commun. Le PUEL a été cité comme support d'un PRES mais cela est très irréaliste. La région serait favorable à une Université Lilloise (Lille I + 2 + 3). Jack Lang aurait un projet d'Université septentrionale.

ED régionale. C'est envisageable mais avec le souci d'une politique de répartition des activités de recherche partout en région ; pour maintenir des formations jusqu'au Master sur tout le territoire. Si on ferme les labos pour raison d'absence de masse critique, on ne peut plus assurer de formations jusqu'au niveau Master. Une ED régionale ne doit pas restreindre les financements à quelques thématiques.

 

Atelier « SHS »

 

1. réflexion générale

L'atelier a commencé par discuter du panorama et de la structuration de la recherche en NPdC, par discipline, en soulignant que les logiques étaient plus celle de concurrence que celle de coopération entre les différents acteurs, par exemple dans le cas du droit (Lille 2/Douai/Valenciennes). Concurrence également entre les universités en matière de partenariats avec des organismes tiers (fédération catholique de Lille, écoles de commerce privées...), et parfois concurrence entre disciplines (économie/gestion, droit/science politique...).

Le « regroupement forcé » de labos pour atteindre des « masses critiques » fait débat, en particulier pour les disciplines dites orphelines. Quelles stratégies doivent être adoptées face à cette politique ? De manière générale, les regroupements de laboratoires peuvent être utiles en présence de programmes scientifiques convergents, mais l'ensemble des personnels doit être associé à la démarche.

Le groupe a aussi constaté l'existence de deux types de discours contradictoires : d'une part, le discours du Ministère qui semble valoriser le « regroupement pour le regroupement » (visibilité internationale), autour de l'idée d'un réseau NPdC ou « Grand Nord » qui aboutirait à l'exclusion de certaines disciplines ou à l'inverse à la récupération forcée de certaines disciplines pour atteindre la « masse critique », en dehors de toute logique scientifique. D'autre part, le discours du CNRS qui semble favoriser le recentrage par sections.
Au plan national, la méthode CNRS de regroupement repose sur des accords passés entre la DG et les présidences d'établissement, sans que les personnels soient associés, ce qui suscite l'hostilité du Comité national.

2. questionnement des universités « périphériques »

L'enjeu central est l'existence d'équipes de recherche et d'activités de recherche dans les universités « périphériques » ou l'absorption à terme par les « grandes » universités. En SHS, l'implantation matérielle des labos est moins importante qu'en sciences « dures » (quasiment pas d'équipements lourds).

Lille 1 : quelle stratégie adopter face au regroupement imposé pour atteindre une taille critique ? Quelle est cette taille ? En SHS, de nombreuses équipes d'accueil comptent un faible nombre de membres, ce qui fait penser qu'elles n'atteignent pas ce seuil (bien qu'il n'y ait pas de chiffrage officiel).

Valenciennes : quelle université peut avoir des programmes de Master recherche ? Faut-il une masse critique de doctorants ? Quels regroupements faire, accepter ou refuser ?

Artois : une équipe d'accueil a été refusée par le Ministère mais a reçu le soutien du conseil scientifique, des stratégies de « contournement » peuvent être élaborées. Il existe un Master en cohabilitation avec le Littoral, mais celui-ci pose la question de la mobilité des étudiants. Quelle stratégie ? Regroupement sous forme de réseau ou l'absorption est-elle souhaitable ? Ou inévitable ?
L'ED de l'Artois n'a été habilitée que pour deux ans : elle semble vouée à disparaître comme celle du Littoral.

Le rattachement des labos orphelins de leur ED locale à des ED des 3 universités lilloises remet-il en cause leur maintien dans leur établissement d'origine, ou est-ce seulement une mesure administrative sans conséquence sur les activités scientifiques ?

3. les différents acteurs de la recherche

Le groupe s'est ensuite interrogé sur les PRES et les multiples acteurs de la recherche au plan régional/national. Les PRES, tout comme le concept de « réseaux de recherche » semblent une structure floue dont le but paraît être de déconnecter la recherche des structures « classiques ». Personne ne semble en connaître la structure juridique ni le fonctionnement concret envisagé.

Les écoles doctorales s'interrogent sur leur fonctionnement : le financement des thèses doit-il être une condition préalable à l'inscription ? Les thématiques doivent-elles être imposées, fléchées ou laissées libres ? Depuis janvier, les ATER sont financièrement gérés par l'université : quels effets sur les politiques scientifiques ? Enfin, on assiste à une course qui de plus en plus impose la réalisation d'une thèse en trois - quatre ans, puis l'accès au poste et le passage d'une HDR, ce qui reflète, pour certains, une gestion très pragmatique et individualiste des jeunes chercheurs, auxquels, par ailleurs, il est demandé un niveau de qualification de plus en plus élevé (nombre de publications, internationalisation, etc.).

Au plan des universités, on assiste à une disparition du « calendrier scientifique » aggravée par les calendriers LMD, les enseignants-chercheurs peuvent de moins en moins libérer des plages de temps suffisantes pour leurs recherches. Pourtant, les universités profilent de plus en plus les postes de MCF en fonction des politiques scientifiques d'établissement.

Le Pôle Universitaire Européen de Lille : quel rôle scientifique joue-t-il réellement aujourd'hui ?..

Fédérations de recherche : IFRESI et MSH Érasme : les logiques semblent concurrentes (la création de la MSH s'est faite dans un contexte conflictuel de critique de l'IFRESI et de concurrence entre universités). Comment s'inscrivent réellement ces FR dans une structuration régionale de la recherche ?

Pôles de compétitivité : il ne semble pas que des labos de SHS participent aux pôles régionaux, sauf une équipe de sciences de gestion. Il serait utile de recenser les labos membres de ces pôles et de rassembler des infos auprès de leurs personnels.

CNRS : les questionnements rencontrés par le CNRS aujourd'hui semblent assez éloignés de ceux des universités.