Communiqué de l’Assemblée Générale des enseignant·es et personnels de Sciences Po Paris

Publié le 15 octobre 2026

À la suite de la mobilisation historique des lycéen·nes, un mouvement social d’ampleur inédite est en cours dans les universités du pays, qui affecte plus de 90 % des établissements du supérieur. Les revendications du mouvement autour du manque chronique de moyens pour l’enseignement et la recherche sont portées par le Collectif Doctorant de Sciences Po, Sud Éduc IEP, Force Ouvrière - Autonomes pour Sciences Po ainsi que par l’assemblée générale des enseignant·es et personnels réunie ce jour, le 12 octobre 2026, place saint Thomas d·Aquin et en visioconférence (environ 100 présent·es).

Nous soutenons pleinement la mobilisation et appelons les doctorant·es, les enseignant·es ainsi que l’ensemble des personnels non-enseignant·es de Sciences Po, à la soutenir et à la rejoindre.

Comme nos collègues de l’Éducation Nationale, nous dénonçons le manque de moyens grandissants dans l’enseignement supérieur et la recherche : raréfaction des postes, détérioration des conditions de travail, en particulier des salarié·es et enseignant·es contractuel·les. Comme les lycéen·nes et les étudiant·es, nous regrettons que nos parcours universitaires soient précarisés, confrontés au sous-financement et de plus en plus contraints par des menaces portant sur les libertés académiques.

Nous condamnons fermement la répression du mouvement en cours (4 400 mineur·es placé·es en GAV) et les violences policières horrifiantes auxquelles nous assistons. Les mutilations (mains arrachées, visages éborgnés et fracturés) provoquées par des « armes à létalité réduite » pendant les manifestations lycéennes continuent de nous choquer et de nous révolter. Dans le cas spécifique de Sciences Po, nous dénonçons les violences du mercredi 7 octobre survenues aux abords du campus de Paris : des vidéos et photographies montrent des étudiant·es pacifiques violemment réprimé·es à coups de matraque, de gaz lacrymogènes et de nasses (condamnées par la Cour Européenne des Droits de l’Homme). Nous regrettons que l’administration de Sciences Po n’ait pas tout mis en place pour protéger ses étudiant·es d’un tel déferlement de violences et ait eu au contraire recours à une logique d’intimidation à leur égard (cf. réunion sur Zoom entre la direction et les étudiant·es après le blocus).

En réponse au mouvement, la direction de Sciences Po a choisi la stratégie du lock-out et a décidé unilatéralement de fermer tous les campus parisiens et de basculer les cours en distanciel. En empêchant l’accès aux bâtiments et toute possibilité de se trouver sur son lieu d'étude ou de travail, l’administration entend affaiblir le rapport de force instauré par la mobilisation étudiante et empêche les personnels et enseignant·es d’exercer pleinement leur droit syndical.

En soutien aux étudiant·es mobilisé·es et dans le contexte très défavorable du basculement en distanciel, qui implique son lot d’inégalités et de souffrances psychologiques pour les étudiant·es, nous appelons les enseignant·es de Sciences Po à refuser d’assurer leurs cours en visioconférence. L’accord-cadre du 3 juillet 2023 exclue les activités d’enseignement du télétravail. Le recours au distanciel, encadré par le droit de l’éducation, est illégal lorsqu’il n’est pas décidé en amont au sein des différents conseils de l’établissement (conformément à l’article 6 de l’arrêté du 22 janvier 2014 fixant le cadre national des formations conduisant à la délivrance des diplômes nationaux de licence, de licence professionnelle et de master). Il n’est notamment pas prévu qu’il s’applique automatiquement à une situation de fermeture administrative d’une université.

Nous appelons a minima les enseignant·es à lever l’assiduité de leurs cours dispensés en ligne, pour ne pas pénaliser les étudiant·es – du fait de la rupture d’égalité entre elles et eux dans leur accès à des conditions matérielles correctes (espaces de travail, matériel informatique, connexion internet) – et pour ne pas entraver la mobilisation.

L'assemblée générale réunie le lundi 12 octobre a voté à l'unanimité une journée de grève le mardi 13 octobre 2026 reconductible, le refus des cours en distanciel et rappelle le droit de grève : un·e enseignant·e gréviste ne rattrapera pas ses cours, conformément à ses droits.

Nos revendications s’inscrivent à la fois dans la continuité de celles des lycéen·nes et étudiant·es mobilisé·es et dans le contexte propre à Sciences Po Paris.

  • L’arrêt immédiat de l’utilisation d’armes mutilantes par les forces de l’ordre,
  • la suppression de la réforme Blanquer du baccalauréat, de ParcoursSup et de Mon master,
  • l’abrogation du décret « Bienvenue en France » et la suppression des critères de nationalité dans le calcul des frais de scolarité,
  • la revalorisation des bourses et des APL,
  • la revalorisation générale des salaires dans toute la fonction publique et en particulier ceux des catégories B et C, des ATER et des contractuel·les,
  • la revalorisation des heures de vacation,
  • l’arrêt du recours à la sous-traitance, la fin des contrats précaires, la contractualisation de tous les personnels non-enseignants,
  • l’alignement du salaire du directeur de Sciences Po sur les grilles salariales des présidents d’université français,
  • le respect du droit syndical par la direction de Sciences Po : les syndicats de l'établissement doivent pouvoir communiquer à l’ensemble des membres de la communauté éducative par mail et se réunir sur leur lieu de travail,
  • la réouverture du campus pour donner la possibilité d’avoir des lieux d'échange et de dialogue entre enseignant·es et étudiant·es
  • la fin du recours systématique à l'enseignement à distance
  • l’annulation des galops de mi-semestre prévus cette semaine et ce samedi, qui ne sont pas préparés dans de bonnes conditions

L’assemblée générale appelle l’ensemble des enseignant·es et des personnels de Sciences Po à manifester leur soutien envers les lycéen·nes et étudiant·es et mobilisé·es et à rejoindre les manifestations du mardi 13 octobre 2026, à 14h, soit au départ de la place d’Italie, soit au départ de l’Hôtel de Ville.

Nous invitons les personnels et enseignant·es de Sciences Po à se réunir de nouveau en assemblée générale lundi 19 octobre 2026, à 17h, sur la place St Thomas et en visioconférence.

L’Assemblée Générale du 12 octobre

Le Collectif Doctorant·es de Sciences Po

Force Ouvrière – Autonomes pour Sciences Po

Sud Éduc IEP Paris