Communiqué de l’Assemblée générale des doctorant·es, ATER, chargé·es de cours de la Sorbonne Nouvelle

Publié le 20 octobre 2026

En réaction aux événements récents dans notre université – Communiqué de l’Assemblée générale des doctorant·es, ATER, chargé·es de cours, vacataires de la Sorbonne Nouvelle

Réuni·es le 14 octobre - 103 participant·es

 

Cher·es collègues titulaires, maitre·sses de conférence, professeur·es, personnels BIATSS, 

Cher·es directeur·ices de thèse, 

Cher·es étudiant·es,

 

Nous, doctorant·es, ATER, chargé·es de cours, de tous les départements et écoles doctorales de l’Université Sorbonne Nouvelle, nous sommes réuni·es en assemblée générale le 14 octobre 2026. Une centaine de personnes étaient présentes.

 

Par ce présent communiqué nous affirmons notre total soutien aux lycéen·nes, étudiant·es, enseignant·es, salarié·es, personnes sans emploi, minorisé·es et précaires, engagé·es dans une lutte légitime pour leurs droits et pour des conditions d’études et de vie dignes. 

 

Nous nous joignons à l’ensemble des membres de la communauté de l’université Sorbonne Nouvelle victimes de violences le 5 octobre 2026, conséquences de l’intervention des forces de l’ordre sur le campus Nation à la demande de la présidence de l’université. Une AG étudiante et personnel s’y tenait, comptant plusieurs centaines de participant·es, à l’issue de laquelle a été décidée l’occupation du campus dans des conditions pacifiques. 

 

Nous condamnons sans détour la décision brutale de la présidence qui intervient dans un contexte de recrudescence de la violence des forces de l’ordre à l’encontre de tous·tes les manifestant·es, notamment lycéen·nes. Cet acte a entraîné des traumatismes physiques et psychologiques chez de nombreux·ses étudiant·es et membres du personnel. Pendant de longues heures, plusieurs centaines d’entre nous ont été nassé·es par des unités de CRS et de la BRAV-L dans l’enceinte de l’université puis sur le parvis, subissant des insultes, des coups et des traitements dégradants. En portant atteinte au principe de la franchise universitaire, la présidence a brisé le lien de confiance qui unissait notre communauté et qui faisait de notre université un lieu sûr de débat et de libre expression.

 

L’évacuation policière du campus sur ordre de la présidence n’est pas un acte isolé. L’adoption à la hâte, quelques jours plus tôt, d’un règlement intérieur mettant en danger nos libertés politiques et académiques, puis l’absence de dialogue, d’information et de mesures de sécurité préalables à l’intervention des forces de l’ordre, et enfin la fermeture administrative de notre université pour faire taire la contestation représentent une suite cohérente d’une extrême gravité. Ces mesures ne peuvent être séparées du tournant répressif et liberticide du maintien de l’ordre qui sévit à l’échelle du pays. À l'heure où l'Université devrait se prémunir contre une possible accession au pouvoir de l'extrême droite en mai 2027, elles facilitent sa mise au pas en dissuadant l’expression des revendications légitimes des jeunes générations, minorisé·es et précaires.

 

Nous condamnons la mise en place d’un contre-récit par la présidence afin de minimiser ses responsabilités dans les événements du 5 octobre. La multiplication des témoignages issus des victimes contredit frontalement la version des faits qui nous a été présentée par envoi de mails. Aucun trouble à l’ordre public dans l’établissement n’a été avéré ; la justification de l’appel aux forces de l’ordre réside dans une affirmation grossière. Cette manœuvre de défense est une insulte supplémentaire à notre communauté universitaire. Les attaques et injures ad hominem à l’encontre de la présidence et du président de l’université sont inadmissibles. Mais leur dénonciation ne peut pas servir à clore le débat, à cautionner les actes de la présidence ni à inverser la responsabilité des violences. Nous sommes consternés par les prises de position de personnalités de l’université en soutien à la présidence, certaines n’ayant même pas pris la peine d’attendre que la lumière soit faite sur les événements. À ce jour, les personnels et étudiant·es qui ont été agressé·es par les forces de l’ordre lors du 5 octobre n’ont pas été entendu·es et n’ont toujours pas été reconnu·es par la voix du président. 

 

Il nous apparaît donc que l’équipe présidentielle n’est plus légitime à représenter l’institution qui est la nôtre. Nous demandons sa démission ainsi que la présentation d’excuses en présence de l’ensemble de la communauté universitaire.

 

La mobilisation en cours des étudiant·es et personnels de l’Université est l’expression d’une profonde colère face au mouvement de casse de l’université publique française, auquel la Sorbonne Nouvelle participe pleinement. Lors du budget d’octobre 2025, le gouvernement Lecornu a annoncé une coupe budgétaire de 1,5 milliard d’euros pour l’université. En septembre 2026, un rapport du Sénat préconise une hausse des frais d’inscription qui rapporterait 1,5 milliard d’euros à l’université française. La cynique mesure “Bienvenue en France”, qui prévoit la fin de l’exonération des frais d’inscriptions pour les étudiant·es extra communautaires, ainsi que son application forcée par le décret Baptiste en mai 2026, est dans la droite ligne de la managérialisation de l’université publique. L’Université Sorbonne Nouvelle est une des universités de région parisienne à appliquer avec le plus de zèle les mesures gouvernementales, parmi lesquelles Bienvenue en France. 

 

Fin septembre, la remise en cause de l’exonération des frais d’inscriptions pour les doctorant·es chargé·es de cours a été évoquée à la Commission de la Recherche. À la Sorbonne-Nouvelle comme ailleurs, membres à part entière du corps enseignant, les chargé·es de cours et les vacataires n’ont pas à payer pour exercer leur travail. Ce coup de rabot à l’égard des plus précaires, s’ajoute à un contexte de mépris de nos droits et de nos personnes. Il nous faut nous battre chaque jour pour obtenir nos contrats signés avant le début des cours, pour être mensualisé·es, pour obtenir nos attestations employeurs, pour refuser le travail gratuit qui nous est imposé dans nos départements et laboratoires. 

 

Aujourd’hui l’université publique française reste debout grâce aux contrats précaires, grâce aux chargé·es de cours, vacataires et ATER. Iels contribuent à la vitalité de la recherche française par leurs publications, leurs communications et leurs travaux en thèse qui sont pris en compte lors des évaluations des laboratoires par l’Hcéres. Grand·es perdant·es de ce système, les doctorant·es sont tenu·es de prendre des charges de cours dans le vague espoir d’une titularisation future. Ce chantage insidieux est également un moyen puissant de décourager toute mobilisation et organisation collective.

 

Nos engagements en tant que vacataires, chargé·es de cours et doctorant·es témoignent d’une volonté d’assurer l’existence pérenne d’un enseignement supérieur ouvert à tous·tes, sans tri social ni xénophobie. Nous avons la conviction que l’université est un lieu de formation, de débat et de développement d’un esprit critique. Dans notre établissement qui se veut “une université des cultures”, la volonté de faire entrer l’entreprise privée pour former des étudiant·es et des doctorant·es “prêt·e·s à l’emploi” par la mise en place d’une approche purement utilitariste par compétences, est un autre signal alarmant.

 

À la suite de la fermeture administrative de l’université Sorbonne-Nouvelle, plusieurs départements ont mis en place, de manière désorganisée et précipitée, des modalités d’enseignement distancielles (synchrone, asynchrone, présentiel enrichi). Décidées sans consultation des chargé·es de cours et ATER, ces mesures sont en contradiction directe avec le cadrage sur le distanciel adopté par la CFVU en octobre 2024. À sa suite, nous considérons que le distanciel est une forme dégradée d’enseignement qui ne prend pas en compte l’inégalité d’accès des personnels et étudiant·es au numérique. Il représente aussi une charge de travail supplémentaire qui, dans ce contexte, équivaut à du travail gratuit. 

 

En tant que doctorant·es, chargé·es de cours, ATER, nous exigeons : 

 

  • Les excuses publiques et en présence de l’équipe présidentielle concernant l’intervention des forces de l’ordre à l’intérieur de l’université le 5 octobre.
  • La démission de l’équipe présidentielle votée à l’unanimité par notre assemblée générale.
  • La mise en place d’une cellule d’écoute avec des psychologues pour les personnels et étudiant·es traumatisé·es.
  • La fin de la fermeture administrative de l’université, l’ouverture d’une université libre et populaire qui instaure un espace sûr pour la mobilisation des étudiant·es et personnels.
  • L’abrogation du règlement intérieur de l’Université, adopté par le CA du 2 octobre.
  • L’harmonisation des consignes d’enseignement entre tous les départements excluant le distanciel sous toutes ses formes (asynchrone, synchrone, présentiel enrichi)
  • L’organisation d’assemblées générales dans les départements entre enseignant·es et étudiant·es, incluant tous·tes les chargé·es de cours et ATER, afin que nous participions aux prises de décisions.

 

  • La mensualisation des heures d’enseignement, la signature des contrats avant le premier cours, la transmission des attestations employeurs dès le premier jour de la fin du contrat – en somme, l’application du cadre légal entourant le doctorat, les chargé·es de cours et ATER, actuellement non-respecté à la Sorbonne Nouvelle.
  • L’amélioration de nos conditions de travail en nous fournissant le matériel adapté (ordinateurs, papier, pack Office) comme le prévoit le code du Travail.
  • Plus de personnels RH et à la DIRVED, dont les conditions de travail dégradées ne permettent pas de gérer l’ensemble des doctorant·es, chargé·es de cours et ATER.
  • L’exonération totale des frais d’inscriptions pour tous·tes les doctorant·es chargé·es de cours et ATER, sans minimum d’heures, ainsi que les chômeur·euses. 

 

  • Nous réclamons l’abrogation de Bienvenue en France et de son application à l’Université Sorbonne Nouvelle
  • La fin de l’approche par compétences, l’abrogation de MonMaster et de ParcoursSup.
  • Enfin, nous sommes contre  la privatisation de l’université et le développement de son financement sur fonds propres. L'État a le devoir de financer l’université publique.

 

Les principes d’inclusivité, de sûreté et d’accueil de tous les publics, qui font l’identité de notre université, n’ont jamais été autant fragilisés que ces dernières semaines. Dans ces temps difficiles, nous encourageons l’ensemble des membres de la Sorbonne-Nouvelle – BIATSS, enseignant·es titulaires et non-titulaires, étudiant·es – à faire bloc. Encore une fois, “l’université des cultures” n’est pas qu’un slogan au fronton de notre institution, mais un engagement que nous devons défendre collectivement. 

 

Tant que nos revendications ne seront pas satisfaites, nous appelons à la poursuite des mobilisations à l’Université Sorbonne-Nouvelle et en dehors. 

 

L’Assemblée générale des doctorant·es, chargé·es de cours et ATER de la Sorbonne Nouvelle, réunie le 14 octobre 2026, 103 participant·es.