AG ATTAC: vers le Non

Publié le 7 mars 2004

Daniel Monteux rend compte de l'AG du 11 décembre 2004 qui lance ATTAC dans la campagne pour le NON au TCE

Daniel Monteux


Après son assemblée générale, ATTAC s'engage pour un NON éuropéen au Traité constitutionnel

Quand, en 1998, nous avons rédigé les statuts de l'association, nul ne prévoyait ses 30 000 adhérents actuels. A l'image des " Amis du Monde diplomatique ", on en espérait quelques milliers, ce qui rendait logique une assemblée générale annuelle représentative. Aujourd'hui, 30 000 membres, dont 800 personnes morales. Chaque adhérent, individuel ou collectif, dispose d'une voix. On peut se demander quel sens possède ce type de rassemblement annuel, fréquenté, bon an mal an, par 6 à 800 participants : un forum intéressant, un moment statutaire incontournable ?

Les votes statutaires, émis principalement par correspondance, sont à une autre échelle : 7184 cette année, soit 24% des adhérents contre 20% en 2003, ont voté sur le rapport d'activité. 91% des votants l'ont adopté. C'est le travail de direction collective du conseil d'administration qui a été ainsi ratifié par les adhérents.

Cela conduit à relativiser la valeur du tapage médiatique(Le Monde, Libération) fait autour d'inter-ventions critiques, souvent virulentes contre J. Nikonotf et B. Cassen, président et président d'honneur d'ATTAC, provenant pour la plupart de membres du CA co-auteurs du rapport d'activité, et de membres fondateurs principalement syndicaux. On y retrouve les thèmes d'une lettre collective (" le style de direction ") diffusée en septembre dernier, à laquelle la FSU (mais pas le SNE-sup) s'était malencontreusement ralliée saris dé-bat interne suffisant au préalable. Certains initiateurs semblent déjà en campagne pour l'élection d'un nouveau président et d'un nouveau CA d'ATTAC à la fin de 2005. C'est, de mon point de vue, dommage, car jusqu'au référendum européen, la seule campagne qui vaille pour ATTAC me parait être la campagne pour le NON. Des adhérents individuels ont formulé des critiques sur le fonctionnement de l'association, souvent pertinentes : ce n'est pas pour rien que le CA a mis en place une commission chargée, dans les mois qui viennent, de faire des propositions pour améliorer, à tous les niveaux, le fonctionnement de l'association. Elle accueille toutes les suggestions. A l'AG, peu d'adhérents individuels ont goûté les attaques personnelles lancées en place publique.

Les ateliers tenus pendant l'AG ont été de bons indicateurs des priorités des adhérents présents : forte affluence dans l'atelier sur l'Europe et celui sur les altematives, participation modeste dans ceux sur le fonctionnement d'ATTAC et sur les forums internationaux. C'est le reflet de la dynamique d'engagement des comités Focaux et des militants : ils mènent leurs campagnes, font de l'éducation populaire en toute autonomie. Ce qu'ils attendent surtout du " national ", c'est de la nourriture pour leurs actions, des analyses, de l'information, la mise en cohérence des campagnes. La vie locale d'ATTAC n'a rien qui ressemble à la vie d'instances locales de partis politiques. L'AG a d'ailleurs ratifié à 95 % des votants une motion issue du CA proclamant qu'ATTAC ne se transformerait à aucun prix en parti politique. Il est également significatif que, sur le traité constitutionnel, bon nombre de comités locaux n'aient pas attendu l'engagement national d'ATTAC dans la campagne pour lancer leurs propres initiatives.

ATTAC ne sait pas toujours valoriser ses résultats

Depuis sa naissance, et avec d'autres forces altermondialistes, ATTAC a contribué à trois grandes avancées : permettre que s'exprime politiquement un refus fondamental du néolibéralisme(manifestations, forums sociaux), faire émerger l'idée qu'un autre monde est possible, avec de nombreuses propositions concrètes esquissant des alternatives ; opérer un début de reconquête des esprits, certes encore fragile, mais décisif pour recréer de l'espoir et remobiliser.

Au lancement de la " taxe Tobin ", l'idée fut jugée farfelue, Je n'aurai pas la cruauté de ci-ter ce qu'en dirent de doctes experts de droite ou de gauche. Et voilà que 111 chefs d'Etat, Chirac en tête, reconnaissent le bien fondé des " taxes globales ". Bien entendu, ils n'en ont pas la même vision que nous. Mais ils ne peuvent plus escamoter la question, parce que nous l'avons fait mûrir, en moins de six ans...

Autre exemple : l'AGCS ( Accord général sur le commerce des services), cette amie de destruction massive des services publics et des solidarités qui sont leur raison d'être. 650 collectivités tenitoriales, la dernière en date étant la région lle-de-France, qui se déclarent " hors AGCS ", représentant plus de la moitié de la population française, n'est-ce pas un nouveau front de désobéissances civiques au née-libéralisme qui est en train de se constituer ? Nous venons de réussir des Etats généraux de ces collectivités ; nous en organisons le suivi en prévoyant des actions d'envergure. C'est le début d'une alliance stratégique entre ATTAC et les collectivités territoriales autour de la défense et du développement de services publics rénovés.

Forte du résultat de sa consultation interne, l'association se lance dans la campagne pour le NON au traité constitutionnel, un NON européen, un NON pour conserver ses chances à l'Europe par la mise en échec de l'actuelle " construction " néo-libérale.

Dès la publication du projet de traité, en juillet 2003, ATTAC l'avait analysé comme une tentative de rendre irréversibles les politiques néolibérales de l'union en leur donnant un statut " constitutionnel ". Le traité définitif a confirmé, et même parfois aggravé, cette orientation. ATTAC avait formulé 21 exigences pour rendre ce traité compatible avec une Europe réellement européenne, démocratique, sociale, écologique et solidaire. Pratiquement aucune n'a été retenue.

Dès à présent, ATTAC s'engage dans la campagne pour un NON authentiquement européen. Elle le fait en respectant son identité et sa spécificité de mouvement d'éducation populaire tourné vers l'action, et en s'adressant à l'ensemble des citoyens. Cette campagne s'effectuera en lien avec les autres priorités de l'association : pour des taxes globales, pour l'annulation de la dette publique des pays en développement, contre les paradis fiscaux, contre l'AGCS, contre les OGM, pour la souveraineté et la sécurité alimentaires, etc...

Le comportement, d'une partialité inouïe, des grands médias lors du referendum interne du PS donne un avant-goût du déluge de propagande en faveur du oui auquel il faut maintenant s'attendre. Les budgets de la Commission et du gouvernement Raffarin vont être mis à contribution sans retenue afin d'occulter le contenu réel du traité et de susciter de fausses peurs dans l'opinion. C'est pourquoi je comprends mal les critiques faites au communiqué d'ATTAC commentant le vote du PS et ses conséquences pour la suite de la campagne. Ce vote, loin d'être une affaire purement interne à une formation politique, a été follement médiatisé ; son "oui " majoritaire a été présenté comme mettant un point final à la campagne, portant inexorablement la victoire du "oui " au référendum national de mai prochain, la " fin de l'histoire " en somme, et chaleureusement salué par Giscard d'Estaing, Chirac, Copée, Bamier, Barroso, etc...

A l'entreprise de bourrage de crâne qui va déferler, ATTAC répondra d'une manière argumentée, texte du traité en main, et en priorité par des actions citoyennes de proximité. ATTAC mettra en avant ses propositions alternatives pour une " autre " Europe possible.

Tout en menant ses actions propres, l'association les articulera avec les initiatives déjà en cours. A cette fin, elle prend contact avec les associations, les syndicats, les partis politiques démocratiques résolus, eux aussi, à contribuer à la victoire du NON. Cela va réclamer un gros effort militant. Merci d'avance à toutes celles et tous ceux qui adhéreront individuellement et viendront participer à cet effort Merci d'avance aussi de répondre à l'appel à souscription que lance ATTAC pour sa campagne du NON européen.