CNRS,sec39: quel avenir ?

Publié le 17 novembre 2003

SHS AU CNRS : UNE POLITIQUE MALTHUSIENNE

AU SERVICE D?UNE ORIENTATION DE PLUS EN PLUS LIBÉRALE.

Comme les autres départements scientifiques du CNRS, celui des Sciences de l?Homme et des Sociétés (SHS) est touché par les importantes restrictions budgétaires décidées par le Ministère. En effet, rappelons que les crédits prévus pour 2002 n?ont été versés qu?à hauteur de 50 % et que cette amputation entraîne des difficultés majeures de fonctionnement puisqu?elle se répercute sur les équipes et les réseaux.
La politique de réduction systématique des dépenses publiques de recherche a également des effets à plus long terme. Si le rajeunissement de la pyramide des âges des chercheurs faisait partie des orientations prioritaires précédentes, il n?en est aujourd?hui plus question. La baisse des recrutements, entamée dès 2002, ne permet plus le simple remplacement des chercheurs. Il en va de même pour les Ingénieurs, Techniciens et Administratifs ( ITA) qui constituent la charpente des laboratoires. Sans exagérer, on peut évoquer à leur propos une véritable mise en extinction.De façon générale, on assiste à une précarisation rampante de l?emploi public de la recherche, via par exemple le développement des CDD post-docs. L?orientation du Ministère serait d?arriver à des parcours de recrutements successifs sur emplois et statuts à durée limitée ( post-docs, CDD sur programmes, délégations ) sans autre réelle cohérence que celle de la baisse des coûts. Rappelons aussi en arrière-fonds le projet de remplacer le CNRS par un ensemble de " fondations "?.

Mais au-delà de ces processus généraux, l?analyse des " réformes " conduites en SHS soulève d?autres interrogations. Ont été successivement annoncés puis réalisés des regroupements forcés de laboratoires pour créer des équipes dotées d?une " masse critique " susceptibles de s?insérer dans la recherche européenne. Des seuils de regroupement ont été ainsi arbitrairement établis : aucune UMR ne doit compter moins de 4 chercheurs CNRS et au total moins de 100 personnes. D?assez nombreuses mises en FRE (formations de recherche en évolution ayant perdu le statut d?UMR ) ? la moitié des équipes en Droit, près du tiers en Economie et en Sociologie ? ont précédé ces regroupements mal vécus par les communautés scientifiques comme à Grenoble ou Bordeaux. De même, les directeurs d?UMR sont invités à " nettoyer " les listes des enseignants-chercheurs. Ceux qui n?atteindraient pas le quota de 4 publications pendant un contrat seraient écartés au prétexte que le CNRS ne doit financer que des " chercheurs actifs ".

N?y a-t-il pas là une étrange convergence avec le projet Belloc sur l?évolution du statut des enseignants-chercheurs ?

A ces mesures s?en ajoutent d?autres qui relèvent de la même logique. Ainsi le fléchage renforcé des postes ouverts au concours se fait sans évaluation par le Comité National. L?évaluation et le classement des revues demandés par la Fondation européenne pour la Science ( ESF) relève de la seule appréciation de la direction. Or, on sait l?importance de ce classement pour les carrières des enseignants-chercheurs. Les délégations au CNRS, traditionnellement classées après un débat contradictoire au Comité National, sont désormais négociées de gré à gré entre les laboratoires et la direction scientifique.

Ainsi se dessine une carte recentralisée de la recherche, limitée à quelques équipes performantes et denses ( ?) avec une trame libérale accentuée.
En effet la réduction des subventions de base doit conduire les équipes à aller chercher de l?argent ailleurs, auprès des entreprises et des collectivités territoriales.  " Et c?est bon pour la science " déclare la direction du département.

Les élections pour le renouvellement du Comité National de la Recherche qui se dérouleront au printemps 2004 doivent être alors l?occasion d?une mobilisation forte pour les enseignants-chercheurs.
Il s?agit d?abord de s?inscrire sur les listes électorales, ce qui n?est plus automatique : les enseignants ?chercheurs doivent en faire la demande administrative, dès le 16 janvier 2004, auprès de leur établissement ou de leur équipe de recherche. Mais il s?agit aussi d?envoyer au CN des élus dotés d?un mandat clair. La mandature prochaine sera difficile car les orientations libérales y seront encore plus nettement avancées. Autant de raisons de participer à ces élections et de se mobiliser pour soutenir et faire avancer les propositions syndicales.

Christian Pihet,
(Pr, Université d?Angers),
Elu Snesup-SNCS dans la Section 39 du Comité National de la Recherche Scientifique.