Com 04 propositions CIP

Publié le 12 juillet 2004

Communiqué de presse
02/07/2004

Les propositions du CIP : points d’appui et dangers :

 


Le déroulement de véritables Etats Généraux, souhaités par l’ensemble de la communauté scientifique et issus de la mobilisation du printemps dernier, nécessite que chaque membre de cette communauté ait la possibilité de s’exprimer et de se faire entendre. Cela nécessite aussi que l’ensemble des citoyens y soient associés, à la mesure du soutien que l’opinion publique apporte au développement de la recherche et de l’enseignement supérieur publics.


Au moment où les premières propositions, issues de la réflexion et des débats que mènent les chercheurs, enseignants-chercheurs, les jeunes docteurs ou doctorants de tous les établissements d’enseignement supérieur et des organismes de recherche sont en cours de synthèse pour remonter au Comité d’Initiative et de Proposition (CIP) en préparation des Etats Généraux organisés au plan national, le document remis au gouvernement le 29 juin préjuge abusivement des propositions d’un débat non encore achevé.


D’autant que les promesses tenues par le gouvernement, les engagements qu’il a dû céder face à cette immense mobilisation soutenue par l’opinion publique, ne paraissent pas en voie d’être tenues ; que ce soit

- pour les mesures immédiates pour l’année 2004

  • en ce qui concerne la création d’emplois : on peut craindre le report en février, voire en septembre 2005, de la création effective des 700 postes d’enseignants-chercheurs mais également des supports d’ATER et des postes d’IATOS.
  • en termes de moyens budgétaires :aucune assurance n’a été apportée en ce qui concerne la dotation d’un milliard d’euros par an pour la recherche et l’enseignement supérieur publics, l’accent est mis sur les aides directes et sans contrôle au secteur privé, notamment avec une nouvelle augmentation du Crédit Impôt- Recherche. ;


- pour la rentrée 2005 ou pour la Loi de Programmation,

les récentes déclarations du gouvernement (- 17000 fonctionnaires par an, un départ à la retraite sur deux non remplacé) ne peuvent qu’inquiéter les personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche.


Le document du CIP ne relève pas ces informations, ni ne relaie les inquiétudes légitimes qu’elles suscitent. Les propositions du CIP prennent cependant en compte plusieurs des revendications et des propositions pour lesquelles le SNESUP, avec la communauté scientifique dans sa globalité et sa diversité, s’est engagé.

En particulier, nous soutenons pleinement l’exigence d’un effort national pour porter à 1 % du PIB les dotations de l’Etat pour la recherche civile. Il est essentiel comme l’indique le document de privilégier les crédits de base pour une recherche sur des thématiques ouvertes, pour une recherche dégagée de la domination abusive des travaux sur commande et des projets étroitement pilotés. Cette exigence est particulièrement sensible dans les universités. .

En même temps, nous faisons remarquer que cet effort doit s’appliquer également à l’Enseignement Supérieur Public : son budget stagne depuis 10 ans, lui aussi à 0,6 % du PIB : il faut dépasser rapidement le 1 % du PIB, pour améliorer, démocratiser l’accueil et la réussite d’un plus grand nombre de jeunes dans l’enseignement supérieur, particulièrement dans les universités. La misère des moyens en matière de recherche, c’est aussi la misère en matière de formations, de bibliothèques ou de locaux….

Pour le CIP, les conditions de travail, de rémunération et de carrière des jeunes doctorants ou docteurs doivent être revalorisées et leurs droits sociaux garantis. Mais, s’agissant de la stabilité et de la reconnaissance de leurs emplois, le CIP s’accommode trop volontiers du passage par une situation précaire (ATER, chercheur-contractuel) et ses propositions d’un effectif total de chercheurs et enseignants-chercheurs constant, ne sont pas acceptables, ni pour 2005, ni pour les années suivantes. Ce sont plusieurs milliers d’emplois scientifiques nouveaux qui sont nécessaires pour un développement à la fois de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Publics dans le pays. Cette exigence doit être portée à l’échelle européenne, non pas au sein d’« un marché commun des chercheurs » mais pour un co-développement de la recherche et de l’enseignement supérieur répondant aux dynamiques de la recherche et aux besoins de la société.


Autre question majeure : le CIP souligne à juste titre la nécessité d’un allégement des charges de travail qui pèsent sur les enseignants-chercheurs. Mais en même temps, sous les termes dangereux de « diversification des services », il laisse la porte ouverte à des modulations imposées; ce que les enseignants du supérieur n’accepteront pas, pas plus qu’ils n’ont accepté les propositions Belloc. C’est dans le cadre de l’unité des missions de recherche et d’enseignement que doit être posé le problème, ce qui implique effectivement une amélioration considérable de l’encadrement administratif et technique, donc des créations d’emplois de personnels IATOSS et ITA associés aux activités de recherche comme de formation. C’est dans cette optique que doit être placée l’évaluation de toutes les activités des enseignants du supérieur, non pas en termes de sélection élitiste par la recherche, et d’exclusion-sanction vers la mission d’enseignement, mais comme une aide au bon accomplissement par tous de l’ensemble de ses missions.


C’est un des dangers le plus évident de ces propositions que de ne pas prendre en compte cette unité recherche-enseignement supérieur, ces articulations à renforcer ou à reconstruire entre les deux missions du service public. Le développement de la recherche dans les universités est souligné comme un objectif premier, c’est une proposition importante et positive. Mais, en même temps, les questions de l’enseignement supérieur, de ses liens consubstantiels avec la recherche sont absentes. Caractéristique est la simple référence au LMD, rien n’est dit sur la coupure entre les cursus Licence réduits par le Ministre au rôle d’enseignement de proximité et les masters et doctorats domaines de l’attractivité et de la compétitivité par leurs liens exclusifs avec les activités de recherche. Cette ignorance des liens enseignement-recherche dans la diversité de leurs modalités aurait des conséquences redoutables sur la carte des unités de formation et de recherche, sur l’attribution des moyens et particulièrement des emplois. Elle mettrait en cause l’objectif majeur de démocratisation de l’enseignement supérieur, la nécessité d’aller vers les 3 millions d’étudiants d’ici 2010, elle ne répondrait pas à l’impératif d’un maillage équilibré des sites de formation supérieure et de recherche dans l’ensemble des régions. Avec la communauté universitaire, le SNESUP entend bien défendre et développer l’exigence d’un co-développement Enseignement Supérieur-Recherche, à toutes les étapes des cursus et dans toutes les filières.


Il est, à ce stade, particulièrement important que soient pleinement prises en compte les réflexions des Etats Généraux Locaux et Régionaux. En particulier c’est par cette voie que doivent être élaborées démocratiquement les propositions d’instances nationales. En matière d’évaluation des équipes de recherche, le SNESUP réaffirme la nécessité d’une instance unique élargissant les acquis positifs du Comité National de la Recherche Scientifique. En matière de politique et de prospectives scientifiques. c’est là encore une instance démocratique et représentative qui doit être mise en place pour élaborer les propositions..La Communauté scientifique et les forces sociales, le pays, le Parlement ont effectivement besoin d’instances régionales, nationales -et aussi européennes- à la mesure des enjeux de la recherche et de l’enseignement supérieur, donc d’instances reconnues au plan scientifique comme au plan de la citoyenneté et de la démocratie. L’« instance d’orientation stratégique couvrant l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation » que propose le CIP.ne répond pas à ces exigences.


Ainsi, le rapport du CIP prend en compte et précise des propositions positives. Il comporte aussi des ambiguïtés, des propositions inacceptables qui doivent être modifiées. Les Etats Généraux, au niveau régional comme au plan national, leur synthèse constituent plus que jamais un enjeu de confrontations, d’interventions. Il s’agit de faire face aux projets et aux mesures du gouvernement Nous devons imposer le plein respect des engagements pris le 7 avril 2004, obtenir un budget 2005 à la mesure des exigences que reprend pour une bonne part le CIP. Il s’agit aussi d’élaborer et d’imposer dans la future Loi d’Orientation et de Programmation pour la Recherche et l’Enseignement Supérieur des propositions répondant aux exigences de co-développement de la recherche et de l’enseignement supérieur, aux revendications fortement exprimées par l’ensemble de la communauté scientifique, des universités et des organismes de recherche.


Le Bureau National du 2 juillet 2004

Pour connaître les propositions du CIP

Télécharger le document remis au gouvernement le 29 juin