Art05 Duharcourt
( Intervenant sur le temps de parole des Personnalités Qualifiées)
sur le projet d’avis de F. Ailleret
sur le projet de loi programme pour la recherche
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Commentaires Pierre Duharcourt * lire l'avis
de F. Ailleret |
"C’est un exercice délicat que de prendre position sur un
projet d’avis, qui lui-même porte sur un projet de loi. Un cas semblable
s’est présenté lors de la dernière mandature, à
propos du projet de loi Borloo sur la cohésion sociale. J’avais
émis un vote favorable sur l’avis, car il se démarquait
fortement sur des points essentiels de la logique du plan du gouvernement, tout
en prenant acte des ambitions affichées dans son exposé des motifs.
L’affaire est aujourd’hui bien différente. Le mouvement Sauvons
la Recherche a débuté il y a deux ans pour dénoncer l’asphyxie
budgétaire de la recherche publique et l’insuffisance et la précarisation
de l’emploi scientifique, peu de temps d’ailleurs après le
premier avis du CES sur cette question dont le contenu n’avait fait qu’accroître
l’inquiétude des chercheurs et universitaires. Un moment fort de
ce mouvement a été, il y a un an, les actes des Etats Généraux
de Grenoble qui avançaient des propositions fortes et consensuelles au
sein de la communauté scientifique pour conjuguer un effort ambitieux
de programmation budgétaire et de développement de l’emploi
scientifique et les profondes réformes nécessaires. Le remodelage
autoritaire que le gouvernement propose sous couvert de PACTE POUR LA RECHERCHE
ne répond pas à cette demande de programmation et va à
l’encontre de ces propositions de réformes. Il s’inscrit
en fait dans une logique de pilotage technocratique de la recherche, et de subordination
du service public. Il résulte d’un processus qui a fait l’impasse
sur la concertation nécessaire avec l’ensemble des acteurs de la
recherche. Et le projet d’avis qui nous est proposé donne sur des
poins essentiels son aval à cette démarche, dont il considère
que la mise en œuvre constituerait une avancée.
Je tiens cependant d’abord à souligner l’attitude ouverte
du rapporteur, qui a su très honnêtement et intelligemment prendre
en compte certaines des préoccupations se sont manifestées lors
de la discussion en section. Et c’est ainsi qu’on trouve des considérations
positives sur l’équilibre à réaliser entre recherche
fondamentale et recherche finalisée, sur l’insuffisance de la programmation
et des mesures d’amélioration de la situation des jeunes doctorants
et « post-doc » et de revalorisation des carrières scientifiques,
sur l’importance des dotations de base des laboratoires, sur la participation
de la société civile à la détermination de la politique
scientifique du pays.
Pour autant, sur des questions essentielles, le projet d’avis manifeste
son accord ou apporte sa caution à des orientations particulièrement
dangereuses.
C’est en particulier le cas de la conception du « pilotage »
de la recherche. Une des propositions centrales de Grenoble était la
création d’un Haut Conseil de la Science associant la communauté
scientifique et la société civile au sens large pour définir
les grandes orientations scientifiques et fixer de grandes priorités,
la régulation de la recherche reposant sur l’évaluation
unifiée, objective et transparente des programmes de recherche des organismes
et laboratoires complétée par le financement incitatif de projets
s’inscrivant dans les priorités ainsi démocratiquement fixées.
La logique du plan gouvernemental est tout autre : le Haut Conseil de la Science
et de la Technologie n’est constitué que de personnalités
nommés par le pouvoir politique, une part essentielle des financements
nouveaux est consacrée aux projets pilotés par l’Agence
Nationale de la recherche -où dominent également les experts nommés-,
une Agence pour l’évaluation composée d’une façon
analogue encadre les expertises tandis que les instances actuelles d’évaluation
sont confinées dans un rôle secondaire. Le projet d’avis
concède bien qu’il y a débat sur le mode de désignation
de ces instances, mais s’abstient de se prononcer sur l’équilibre
nécessaire entre nomination et élection. De la même façon,
en même temps qu’il souligne la nécessité d’un
financement de base suffisant, il préconise l’octroi de crédits
supplémentaires pour l’ANR.
Il y a accord général pour déplorer l’insuffisance
de l’investissement en recherche des entreprises : ceci valant pour les
entreprises privées comme d’ailleurs pour celles qui restent dans
le secteur public. Les mesures gouvernementales –sauf peut-être
avec la création des Instituts Carnot- ne fournissent aucune garantie
pour le développement d’un partenariat équilibré
entre recherche publique et recherche privée. Elles privilégient
comme instrument d’aide à la recherche des entreprises l’instrument
du Crédit impôt recherche, alors qu’une étude s’appuyant
sur des comparaisons internationales publiée par le Ministère
de la recherche lui-même montre l’inefficacité de tels systèmes
d’incitation fiscale. Je note cependant positivement la suggestion du
CES d’un Small Business Act à la française.
Enfin, le projet d’avis regrette que le projet de loi du gouvernement
fasse l’économie d’une loi d’orientation et de programmation
sur l’enseignement supérieur, pour laquelle il appelle à
une concertation sans tarder. Nous partageons ce souhait. Mais pour autant,
il ne faut pas ignorer que des mesures déjà engagées et
celles qui sont programmées sont porteuses -de manière subreptice-
d’un remodelage en profondeur du service public d’enseignement supérieur.
Alors que les PRES proposés par les Etats Généraux visaient
à promouvoir des coopérations entre établissements sur
l’ensemble du territoire, le détournement de ces PRES et la mise
en place de campus de recherche, avec l’accent mis sur le statut de Fondation,
instaurent une hiérarchie dans le tissu d’enseignement supérieur
génératrice d’une Université à plusieurs vitesses.
Le 23 novembre, l’Intersyndicale Recherche et SLR appellent à manifester
pour porter les exigences de la communauté scientifique et alerter sur
les dangers du projet de loi présenté le jour même en Conseil
des Ministres. Solidaire de cet appel, et m’exprimant au nom de la FSU,
je ne peux pas aujourd’hui voter le projet d’avis qui nous est soumis
aujourd’hui, même si je reconnais qu’il constitue une avancée
non négligeable par rapport aux positions de notre Assemblée il
y a encore deux ans. Je voterai contre, sauf si des amendements substantiels
parviennent à en modifier l’équilibre.