Édito : L’enseignement supérieur à l’ère du marchandage
Le 23 septembre, Philippe Baptiste, ministre de l’ESRE, a tenu sa conférence de presse de rentrée. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas à une contradiction près. Alors qu’il loue régulièrement l’autonomie des établissements et leur capacité stratégique, il les considère pourtant comme ses élèves. Interrogé sur le fait que nombre de président·es s’étaient étonné·es de ne pas avoir perçu l’entièreté du dernier versement prévu par les contrats d’objectifs, de moyens et de performance (COMP) première formule (2023-2025), il a répondu de manière catégorique : « Il n’a jamais été question de tout avoir ! […] Si vous avez été un élève parfait, vous avez 100 % de l’enveloppe, mais je ne crois pas que nous ayons d’élève parfait. » Certes, il ne s’agit que d’une image, une métaphore, mais elle est en soi significative. Ce troisième versement ne porte que sur une fraction de la subvention pour charges de service public (20 % de 0,8 %). Passons sur le fait qu’il aurait dû être perçu en 2025 et non à l’été 2026, mais qu’adviendra-t-il quand l’ensemble des établissements auront signé les COMP 100 % ? Comment seront-ils considérés ? Cette année, le ministère n’a même pas daigné justifier la diminution du montant versé. Continueront-ils à être infantilisés et soumis à l’appréciation de leur « maître » (pour continuer à filer la métaphore scolaire) ? Le SNESUP-FSU revendique une répartition des moyens équitable entre les établissements et selon des critères transparents.
Le marchandage touche maintenant l’affectation des néo-bachelier·ères dans le supérieur. Des responsables de diplôme de plusieurs académies se sont vu transmettre une demande originale. Elle les invite à accepter l’inscription de quelques étudiant·es en plus des capacités d’accueil pré- vues sur Parcoursup. En effet, le bilan chiffré ne sera connu Emmanuel de Lescure, secrétaire général que dans quelques semaines, mais on peut d’ores et déjà considérer que les candidat·es sans affectation sont plus nombreux·ses que l’an passé. Au mois de juillet, 126 652 candidat·es n’avaient pas trouvé d’affectation, 36 720 ont démissionné, soit 163 372 laissés-pour-compte de Parcoursup, ce qui correspond à 14 % des inscrit·es alors qu’ils et elles étaient 136 022 en 2025 (12 % des inscrit·es).
En Île-de-France, les commissions d’accès à l’enseignement supérieur cherchent encore à placer 2 000 personnes. Sachant que l’opération est peu attractive, le ministère l’a assortie d’un « intéressement », 3 000 euros par place ainsi ouverte et un poste d’ATER pour 50 places, à condition que les formations ne choisissent pas les candidat·es. Ce n’est pas la première fois que le ministère est réduit à un tel troc. En 2021, il avait déjà proposé 2 000 euros par place ouverte. Une telle pratique est indécente, car le coût moyen d’un·e étudiant·e est bien supérieur (12 460 euros en 2024). Comment leur assurer de bonnes conditions d’études avec une dotation aussi faible ? Ces places sous-financées ne peuvent qu’accroître la pression supportée par le personnel des établissements. Elle est indécente aussi car elle repose sur l’idée qu’après des années d’austérité et de croissance des effectifs d’étudiant·es sans moyens supplémentaires, une telle obole ne pourra qu’être acceptée. Le SNESUP-FSU dénonce une telle transaction et réclame que l’État investisse dans l’ESR pour créer le nombre de places nécessaire à l’accueil de toutes et tous les bachelier·ères qui souhaitent poursuivre leurs études. Cela nécessite une somme bien supérieure aux 500 millions d’euros de plus qui nous sont promis pour 2027 et qui sont déjà quasi absorbés par l’inflation.