Le monde universitaire et de la recherche scientifique, exsangue des réformes imposées depuis le Pacte de la recherche et la LRU depuis six ans, est aujourd'hui à la croisée des chemins. Les moyens et les emplois ne se sont pas accrus depuis 2007, malgré la promesse de 1,8 milliard par an de plus. Le gouvernement veut présenter la démolition générale opérée depuis 2006 dans l'enseignement supérieur et la recherche (ESR) comme une réforme à
succès sur laquelle personne ne reviendra.
Pour cela, il tente d'imposer en force les conventions des Initiatives d'excellence (IDEX), alors que les personnels en découvrent à peine le contenu. Face à ces structures antidémocratiques, à la veille d'échéances électorales importantes, les personnels se mobilisent
contre ce verrouillage.
Les «réformes» gouvernementales, au nom d'une supposée «excellence», détruisent les formations et la recherche fondamentale en obligeant les territoires, les régions, les établissements, les laboratoires et même les individus à se faire concurrence. Leur objectif unique est d'organiser le pilotage politique et économique de l'ESR. Fonctionnant comme des machines à exclure, l'AERES et l'ANR sont les instruments de cette conversion du secteur
public de l'ESR au néomanagement du monde entrepreneurial. Le résultat en est un immense gaspillage d'énergies, de compétences et de moyens, un déni de démocratie, la restauration tous azimuts du mandarinat et la création de déserts universitaires.
Pour éviter le naufrage, il y a urgence à reconstruire. Pour cela, des signes forts doivent être donnés à la communauté scientifique pour une autre politique. Il faut augmenter immédiatement les soutiens de base des laboratoires, en réduisant le crédit d'impôt recherche et en redistribuant les budgets de l'ANR non engagés. Il faut créer de l'emploi scientifique statutaire pour supprimer le précariat scientifique qui a explosé depuis six ans. Il faut enterrer la politique du «Grand emprunt». Un état des lieux mené démocratiquement doit permettre d'établir la réalité des budgets engagés et des sommes réellement empruntées, pour engager leur redistribution conformément aux besoins réels des organismes de recherche et des universités publiques.
L'évaluation des unités des organismes de recherche doit être rendue immédiatement au Comité national de la recherche scientifique et aux instances d'évaluation équivalentes des autres établissements de recherche.
Une fois l'oxygène rendu aux établissements d'enseignement supérieur et de recherche, un grand débat pourra être organisé pour réfléchir et faire des propositions, pour une autre loi-cadre de l'ESR qui jettera aux oubliettes le Pacte pour la recherche et la LRU. C'est seulement dans ce cadre que la communauté scientifique pourra s'engager dans la voie de la reconstruction.
Édito |
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