1er-Mai : tentative de remise en question d’un symbole de la lutte des travailleur·ses
Le premier ministre indique, dans un communiqué, que les contrevenant·es à une loi instaurée en 1948 ne seront pas verbalisés. En effet, après plusieurs errements (dépôt de projet de loi par le groupe Renaissance, tentative de passage en force sans débat parlementaire, résistance syndicale), le projet de loi autorisant dans certains secteurs le travail salarié le 1er mai a été retiré.
Aussi a-t-il annoncé qu’il donnera des instructions pour que les artisans fleuristes et boulangers qui voudraient faire travailler leurs salarié·es « ne souffrent d’aucune conséquence d’une ouverture le 1er mai 2026 dans les règles fixées par la future loi ».
On connaissait la rétroactivité de certaines règles juridiques, voilà qu’un projet de loi devrait s’appliquer avant d’avoir été rédigé, débattu et voté. Quel mépris pour le travail parlementaire ! Un premier ministre qui propose de contrevenir au droit du travail, c’est un précédent ! Il piétine aussi l’indépendance de l’inspection du travail, censée le faire appliquer, et, si quelques inspecteurs ou inspectrices décident de passer outre et de verbaliser quand même, il faudra aussi piétiner l’indépendance de la justice en l’obligeant à exonérer les contrevenant·es des amendes reçues.
Le 1er-Mai n’est pas une fête, mais la Journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et des travailleuses.
À ses yeux, l’activité de ces artisans serait « indispensable à la continuité de la vie sociale ». Comment a-t-on fait depuis 1948 ? Si l’ouverture de ces commerces n’a, de fait, pas un caractère vital, de quoi s’agit-il ? Il s’agit de faire sauter les verrous, de s’attaquer à un symbole, de déstabiliser le monde du travail et les organisations qui le défendent, pour parvenir, par tous les moyens, petits et grands, à augmenter la durée du travail.
DES DÉCENNIES DE MOBILISATION
Rappelons-nous que le 1er-Mai n’est pas une fête, mais la Journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et des travailleuses, celle qui, après les manifestations meurtrières de Chicago aux États-Unis en 1884, de Fourmies en France en 1891, et plusieurs décennies de mobilisation, a permis d’obtenir la réduction du temps de travail et de la journée de huit heures. Rappelons- nous le mot d’ordre des manifestant·es de Chicago : « Huit heures de travail ! Huit heures de repos! Huit heures d’éducation ! » Résistons à ces tentatives en manifestant à notre tour nombreux et nombreuses cette année pour le 1er-mai : jour-là, on n’y touche pas !
par Emmanuel DE LESCURE, secrétaire général